Multiculturalisme et violence sociale

Groupe de personnes

Le contexte migratoire crée des conditions de vulnérabilité spécifiques que le système a du mal à voir et à traiter correctement.

L’ignorance mutuelle est un facteur de risque réel et documenté.

🌍 1. Le Québec d'aujourd'hui se transforme vite

Ces personnes viennent de contextes très variés :

  • des pays où la police est surtout perçue comme un outil de répression ;
  • des cultures où la violence conjugale est minimisée ou considérée comme une affaire strictement privée ;
  • des systèmes juridiques où les droits des femmes et des enfants ne sont pas protégés de la même façon qu'ici.
🌍 Population née à l'étranger
1 sur 5
habitants au Québec

Recensement 2021 (Statistique Canada) : environ 1 habitant sur 5 est né à l'étranger — et dans la région de Montréal, c'est plus d'1 personne sur 3.

🚫 Discrimination déclarée
45–50 %
des personnes racisées

Enquêtes récentes (Statistique Canada) : autour de 45 à 50 % des personnes racisées disent avoir vécu de la discrimination ou un traitement injuste au cours des cinq dernières années.

🗣️ Langue et emploi
Obstacle #1
déclaré par les immigrantes

La maîtrise du français est citée comme le principal obstacle à l'emploi — ce qui limite aussi la compréhension des droits et l'accès aux recours.

📊 Discrimination globale
1 sur 4
Canadiens concernés

Indicateur qualité de vie (Statistique Canada) : environ 1 Canadien sur 4 déclare avoir été victime de discrimination ou de traitement injuste.

Ce que l’ignorance mutuelle nous coûte à tous.

Quand les personnes immigrantes méconnaissent les droits québécois, et quand les québécois méconnaissent leurs réalités, la violence peut s’exercer sans être reconnue, dénoncée ou traitée.

2. Ce que les personnes immigrantes ne savent pas — et ce que ça leur coûte

Arriver dans un nouveau pays, c'est devoir apprendre en même temps une langue, des codes sociaux, des lois, un marché du travail.

Cette surcharge rend les angles morts particulièrement dangereux lorsqu'ils concernent les systèmes de protection contre la violence.

Les droits qu'on ne connaît pas, on ne peut pas les exercer — ce qui laisse les personnes immigrantes plus exposées à la violence et moins protégées.

🚨

2.1 La violence conjugale est un crime

Dans plusieurs pays d'origine, la violence entre partenaires est considérée comme une « affaire privée ». Au Québec, elle est reconnue comme un crime.

  • ⚖️Infraction criminelle — coups, menaces, harcèlement, violence sexuelle peuvent entraîner des accusations, même si la victime ne « veut pas porter plainte ».
  • 👮‍♀️Politique d'intervention à charge — dès qu'ils sont informés, les policiers ont l'obligation d'agir; la violence n'est pas laissée à la seule « gestion familiale ».
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — croire que « c'est privé » peut retarder les appels à l'aide et augmenter le risque de blessures graves.
🛂

2.2 Porter plainte n'entraîne pas l'expulsion

Beaucoup craignent qu'en dénonçant la violence, elles perdent leur statut. Cette peur est souvent entretenue par un conjoint contrôlant.

  • Plainte ≠ expulsion automatique — déposer une plainte ou appeler la police ne signifie pas qu'on va perdre son statut ou être expulsée.
  • 🧷Menaces de statut comme outil de contrôle — certains conjoints utilisent la peur de l'immigration pour maintenir l'emprise et faire taire la victime.
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — rester par peur du statut peut prolonger des années de violence et retarder l'accès à des recours qui, au contraire, peuvent protéger.
👨‍👩‍👧

2.3 Les enfants appartiennent aux deux parents, et l'État peut intervenir

Au Québec, les enfants ne sont pas « la propriété » d'un seul parent. Les deux ont des responsabilités, et l'État peut intervenir pour les protéger via la DPJ.

  • 👶Responsabilité partagée — les décisions concernant les enfants impliquent les deux parents et, en cas de danger, les autorités.
  • 🏛️Rôle de la DPJ — peut intervenir pour protéger les enfants lorsque la violence les menace directement ou indirectement.
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — méfiance et peur de la DPJ peuvent retarder des signalements nécessaires; les enfants restent plus longtemps exposés.
🛡️

2.4 Le corps de la femme lui appartient, même dans le mariage

Au Québec, la violence sexuelle au sein du couple est reconnue comme une infraction pénale. Le consentement est requis à chaque relation sexuelle, même dans le mariage.

  • 💔Rupture avec certaines normes d'origine — dans plusieurs pays, le devoir conjugal est présumé; ici, le consentement de la femme est une condition légale.
  • ⚖️Viol au sein du couple — imposer des actes sexuels, menacer ou manipuler est considéré comme violent et peut être poursuivi.
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — une femme peut normaliser des violences sexuelles, ne jamais les nommer ni chercher d'aide, avec des conséquences lourdes sur sa santé.
🛠️

2.5 Les droits du travail s'appliquent à tous

Les droits du travail s'appliquent à tous, indépendamment du statut migratoire ou de l'accent. Beaucoup de travailleurs immigrants ignorent leurs recours.

  • Heures excessives et conditions dangereuses — il existe des limites légales aux heures et des normes de sécurité que l'employeur doit respecter.
  • 🗣️Harcèlement et discrimination — insultes racistes, menaces liées au statut ne sont pas « le prix à payer » pour travailler.
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — accepter des conditions abusives par ignorance des recours prolonge l'exploitation et la précarité financière.
🪪

2.6 Statut précaire et dépendance au permis

Les personnes sous permis fermé ou sans statut permanent dépendent d'un employeur ou d'un conjoint pour rester au pays, ce qui accroît leur vulnérabilité.

  • 🧲Permis fermés = pouvoir accru — la menace de perte de permis peut être utilisée pour maintenir l'emprise.
  • 🛡️Recours méconnus — des permis ouverts pour travailleurs vulnérables et victimes de traite existent, mais peu le savent.
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — rester dans des situations violentes par peur de « tout perdre », alors que des alternatives légales existent.
🏠

2.7 Accès aux ressources d'aide spécialisées

Beaucoup ignorent qu'ils peuvent accéder, même sans citoyenneté, à des maisons d'hébergement, lignes de crise, cliniques juridiques et services spécialisés.

  • 🏥Maisons, lignes, cliniques — hébergement, soutien psychosocial, conseils juridiques accessibles sans exigence de statut parfait.
  • 🤝Services adaptés — certaines ressources sont spécifiquement conçues pour les femmes immigrantes et les victimes de traite.
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — rester isolé et manquer de protections concrètes : hébergement, aide juridique, soutien au revenu.
🏛️

2.8 Crainte institutionnelle (police, DPJ, tribunaux)

Les expériences passées de corruption ou de brutalité dans le pays d'origine nourrissent une peur des institutions ici, même lorsqu'elles peuvent protéger.

  • 🚓Peur de la police — la crainte d'être mal traité ou criminalisé dissuade de signaler la violence.
  • 👶Méfiance envers la DPJ et les tribunaux — peur de perdre les enfants, d'être jugé selon des stéréotypes.
  • ⚠️Ce que ça coûte de ne pas le savoir — sous-signalement, absence de dossiers qui pourraient documenter la violence et soutenir des démarches ultérieures.

Le double silence

Les femmes immigrantes victimes de violence vivent une double couche de barrières : le premier silence est celui que connaissent toutes les victimes — honte, peur, attachement. Le second est spécifique à leur situation : isolement culturel et linguistique, méconnaissance des ressources, crainte des institutions, pression communautaire à ne pas « déshonorer » la famille ou le groupe d’appartenance.

Le multiculturalisme peut être un facteur de résilience

Les communautés culturelles offrent des réseaux de soutien, des solidarités et des ressources que les institutions publiques ne peuvent pas reproduire. Quand ces communautés sont informées, outillées et en lien avec les systèmes de protection, elles deviennent des multiplicateurs d’aide extraordinaires.

🔍 3. Ce que beaucoup de Québécois ne savent pas — et ce que ça leur coûte

Beaucoup de Québécois sous-estiment les effets de l'expérience migratoire sur la santé, les comportements et les réactions face à la violence.

En confondant culture et violence, en ignorant le trauma migratoire ou les barrières linguistiques, ils interprètent mal ce qu'ils voient : minimisation de la violence, stigmatisation des communautés, interventions mal ajustées.

Nommer ces angles morts permet de mieux comprendre les personnes immigrantes, de réduire les préjugés et d'améliorer la protection réelle contre la violence.

🎭

3.1 Confondre culture et violence

Attribuer des comportements violents à des « différences culturelles » plutôt qu'à des dynamiques de pouvoir universelles a un coût élevé.

  • 🔍Minimisation de la violence — la violence est vue comme « normale dans certaines cultures », ce qui réduit la réaction et la protection offertes aux victimes.
  • 🏷️Stigmatisation des groupes — tout un groupe est associé à la violence, ce qui alimente racisme, islamophobie et xénophobie.
  • 🚫Frein à l'intervention — les intervenants hésitent à nommer la violence par peur de « juger la culture », alors qu'il s'agit de comportements condamnables partout.
✈️

3.2 Ne pas reconnaître le trauma migratoire

L'immigration est l'un des événements les plus stressants qu'une personne puisse vivre : perte de repères, déclassement, rupture des réseaux, parfois exil forcé ou violence politique.

  • 🧭Perte de repères — langue, normes sociales, codes institutionnels changent; le sentiment de se perdre est une réaction normale, pas un manque de volonté.
  • 📉Déclassement professionnel — diplômes non reconnus, emplois sous-qualifiés; la frustration et la honte peuvent nourrir tensions familiales et conjugales.
  • 🌍Rupture des réseaux et exil forcé — séparation de la famille, des amis, parfois fuite de conflits; le trauma migratoire amplifie les effets de la violence ici.
💬

3.3 Surestimer la maîtrise du français

Une personne peut sembler à l'aise en français au quotidien, mais être complètement dépassée dans un contexte policier, juridique ou médical.

  • 📚Vocabulaire technique — termes juridiques, médicaux ou policiers sont difficiles à comprendre; des décisions majeures peuvent être prises sans réelle compréhension.
  • ⏱️Rapidité des échanges — les entretiens s'enchaînent vite; la personne peut dire « oui » pour ne pas ralentir, sans saisir les conséquences.
  • 🧠Charge cognitive — stress, trauma et langue seconde combinés réduisent la capacité à suivre et à se défendre; cela fausse l'évaluation de la crédibilité.
👀

3.4 Ignorer les codes de communication non verbaux

Dans certaines cultures, ne pas regarder dans les yeux, rester sobre émotionnellement ou éviter de se plaindre sont des signes de respect — pas de dissimulation.

  • 🙇‍♀️Respect interprété comme manque de crédibilité — éviter le contact visuel peut être lu comme « cacher quelque chose » ou « ne pas être sincère ».
  • 🧊Sobriété émotionnelle — parler de faits graves avec peu d'émotion visible ne signifie pas que « ce n'est pas si grave », mais un code culturel différent.
  • 🤐Minimiser pour ne pas déranger — répondre brièvement ou éviter d'insister peut être un signe de pudeur et de respect, pas d'absence de souffrance.

🔗 4. Comment l'ignorance mutuelle amplifie la violence

La violence conjugale a besoin d'un vocabulaire partagé pour être reconnue. Quand ce vocabulaire n'est pas accessible — langue, codes, institutions méfiées — la violence continue sans être nommée.

L'ignorance mutuelle amplifie la dangerosité pour les femmes immigrantes et rend les réponses institutionnelles plus inégales.

🧍‍♀️ Isolement et dépendance

Une femme immigrante qui ne maîtrise pas la langue, n'a pas de réseau, dépend du statut migratoire de son conjoint ou de son emploi se trouve dans une vulnérabilité extrême.

Son agresseur peut instrumentaliser cette méconnaissance : « Si tu parles, tu seras expulsée », « Si tu appelles la police, tu perdras les enfants ». La peur du statut, de la pauvreté et de la rupture familiale rend la sortie beaucoup plus difficile.

📉 Déclassement et contrôle dans la sphère privée

Un homme dont l'identité était liée à son statut social ou professionnel, et qui vit un déclassement brutal à l'immigration (chômage, emplois précaires, racisme), peut chercher à « reprendre du pouvoir » à la maison.

Le contrôle accru sur le couple et les enfants — argent, sorties, décisions — devient un moyen de retrouver un sentiment de puissance, au prix de la sécurité et de l'autonomie des proches.

🏛️ Méfiance envers les institutions

Pour des personnes venant de pays où la police, la justice ou les services sociaux étaient agressifs ou corrompus, appeler le 911 ou la DPJ ne va jamais de soi.

La peur d'être maltraité, incompris ou racisé retarde l'accès à l'aide, même en cas de danger grave. La violence reste confinée au huis clos familial, sans trace dans les systèmes qui pourraient ensuite soutenir une demande de protection ou de statut.

💬 Barrières linguistiques et mécompréhension des services

Même quand des services existent (maisons, lignes, cliniques), les femmes immigrantes ne comprennent pas toujours ce qu'ils offrent, comment y accéder, ou pensent ne pas y être admissibles.

Dans les contextes policiers, juridiques ou médicaux, vocabulaire technique, rapidité des échanges et stress rendent les explications difficiles à suivre. Les recours sont mal utilisés et la crédibilité est mal évaluée.

⚖️ Discrimination et racisme dans les institutions

Les femmes immigrantes et racisées rapportent des expériences de discrimination, de stéréotypes culturels et de méfiance dans leurs contacts avec les institutions.

Être moins crue, voir sa parole relativisée ou interprétée à travers des préjugés (« c'est culturel ») mine la confiance. La violence est alors amplifiée par des réponses institutionnelles perçues comme injustes ou partiales.

🌍 Choc culturel sur les normes de genre et d'autorité

Le passage de contextes plus patriarcaux ou collectivistes à un cadre juridique plus égalitaire crée un choc sur les normes de genre et d'autorité.

Certains réseaux communautaires ou religieux continuent de normaliser la domination masculine. La femme reçoit des messages contradictoires (loi québécoise vs normes du groupe), ce qui augmente la dissonance et la culpabilité quand elle tente de nommer la violence ou de partir.

🗺️ 5. Mieux se comprendre quand les mots ne veulent pas dire la même chose

Changer de pays, c'est aussi changer de mots, de sens et de références. Pour que l'aide soit vraiment aidante, il faut s'assurer que tout le monde parle bien de la même chose, même quand on croit « entendre » le bon mot.

🌍

Une même phrase ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Les mots portent des histoires, des usages et des valeurs différentes selon les langues et les cultures (par exemple « violence », « respect », « autorité », « liberté » n'activent pas les mêmes images partout).

⚠️

Quand on parle avec quelqu'un qui apprend le français, il ne suffit pas qu'il comprenne « globalement l'idée ». Un malentendu peut changer complètement ce qu'il croit qu'on lui propose, qu'on lui interdit ou qu'on va faire à sa place (plainte, DPJ, divorce, perte de statut, etc.).

🗣️

La communication interculturelle, ce n'est pas juste « parler plus fort ou plus lentement ». C'est vérifier le sens : reformuler, demander à la personne de redire avec ses mots, utiliser des exemples concrets, repérer quand on ne se comprend pas vraiment.

🔁

Il y a souvent un double écart : écart de langue (niveau de français, vocabulaire technique, accent) et écart de codes culturels (ce qu'on ose dire, ce qu'on tait, la manière de dire non, la façon de parler de la famille, de la police, de la honte).

💥

Si on ne fait pas ce travail de vérification du sens, on prend des décisions « pour aider » sur la base d'une compréhension bancale. Cela peut mener à une mauvaise ressource, à un sentiment de trahison, à une peur accrue des systèmes (justice, DPJ, immigration) ou, au contraire, à des risques sous‑estimés.

🧩

D'où l'importance d'utiliser des interprètes quand c'est nécessaire, d'éviter le jargon, de vérifier explicitement « Qu'est‑ce que tu as compris de ce qu'on vient de dire ? » et d'accepter que si la personne dit « oui », ça ne veut pas forcément dire « j'ai compris et je suis d'accord ».

🗣️ Quand la personne parle — ce que j'entends

Même si je crois reconnaître un mot, ce n'est pas forcément ce qu'elle veut dire. Certains sons se ressemblent, mais les images et les expériences associées peuvent être très différentes.

🛡️ Défense / défans

En français : « défense » fait penser à la protection ou à l'interdiction (« droit de défense », « défense de fumer »).

En créole : « défans » désigne souvent le pare‑chocs d'une voiture.

⚠️ Effet possible : si une personne raconte un accident, on peut croire qu'elle parle de « se défendre », alors qu'elle décrit un choc sur la voiture.

🎂 Gâteau / gato

En français : « gâteau » est un dessert.

En espagnol : « gato » (qui sonne presque pareil) signifie « chat ».

⚠️ Effet possible : si quelqu'un dit « J'aimais beaucoup mon gato », on peut imaginer un gâteau préféré, alors qu'elle parle d'un animal très important pour elle.

🚪 Salle / sal

En français : « salle » désigne une pièce (salle de classe, salle d'attente, salle de bain).

En espagnol : « sal » (prononcé presque pareil) signifie « sel », et c'est aussi l'impératif de « salir » (« sors ! »).

⚠️ Effet possible : selon le contexte, on peut croire que la personne parle d'une pièce, donne un ordre ou évoque un ingrédient de cuisine, alors qu'elle voulait dire tout autre chose.

🤝 Respect / obéissance

En français : « respecter quelqu'un » veut surtout dire ne pas l'humilier, reconnaître sa dignité, ne pas franchir certaines limites.

Dans certaines langues arabophones : le mot traduit par « respect » inclut fortement l'idée d'obéissance aux parents, au mari, aux aînés.

⚠️ Effet possible : si une femme dit « Mes enfants ne me respectent plus », l'intervenant peut entendre « ils sont insolents », alors qu'elle décrit peut‑être un refus de suivre des règles familiales très strictes (sorties, vêtements, religion, fréquentations).

🗨️ Quand moi je parle — ce qu'elle entend

Même si je crois être clair en français, ce n'est pas forcément ce qu'elle comprend. Un même son peut lui évoquer autre chose, selon sa langue et son histoire.

🚪 Pousse / puxa

En français : dire « pousse » sur une porte veut dire qu'il faut pousser.

En portugais du Brésil : « puxa » (prononcé très proche) veut dire « tire ! », l'ordre exactement inverse.

⚠️ Effet possible : si je dis « pousse la porte » à quelqu'un qui entend surtout « puxa », on peut passer un moment à forcer… dans le mauvais sens.

🔤 Ma / mā – má – mǎ – mà

En français : « ma » est un petit mot très banal (« ma maison », « ma sœur »).

En mandarin : la même syllabe change totalement de sens selon le ton (mā = maman, má = chanvre, mǎ = cheval, mà = insulter).

⚠️ Effet possible : pour une oreille francophone, tout sonne comme « ma », alors que changer de ton peut faire passer d'un mot très affectueux à une insulte.

🧊 Glace / glass

En français : « glace » peut vouloir dire l'eau gelée, la crème glacée ou le miroir dans lequel on se regarde.

En anglais : « glass » évoque d'abord le verre (matériau ou contenant), pas l'eau gelée.

⚠️ Effet possible : si je parle de « glace » en pensant à l'eau gelée, une personne anglophone peut imaginer du verre — décalage complet dans l'image mentale.

😶 Honte / gêne, pudeur

En français : dire « c'est honteux » ou « j'ai honte » peut être très brutal, comme si la personne était moralement fautive.

Dans d'autres langues : le mot du quotidien est parfois plus proche de « gêne », « embarras » ou « pudeur », avec une charge morale moins lourde.

⚠️ Effet possible : si un intervenant dit « Tu n'as pas à avoir honte », la personne peut se sentir jugée très durement, alors qu'elle voulait surtout parler de malaise ou de peur du regard des autres.

Ces exemples rappellent l'importance de reformuler et de demander : « Quand tu dis ce mot‑là, qu'est‑ce que ça veut dire pour toi ? » et « Est‑ce que tu peux me redire avec tes mots ce que tu as compris ? »

Le double silence : Les femmes immigrantes victimes de violence vivent une double couche de barrières : le premier silence est celui que connaissent toutes les victimes — honte, peur, attachement. Le second est spécifique à leur situation : isolement culturel et linguistique, méconnaissance des ressources, crainte des institutions, pression communautaire à ne pas « déshonorer » la famille ou le groupe d’appartenance.

6. Ce qui pourrait changer

Pour réduire la violence sociale, des changements sont possibles à trois niveaux : chez les personnes immigrantes, chez les professionnel·les et chez les personnes qui accueillent des nouveaux arrivants.

🌍 Pour les personnes immigrantes

  • ⚖️Comprendre que la violence conjugale est un crime au Québec, peu importe l'origine ou le statut d'immigration.
  • 🚔Connaître le rôle de la police, de la DPJ et des tribunaux, et savoir dans quelles situations les contacter en cas de danger.
  • 📚S'informer sur ses droits au travail, dans le logement et dans la famille, avec l'aide d'organismes ou de services juridiques gratuits.
  • 💬Oser demander des clarifications et reformuler pour vérifier : « Si je comprends bien, tu me proposes X, c'est bien ça ? »
  • 📞Repérer les ressources d'aide (maisons d'hébergement, lignes téléphoniques, organismes) et comment les joindre, même en dehors des urgences.
  • 🛟Se rappeler qu'on peut demander de l'aide sans automatiquement perdre son statut d'immigration ou la garde de ses enfants, selon la situation.

🧩 Pour les professionnel·les

  • 📚Recevoir une formation de base en interculturalité, incluant la question de la violence conjugale et des statuts migratoires précaires.
  • 🔍Distinguer ce qui relève de différences culturelles et ce qui relève de la sécurité et des droits fondamentaux.
  • 💬Utiliser la reformulation active : « Si je comprends bien, vous me dites que… Est‑ce que c'est ça ? » puis demander à la personne de redire ce qu'elle a compris.
  • ⚠️Éviter de banaliser une situation « au nom de la culture » ou, au contraire, de la sur‑interpréter « au nom de la différence ».
  • 🧭Expliquer clairement les procédures (plainte, DPJ, tribunal, immigration) et leurs conséquences possibles, étape par étape.
  • 🤝Travailler en lien avec les organismes spécialisés en immigration et en violence conjugale pour mieux soutenir les personnes concernées.

🤗 Pour les personnes accueillantes

  • 🌱Garder en tête que s'installer dans un nouveau pays est souvent éprouvant, même si le projet est choisi, et peut raviver des expériences difficiles.
  • 💜Reconnaître ce que la personne a vécu sans la forcer à se confier ni à raconter des événements douloureux.
  • 💬Vérifier la compréhension des deux côtés en reformulant, et demander aussi : « Quand je parle de X, qu'est‑ce que ça veut dire pour toi ? »
  • 📌Expliquer calmement le fonctionnement des services (école, santé, police, DPJ) et vérifier que l'information est bien comprise.
  • 👂Parler à la personne plutôt que « de sa culture », éviter les généralisations et rester curieux de son expérience propre.
  • 🆘En cas d'inquiétude pour la sécurité, contacter des ressources spécialisées plutôt que tenter de tout gérer seul.

Si tu es arrivé·e récemment au Québec et que tu ne te reconnais pas toujours dans les mots utilisés ici pour parler de violence, ça ne veut pas dire que ce que tu vis est « normal » ou acceptable : si tu as peur chez toi, si tu te sens contrôlé·e, humilié·e ou menacé·e, il est possible que ce soit de la violence conjugale, et tu as le droit d’en parler dans ta langue, à ton rythme, avec quelqu’un qui peut t’aider à mettre des mots dessus.

🆘 Ressources d'aide — Help Resources

📞
SOS Violence conjugale ⏰ 24/7
Partout au Québec
📱
1 800 363-9010 514 873-9010
✉️
Texto : 438 601-1211

Si tu vis au Québec et que tu as besoin d'aide, tu peux contacter SOS violence conjugale, une ligne d'écoute gratuite, anonyme et confidentielle, ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. On y offre du soutien en français et en anglais et, selon les intervenantes disponibles, parfois en espagnol, en arabe ou dans d'autres langues. Tu peux simplement dire dans quelle langue tu es le plus à l'aise.

🛡️
Le Bouclier d'Athéna / Shield of Athena
Montréal et environs
📱
514 274-8117 1 877 274-8117

Organisme communautaire spécialisé auprès des femmes immigrantes et de leurs enfants vivant de la violence familiale. Services d'information, de soutien et d'accompagnement multilingues et adaptés culturellement, avec des intervenantes parlant notamment l'arabe, l'espagnol et d'autres langues des communautés ethnoculturelles.

📞
SOS Violence conjugale ⏰ 24/7
Province-wide — Québec
📱
1 800 363-9010 514 873-9010
✉️
Text: 438 601-1211

If you live in Québec and need support, you can contact SOS violence conjugale, a free, anonymous and confidential helpline available 24 hours a day, 7 days a week. Support is offered in French and English and, depending on staff availability, sometimes in Spanish, Arabic or other languages. Simply say which language you feel most comfortable in at the start of the call.

🛡️
Shield of Athena
Montréal and area
📱
514 274-8117 1 877 274-8117

A community organization in Montréal specialized in supporting immigrant women and their children experiencing family or intimate partner violence. They provide multilingual, culturally adapted information, support and accompaniment, with staff speaking Arabic, Spanish and other languages present in ethnocultural communities.

📞
SOS Violence conjugale ⏰ 24/7
En toda la provincia — Quebec
📱
1 800 363-9010 514 873-9010
✉️
Mensaje: 438 601-1211

Si vives en Quebec y necesitas apoyo, puedes contactar a SOS violence conjugale, una línea de ayuda gratuita, anónima y confidencial, disponible las 24 horas, los 7 días de la semana. El apoyo se ofrece en francés e inglés y, según el personal disponible, a veces en español, árabe u otros idiomas. Al inicio de la llamada, simplemente di en qué idioma te sientes más cómoda/o.

🛡️
Shield of Athena
Montreal y alrededores
📱
514 274-8117 1 877 274-8117

En Montreal, Shield of Athena es una organización comunitaria especializada en apoyar a mujeres inmigrantes y sus hijos que viven violencia familiar o de pareja. Ofrecen información, apoyo y acompañamiento multilingüe y culturalmente adaptado, con personal que habla árabe, español y otros idiomas de las comunidades etnoculturales.

📞
SOS Violence conjugale ⏰ 24/7
Em toda a província — Quebec
📱
1 800 363-9010 514 873-9010
✉️
SMS: 438 601-1211

Se você vive no Quebec e precisa de apoio, pode entrar em contato com o SOS violence conjugale, uma linha de ajuda gratuita, anônima e confidencial, disponível 24 horas por dia, 7 dias por semana. O suporte é oferecido em francês e inglês e, dependendo da disponibilidade das atendentes, às vezes em espanhol, árabe ou outros idiomas. No início da ligação, diga simplesmente em qual idioma você se sente mais à vontade.

🛡️
Shield of Athena
Montreal e arredores
📱
514 274-8117 1 877 274-8117

Em Montreal, o Shield of Athena é uma organização comunitária especializada no apoio a mulheres imigrantes e seus filhos que sofrem violência familiar ou conjugal. Oferecem informações, suporte e acompanhamento multilíngues e culturalmente adaptados, com atendentes que falam árabe, espanhol e outras línguas presentes nas comunidades etnoculturais.

📞
SOS Violence conjugale ⏰ 24/7
魁北克全省
📱
1 800 363-9010 514 873-9010
✉️
短訊:438 601-1211

如果您住在魁北克並需要支援,可以聯繫 SOS violence conjugale,這是一條免費、匿名且保密的求助熱線,全省均可使用,每天24小時、每週7天開放。熱線以法語和英語提供支援,視乎當值工作人員的情況,有時可以用西班牙語阿拉伯語或其他語言提供協助。來電時,您只需說明您最習慣使用哪種語言,工作人員會盡力為您提供協助。

🛡️
Shield of Athena(雅典娜之盾)
蒙特利爾及周邊地區
📱
514 274-8117 1 877 274-8117

在蒙特利爾,Shield of Athena 是一個專門支援遭受家庭或親密伴侶暴力的移民婦女及其子女的社區組織。他們提供多語言、具文化敏感性的資訊、支援和陪伴服務,工作人員能說阿拉伯語西班牙語及其他族裔社區語言,幫助您了解自己的權利並制定安全計劃,不讓語言成為障礙。

📞
SOS Violence conjugale ⏰ 24/7
في جميع أنحاء مقاطعة كيبيك
📱
1 800 363-9010 514 873-9010
✉️
رسالة نصية: 438 601-1211

إذا كنتِ تعيشين في كيبيك وتحتاجين إلى دعم، يمكنكِ الاتصال بـ SOS violence conjugale، وهو خط مساعدة مجاني وسري وغير مكشوف الهوية، متاح على مدار الساعة طوال أيام الأسبوع. يُقدَّم الدعم باللغتين الفرنسية والإنجليزية، وبحسب الموظفات المتاحات، قد يكون من الممكن أحياناً الحصول على المساعدة بالـعربية أو الإسبانية أو لغات أخرى. في بداية المكالمة، يمكنكِ ببساطة ذكر اللغة التي تشعرين بالارتياح أكثر في التحدث بها.

🛡️
Shield of Athena — درع أثينا
مونتريال والمنطقة المحيطة بها
📱
514 274-8117 1 877 274-8117

في مونتريال، Shield of Athena منظمة مجتمعية متخصصة في دعم المرأة المهاجرة وأطفالها اللواتي يتعرضن للعنف الأسري أو من قِبَل الشريك. يقدمون معلومات ودعماً ومرافقة متعددة اللغات ومتكيفة ثقافياً، مع موظفات يتحدثن العربية والإسبانية ولغات أخرى، لمساعدتكِ على فهم حقوقكِ ووضع خطة أمان.

📞
SOS Violence conjugale ⏰ 24/7
In tutta la provincia — Québec
📱
1 800 363-9010 514 873-9010
✉️
SMS: 438 601-1211

Se vivi in Québec e hai bisogno di supporto, puoi contattare SOS violence conjugale, una linea di ascolto gratuita, anonima e riservata, disponibile 24 ore su 24, 7 giorni su 7. Il supporto è offerto in francese e inglese e, a seconda del personale disponibile, a volte in spagnolo, arabo o altre lingue. All'inizio della chiamata, di' semplicemente in quale lingua ti senti più a tuo agio.

🛡️
Shield of Athena
Montréal e dintorni
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A Montréal, Shield of Athena è un'organizzazione comunitaria specializzata nel sostegno alle donne immigrate e ai loro figli che subiscono violenza familiare o da parte del partner. Offrono informazioni, supporto e accompagnamento multilingui e culturalmente adattati, con personale che parla arabo, spagnolo e altre lingue delle comunità etnoculturali.

Le double silence : Les femmes immigrantes victimes de violence vivent une double couche de barrières : le premier silence est celui que connaissent toutes les victimes — honte, peur, attachement. Le second est spécifique à leur situation : isolement culturel et linguistique, méconnaissance des ressources, crainte des institutions, pression communautaire à ne pas « déshonorer » la famille ou le groupe d’appartenance.

À retenir

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La violence conjugale se nourrit des inégalités — santé mentale, handicap, racisme, statut migratoire — et les rend encore plus dangereuses.

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Les personnes les plus marginalisées sont aussi celles qui rencontrent le plus de barrières pour demander de l'aide et accéder à la justice.

La bonne question n'est pas « pourquoi elle ne part pas ? », mais « qu'est‑ce qu'on peut changer autour d'elle pour qu'elle puisse partir en sécurité ? »

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Si tu te reconnais dans ce que tu as lu, ce n'est pas une preuve que tu es faible ou « folle » : c'est une preuve que tu subis trop, depuis trop longtemps. Tu as le droit d'être aidé·e.

Références 

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