Question de Respect

⚠️ Note méthodologique : les chiffres varient selon les sources. Les collectifs associatifs utilisent souvent une définition plus large du féminicide que les données gouvernementales officielles. Les deux sont utiles, mais ne sont pas directement comparables.

LA VIOLENCE CONJUGALE ICI ET AILLEURS

9 Profil femmes

Québec, France, États-Unis. Pourquoi regarder ailleurs ?

Comprendre comment d’autres sociétés traitent la violence conjugale permet de voir plus clairement ce qui fonctionne, ce qui manque et ce que le Québec peut encore améliorer.

Ce n’est pas un exercice académique : c’est une façon de prendre la mesure de l’ampleur du problème, et de la diversité des réponses possibles.

féminicides conjugaux

Pourquoi parler de « féminicide » plutôt que de « drame conjugal »?

  • Parce que le mot « drame conjugal » laisse croire à un conflit privé qui aurait mal tourné, alors qu’il s’agit d’un meurtre ciblant une femme parce qu’elle est une femme, dans un contexte de pouvoir et de contrôle.

  • Parce que nommer « féminicide » permet de relier ces meurtres entre eux, de voir un phénomène social et politique plutôt qu’une série d’histoires individuelles malheureuses.

  • Parce que ce terme rappelle que les victimes avaient souvent déjà demandé de l’aide, et que la question n’est pas seulement « ce qui s’est passé entre eux », mais ce qui n’a pas été fait autour d’elles.

  • Parce qu’enfin, parler de féminicide oblige à penser en termes de prévention, de protection et de changement de système, plutôt qu’en termes de fatalité ou de tragédie intime.

Les chiffres qui font mal
Quand les statistiques rendent visibles les risques mortels de la violence conjugale.
Données disponibles au 20 juin 2026 (les chiffres peuvent être révisés par la suite).
Pays / Région Volume de féminicides Éléments marquants Inégalités et réponses
Québec

Depuis le début de l’année 2026, le Québec déplore au moins 10 féminicides en contexte de violence conjugale. [web:451]

Printemps 2026 Parmi les victimes récentes, on compte notamment Shannon Jean Hickey (30 ans), tuée à Gatineau le 6 mai, et Hiba El Rhazi (25 ans), assassinée à Montréal le 15 avril. [web:451]

Cette aggravation rapide a contribué au dépôt du projet de loi 4, qui permet de vérifier les antécédents de violence conjugale d’un partenaire. [web:451]

France

En 2024, on a recensé 138 morts violentes au sein du couple en France, dont 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex‑conjoint. [web:452][web:454][web:458]

Cela représente en moyenne une femme tuée tous les trois jours par son conjoint ou ex‑compagnon. [web:452][web:458]

Les rapports officiels soulignent qu’une part importante de ces victimes avaient déjà signalé des violences ou porté plainte, sans bénéficier de mesures de protection suffisantes. [web:458]

États‑Unis

Les estimations indiquent qu’aux États‑Unis, près de trois femmes sont tuées chaque jour par un partenaire intime. [web:455]

Sur la dernière décennie, les homicides commis par un partenaire intime ont connu une hausse notable, en particulier ceux commis avec une arme à feu. [web:455]

Les données montrent de fortes inégalités raciales : les femmes noires et les femmes autochtones sont touchées à des taux plus élevés. [web:455]

Dans le monde

En 2024, environ 83 000 femmes et filles ont été tuées intentionnellement dans le monde. [web:455]

Parmi elles, près de 50 000 — soit environ 60 % — ont été tuées par un partenaire intime ou un membre de leur famille. [web:455]

Cela représente environ 137 femmes et filles tuées chaque jour, soit une toutes les dix minutes. [web:455]

2. Pourquoi les États-Unis ont des taux si élevés

  • L’accès aux armes à feu;  La présence d’une arme au domicile rend un agresseur cinq fois plus susceptible de tuer sa partenaire. En 2015, 92 % de toutes les femmes tuées par arme à feu dans les pays à revenu élevé étaient américaines.
  • Les inégalités socio-économiques;  La pauvreté, la précarité du logement et l’absence de système de santé universel réduisent drastiquement les options de sortie pour les victimes.
  • La fragmentation institutionnelle;  Il n’existe pas de cadre fédéral unifié : les lois varient d’un État à l’autre, les financements des refuges sont instables.

3. Trois modèles, trois approches

Le modèle québécois – coordination institutionnelle

Le Québec mise sur une approche intégrée : stratégie gouvernementale 2022-2027, réseau communautaire, tribunaux spécialisés, prévention et intervention psychosociale. Sa force est la coordination entre acteurs. Ses limites sont réelles : SOS Violence conjugale a dû refuser plus d’une demande d’hébergement sur deux dans la dernière année, et 60 maisons ont des listes d’attente.

 

Le modèle français – arsenal pénal et protection immédiate

La France a fait le choix d’une judiciarisation forte : ordonnance de protection pouvant évincer le conjoint violent du domicile en quelques jours, bracelet antirapprochement, Téléphone Grave Danger, criminalisation du contrôle coercitif depuis 2020, suspension de l’autorité parentale en cas de violences graves. Pourtant, les associations font état d’une baisse moyenne de 18 % de leurs subventions en 2025.

 

Le modèle américain – santé publique et psychologie de l’emprise

Les États-Unis ont développé un corpus théorique riche sur les mécanismes de l’emprise.

 

Deux concepts clés méritent attention :

  • Le modèle Quicksand (Kate Amber) : décrit comment l’agresseur attire sa cible dans des sables mouvants psychosociaux — double langage, injonctions paradoxales, exploitation émotionnelle.
  • Le DARVO (Jennifer Freyd) : Deny (nier les faits), Attack (attaquer la crédibilité de la victime), Reverse Victim and Offender (inverser les rôles). Ce mécanisme est utilisé non seulement sur la victime, mais pour manipuler les institutions.

4. Ce que la crise 2025-2026 révèle

Les données récentes montrent une dégradation simultanée en France et au Québec. Les féminicides ne sont pas une fatalité : ils sont le résultat de dysfonctionnements connus, documentés, répétés. Les outils législatifs progressent mais les ressources de première ligne s’amenuisent au même moment.

Trois défis concrets pour le Québec
Là où les lois, les mots et les réponses concrètes doivent encore évoluer.
Défi 1 · Cadre légal
⚖️
Mieux intégrer le contrôle coercitif
Le projet de loi C‑16 amorce la reconnaissance du contrôle coercitif, mais il faudra aussi une formation renforcée des acteurs policiers et judiciaires pour qu’il soit vraiment compris et appliqué.
Défi 2 · Mots pour le dire
💬
Parler comme les victimes parlent
Rapprocher le langage institutionnel du vocabulaire réel des victimes — relation toxique, manipulation, emprise — pour que les ressources soient trouvables sans connaître les termes techniques.
Défi 3 · Réponse concrète
🧩
Renforcer l’après-signalement
Porter plainte n’est que la première étape. La protection réelle dépend de ce qui suit : mesures concrètes, coordination entre services, et soutien soutenu dans la durée.

Constat central : Signaler la violence ne suffit pas si la réponse institutionnelle est inadéquate. La moitié des victimes de féminicides avaient pourtant alerté.

Références et lectures complémentaires

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