Question de Respect

5.1.2-Violence conjugale chez les aînées

La maltraitance envers les personnes aînées

Un phénomène répandu, massivement sous-signalé, qui touche toutes les formes de relation de confiance, y compris la relation conjugale.

Violence conjugale chez les personnes aînées

Au Québec, au moins une personne aînée sur vingt déclare avoir subi de la maltraitance de la part d’un proche.

La réalité est sans doute bien plus sombre, puisque ces situations sont massivement passées sous silence.

La maltraitance conjugale en représente l’une des expressions les plus fréquentes.

(ISQ, 2019 ; INSPQ, 2022)

1. Dynamiques spécifiques aux personnes aînées

📆
Relation longue durée : des décennies de violence normalisée, des enfants adultes qui ont grandi dans ce contexte, une séparation perçue comme impensable à cet âge.
🩺
Dépendance physique : lorsque l'agresseur est aussi l'aidant, partir signifie perdre les soins essentiels — médication, mobilité, hygiène.
🧍‍♀️
Réseau social réduit : deuils, éloignement des enfants, perte d'autonomie — l'isolement est structurel, pas seulement imposé par l'agresseur.
🎭
Pression familiale et sociale : « À vos âges, on ne se sépare pas. » Honte de « l'échec » conjugal après 40 ou 50 ans de vie commune.

2. Formes spécifiques à cette population

🏥
Le chantage à l'institutionnalisation : « Si tu parles, je te fais placer en CHSLD. » Cette menace, réelle ou perçue, est l'une des plus paralysantes pour les personnes aînées en perte d'autonomie.
✒️
L'abus de procuration : une procuration notariée accordée pour simplifier la gestion quotidienne est détournée pour vider les comptes, signer des documents ou gérer les finances sans rendre de comptes.
📜
La captation d'héritage : manipulation des documents testamentaires, pression pour modifier les bénéficiaires.
💊
La violence médicale : refus de médicaments, gestion secrète des rendez-vous médicaux, interdiction de parler seul·e au médecin.
🗣️
La réécriture de la réalité : insinuer auprès des enfants, amis ou médecins que la personne aînée « perd la tête » pour la discréditer avant qu'elle ne parle.

3. Barrières spécifiques à l'aide

Méconnaissance des ressources : plusieurs aîné·e·s ignorent que la violence conjugale peut se vivre à tout âge et que des ressources spécialisées existent.
🔐
Crainte de perdre le contrôle de sa vie : peur que signaler la violence mène à une prise en charge institutionnelle non désirée.
🧷
Attachement malgré tout : une relation longue, même violente, peut être la seule vie connue.
🧩
Dépendance pratique à l'agresseur : pour les soins, les déplacements, les contacts sociaux.
Les formes de maltraitance les plus fréquentes
Chez les personnes aînées vivant à domicile au Québec.
💬
Forme la plus fréquente
Maltraitance psychologique
Propos humiliants ou dénigrants, menaces, intimidation, chantage affectif, isolement relationnel. Au Québec, c’est la forme de maltraitance la plus répandue chez les personnes de 65 ans et plus vivant à domicile, touchant environ 5,3 % des aîné·es selon les données les plus récentes.
INSPQ 2025
💳
Argent et biens
Maltraitance financière ou matérielle
Abus de procuration, captation d’héritage, contrôle des pensions ou des comptes, pression pour signer des documents, utilisation des biens sans consentement. C’est l’une des formes les plus souvent rapportées après la maltraitance psychologique.
Québec Aîné·es
💔
Dans le couple
Maltraitance conjugale
Violences physiques, psychologiques ou sexuelles, contrôle, menaces, surveillance des déplacements ou des communications dans une relation de couple. Chez les aîné·es, elle est souvent banalisée ou invisibilisée par la durée de la relation et par des stéréotypes sur la vieillesse.
Violence conjugale
🕊️
Ce qui manque
Négligence
Absence de soins essentiels (nourriture, hygiène, médicaments), manque d’aide pour les activités de base, isolement organisé, privation d’aides techniques (marchette, lunettes, prothèses) ou de services nécessaires à la sécurité et à l’autonomie.
Violence par omission
Maltraitance des aîné·es dans le monde
Ce que montrent les grandes études internationales (OMS / Lancet Global Health).
Ordres de grandeur issus de méta‑analyses mondiales en milieu de vie à domicile.
💬
Forme la plus fréquente
Maltraitance psychologique
À l’échelle mondiale, environ 11,6 % des personnes aînées subissent de la maltraitance psychologique ou émotionnelle : humiliations, insultes, menaces, isolement, chantage affectif. C’est la forme de maltraitance la plus courante identifiée par les grandes études internationales.
OMS ~11,6 %
💳
Argent et patrimoine
Maltraitance financière
Environ 6,8 % des aîné·es sont victimes d’exploitation financière ou matérielle : détournement d’argent, pressions pour signer des documents, utilisation de cartes, comptes ou biens sans consentement éclairé.
OMS ~6,8 %
🧺
Besoins non comblés
Négligence
La négligence — besoins de base non couverts, absence de soins, manque d’aide pour les activités essentielles — touche environ 4,2 % des personnes âgées vivant à domicile, selon les estimations globales.
OMS ~4,2 %
🩹
Coups et blessures
Violence physique
Les violences physiques (coups, blessures, usage de force) concernent environ 2,6 % des aîné·es dans le monde. Elles demeurent souvent minimisées ou expliquées par des « accidents » ou des problèmes de santé.
OMS ~2,6 %
🛑
Tabou majeur
Violence sexuelle
Les études estiment la violence sexuelle envers les aîné·es à environ 0,9 %, mais ce chiffre est probablement sous‑estimé en raison de la honte, de la peur de ne pas être cru·e et du tabou entourant la sexualité des personnes âgées.
OMS ~0,9 %
⚖️
Impact sur la vie
Risque de décès
Sur plus d’une décennie de suivi, les recherches montrent que les personnes aînées victimes de maltraitance (abus ou négligence) ont un risque de mourir environ deux fois plus élevé que celles qui ne sont pas maltraitées, même à âge et état de santé comparables.
Études JAMA
4. Ce que tu peux faire
📂 Action 1 – Documenter systématiquement
Toutes les requêtes déposées, avec dates et motifs invoqués.
Tous les manquements aux ordonnances : retards, refus, non‑paiements.
Toutes les communications écrites avec métadonnées (heure, fréquence).
Toutes les dépenses judiciaires générées par les procédures de l'autre partie.
Les impacts sur ta santé, ton emploi, ta vie sociale — avec dates précises.
⚖️ Action 2 – Demander à ton avocat·e de soulever l’abus
Le tribunal peut rejeter une demande abusive.
Le tribunal peut condamner le plaideur quérulent aux frais.
Le tribunal peut interdire de déposer sans autorisation préalable.
Ce recours exige une accumulation dans le temps — commencer à documenter dès maintenant.
📵 Action 3 – Limiter les contacts directs
Utiliser une application de coparentalité écrite — communications horodatées et conservées (OurFamilyWizard, AppClose) [web:148][web:150].
Faire filtrer par son avocat·e toute communication non urgente.
Ne jamais négocier directement lors des échanges d'enfants — lieux neutres si possible.
🧠 Action 4 – Préserver ta santé pendant les procédures
Maintenir un suivi psychologique — aussi une preuve de bonne foi et de capacité parentale.
Identifier et nommer l'épuisement : c'est la réponse normale d'un système nerveux sous pression chronique.
Ne pas lire ou répondre seule aux communications judiciaires en état de stress aigu.

Ces statistiques ne concernent que les personnes vivant à domicile et capables de répondre elles-mêmes à un questionnaire. Les personnes en institution (CHSLD, hôpitaux) en sont exclues — ce qui signifie que le portrait réel est vraisemblablement plus sombre. Le sous-signalement, la honte et la dépendance à l'agresseur sont les principales raisons pour lesquelles la grande majorité des situations ne sont jamais déclarées.

Ressources pour les personnes aînées

Ligne Aide Maltraitance Adultes Aînés (LAMAA) – 1 888 489-2287 (7j/7)
SOS Violence conjugale – 1 800 363-9010 (24h/7j) – accueille aussi les femmes aînées
Curateur public du Québec – 1 800-363-9020 – protection des personnes vulnérables
Éducaloi – Les aîné(e)s et la protection contre l’exploitation et les abus

Références et ressources

Mondial

 

Canada

 

Québec

 

Ressources d’aide directe

Ligne Aide Maltraitance Adultes Aînés (LAMAA) — 7 jours sur 7
1 888 489-2287 — quebec.ca — LAMAA
 
SOS Violence conjugale — 24h/7j — accueille aussi les femmes aînées
1 800 363-9010 — sosviolenceconjugale.ca
 
Éducaloi — Droits des aîné·es face à l’exploitation et aux abus
educaloi.qc.ca — Protection contre l’exploitation
 
Curateur public du Québec — Protection des personnes vulnérables
curateur.gouv.qc.ca
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