Question de Respect

7.3 Contrôle coercitif et progression vers l’homicide conjugal

Certaines informations sont difficiles à lire parce qu’elles sont

TERRIFIANTES ET VRAIES

Les recherches de Jane Monckton Smith bouleversent des préjugés tenaces :

le meurtre conjugal n’est jamais un dérapage ni un crime passionnel.

C’est un processus délibéré.

Contrôle coercitif et progression vers l'homicide conjugal

Contrôle coercitif et risque d’homicide conjugal

Dans de nombreux féminicides conjugaux, la séparation ne marque pas la fin du danger : elle s’inscrit dans une progression qui commence bien avant.

Les recherches de la criminologue Jane Monckton Smith montrent que dans beaucoup de cas, le passage à l’homicide n’est ni un “coup de folie” ni un incident isolé, mais l’aboutissement d’un schéma de contrôle coercitif déjà en place.

1. La séparation : un moment de risque élevé

Quitter un partenaire violent est un acte de courage, mais ce n’est pas automatiquement un gage de sécurité. La période qui entoure la rupture (préparation, annonce, premiers mois après la séparation) est souvent l’une des plus dangereuses.

L’agresseur peut vivre ton départ non pas comme une rupture “douloureuse mais acceptable”, mais comme une perte de pouvoir ou une humiliation qu’il veut “corriger” ou punir.

1.1 La séparation comme “déclencheur”

Dans la Homicide Timeline en 8 étapes proposée par Monckton Smith, la séparation (ou sa menace) apparaît fréquemment comme un déclencheur : le moment où le contrôle de l’agresseur est remis en cause et où le risque commence à augmenter sérieusement.

Ce déclencheur peut être, par exemple :

  • 📩 l’annonce de la rupture ou un déménagement que tu prépares ;
  • ⚖️ le dépôt d’une plainte ou d’une demande d’ordonnance de protection ;
  • 🌱 le fait que tu recommences à voir d’autres personnes ou à reprendre ta vie en main.

D’autres événements de vie peuvent jouer un rôle similaire :

  • 💸 difficulté ou ruine financière ;
  • 👶 grossesse ou arrivée d’un enfant ;
  • 🩺 maladie physique ou mentale (chez toi ou chez lui) ;
  • 🔀 changement majeur comme une retraite, une mise à pied, un départ des enfants.

1.2 L’escalade qui suit

Après ce déclencheur, on observe souvent une escalade : les tactiques de contrôle deviennent plus fréquentes, plus intrusives ou plus violentes. Ce n’est pas une “réaction émotive isolée”, c’est une intensification d’un processus déjà en cours.

Cette escalade peut se manifester par :

  • 🧨 des menaces de suicide ou de “tout détruire” si tu pars ;
  • 📲 des supplications mêlées de harcèlement (appels, messages, visites surprises, cadeaux insistants) ;
  • ⚔️ des actes de violence physique ou des menaces explicites (“je vais te faire payer”, “tu vas le regretter”) ;
  • 👣 du stalking intensifié : filature, surveillances, traçage numérique, présence répétée dans tes déplacements.

1.3 Des meurtres rarement “spontanés”

L’analyse de centaines de cas de féminicides conjugaux montre un schéma récurrent : contrôle coercitif, isolement, menaces, déclencheur (souvent la séparation), escalade, puis actes préparatoires avant l’homicide.

Parler de “crime passionnel” ou dire que l’auteur “a perdu le contrôle” masque ce fonctionnement : dans ces situations, l’agresseur cherchait justement à garder le contrôle depuis longtemps, et l’homicide s’inscrit dans cette logique.

Progression du risque dans la timeline

Concrètement, la timeline montre que le risque ne “tombe pas du ciel” : il monte par paliers. Plus on avance vers les étapes 4, 5, 6, 7 et 8, plus le couple contrôle coercitif + rupture potentielle devient létal.

L’objectif n’est pas de deviner qui va tuer, mais de se demander à chaque contact : « À quelle étape en est‑on, et que peut‑on faire immédiatement pour empêcher la suivante ? » La planification de sécurité vise précisément à intervenir avant que les étapes 6 à 8 soient atteintes.

L’Homicide Timeline — 8 étapes Jane Monckton Smith · Université de Gloucestershire · Analyse de 372 cas de féminicides
1
Étape 1
Antécédents de contrôle
Risque faible

Historique de jalousie, possessivité, comportements de contrôle ou de stalking chez l’auteur, souvent non tracés par des condamnations.

2
Étape 2
Tourbillon d’engagement
Risque faible

La relation évolue rapidement vers un engagement intense. Tout se développe à un rythme malsain dès le début.

3
Étape 3
Vie sous contrôle coercitif
Risque modéré

La relation est dominée par le contrôle coercitif : isolement, surveillance constante, privation d’autonomie, peur.

4
Étape 4
Déclencheur
Risque élevé ⚠

Événement qui menace le contrôle de l’auteur : séparation ou sa menace, grossesse, faillite, retraite… C’est un point critique où le risque augmente fortement.

5
Étape 5
Escalade
Risque très élevé

Intensification des tactiques : menaces de suicide, supplications et harcèlement, actes de violence physique, stalking accru.

6
Étape 6
Changement de pensée
Risque très élevé

L’auteur commence à envisager la violence létale comme une “solution” au problème perçu de la perte de contrôle.

7
Étape 7
Planification
Risque critique

Acquisition de moyens, repérage de la victime, recherche d’occasions de l’isoler. L’acte est prémédité.

8
Étape 8
Homicide et/ou suicide
Létal

Acte délibéré et planifié. Ce n’est pas un “crime passionnel” spontané, mais la conclusion d’un long processus de contrôle.

Source : Monckton Smith, J. (2020). Intimate Partner Femicide: Using Foucauldian Analysis to Track an Eight Stage Progression to Homicide. Violence Against Women, 26(11), 1267–1285.  |  Modèle et formation : www.8-stages.com

1.4 Pourquoi la planification de sécurité est cruciale

En découpant le passage vers l’homicide en huit étapes, la recherche ne sert pas seulement à expliquer le passé. Elle aide à repérer ce qui se passe maintenant et où il est encore possible d’agir pour interrompre la progression.

Trois limites importantes du système actuel :

  • Les interventions d’urgence (police, ambulanciers, etc.) sont souvent pensées pour gérer un incident isolé, pas pour construire un plan de sécurité à long terme.

  • Les victimes ne se sentent pas toujours protégées par ces réponses ponctuelles, surtout lorsqu’elles voient l’agresseur revenir rapidement dans leur quotidien.

  • La confiance augmente lorsque les professionnels(les) reconnaissent clairement la peur de la victime et la logique de contrôle qu’elle décrit, plutôt que de minimiser ce qu’elle vit.

L’objectif de modèles comme la Homicide Timeline est aussi de changer les pratiques :

  • Si les intervenant(e)s (police, justice, santé, milieu communautaire) connaissent ces huit étapes, ils peuvent mieux repérer les signaux de danger élevé, surtout autour de la séparation.

  • Cela permet de concentrer les efforts là où ils peuvent réellement sauver des vies : en renforçant la sécurité de la personne victime, en surveillant les auteurs à haut risque et en prenant au sérieux les menaces et les escalades.

🧭En guise de conclusion

Même lorsqu’il y a du contrôle coercitif, de la violence post‑séparation ou des signaux de haut risque, tu n’es pas condamnée à suivre cette “timeline” jusqu’au bout.

Comprendre ce schéma ne sert pas à te faire peur, mais à prendre au sérieux ce que tu ressens, à mieux préparer ton plan de sécurité et à demander que les professionnel·les le prennent au sérieux aussi.

Tu n’as pas à porter seule la responsabilité de “voir venir” l’irréparable : des ressources peuvent t’aider à lire la situation, à documenter ce que tu vis et à planifier des gestes concrets pour réduire le risque.

Références

Œuvres principales

  • Monckton Smith, J. (2020). Intimate Partner Femicide: Using Foucauldian Analysis to Track an Eight Stage Progression to Homicide. Violence Against Women, 26(11), 1267–1285.
  • Monckton Smith, J. (2022). In Control: Dangerous Relationships and How They End in Murder. Bloomsbury.
  • Site officiel de la formation : https://www.8-stages.com

Sources et hyperliens

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