⚠️ Note : Cette section traite de violence subie par des enfants et des adolescents. Elle ne cherche pas à accabler le personnel enseignant — dont la majorité fait un travail précieux dans des conditions souvent difficiles. Elle cherche à nommer des angles morts systémiques qui méritent d’être vus.
Violence en milieu scolaire
Un deuxième terrain de violence pour les élèves déjà fragilisés et une hypothèse sur le cycle de la violence.
Ce que dit la Loi sur l’instruction publique du Québec : Depuis 2012 (Loi 56), la LIP oblige chaque école à se doter d’un Plan de lutte contre l’intimidation et la violence. Ce plan doit couvrir les comportements entre élèves — mais aussi ceux impliquant des adultes. Les élèves ou leurs parents peuvent porter plainte auprès du Protecteur régional de l’élève si la situation n’est pas réglée.
1. L’école : deuxième milieu de vie, deuxième lieu de risque
Pour un enfant, il existe essentiellement deux grandes scènes de vie : la famille et l’école. Quand la maison est un lieu de tension ou de violence, l’école représente potentiellement un espace de stabilité. Mais ce n’est pas toujours ce qui se passe. L’école peut aussi être un lieu où la violence s’exerce — entre élèves, parfois par des adultes —, et où le contexte de violence familiale demeure invisible, mal compris ou banalisé.
Quand les deux milieux échouent en même temps, les conséquences pour l’enfant se cumulent.
2. La violence entre pairs — intimidation, exclusion, cyberintimidation
L’intimidation se distingue du conflit ordinaire par trois caractéristiques : elle est répétitive, intentionnelle, et implique un déséquilibre de pouvoir.
Les formes que ça prend
- Violence verbale : insultes, humiliations, moqueries sur l’apparence, l’identité, l’origine, le genre.
- Violence relationnelle : exclusion délibérée, manipulation du groupe.
- Violence physique : bousculades intentionnelles, coups, vol ou destruction d’objets.
- Cyberintimidation : messages menaçants, photos humiliantes diffusées, harcèlement via les réseaux sociaux. Contrairement à l’intimidation physique, elle ne s’arrête pas aux portes de l’école : elle suit l’élève chez lui, la nuit, partout.
Conséquences documentées
- Détresse psychologique, anxiété, dépression.
- Baisse de l’estime de soi, absentéisme scolaire, risque de décrochage.
- Risque accru d’être victimisé dans des relations amoureuses à l’adolescence et à l’âge adulte.
- Dans les cas les plus graves : idéations suicidaires. Au moins la moitié des suicides chez les jeunes seraient liés à l’intimidation selon certaines études.
3. La violence infligée par les adultes de l’école
- Violence verbale et humiliation : traiter un élève d’idiot, l’humilier devant la classe, utiliser des étiquettes dévalorisantes.
- Violence psychologique : sarcasmes répétés, dénigrement des capacités, menaces déguisées.
- Punitions abusives : punitions disproportionnées, humiliantes ou à caractère collectif.
- Indifférence et abandon : ne pas intervenir face à une situation d’intimidation connue envoie à la victime le message que ce qui lui arrive est acceptable.
| Chiffre clé | Ce que ça signifie | Source |
|---|---|---|
| 1 sur 3 | Élèves Des élèves québécois vivent au moins un épisode de violence verbale ou physique à l'école | INSPQ, 2020 |
| 27 % | 12–17 ans Des jeunes déclarent avoir été victimes d'intimidation au moins 2 à 3 fois par mois | ISQ — Enquête québécoise sur la santé des jeunes (EQRS 2022) |
| 15 % | Récurrent Des élèves subissent des violences récurrentes à l'école — au moins 3 fois par mois | Chaire SÉVEQ — Université Laval, 2017 |
| 32 % | Secondaire Des élèves du secondaire ont été victimes d'au moins un geste d'intimidation | ISQ — EQSJS 2016-2017 |
4. L’enfant pris en étau
Un enfant qui vit dans un foyer marqué par la violence conjugale arrive à l’école avec un bagage invisible : hypervigilance, difficultés de concentration, anxiété, troubles du sommeil, réactions émotionnelles intenses. Ces manifestations ne sont pas des caprices — ce sont des réponses neurobiologiques à un environnement perçu comme menaçant.
Ce que l’enfant apporte en classe sans le dire
- Comportements externalisés : agitation, agressivité, défi de l’autorité — mécanismes fight ou fawn transposés dans le contexte scolaire.
- Comportements internalisés : retrait, silence, difficulté à demander de l’aide — mécanismes freeze ou flop.
- Difficultés relationnelles : méfiance envers les adultes, tendance à anticiper le conflit ou la punition.
Le malentendu fondamental : Un enfant qui agresse ses pairs ou défie l’autorité n’est pas nécessairement un « enfant difficile ». Il est peut-être un enfant qui souffre. La réaction instinctive — punir le comportement — peut aggraver la situation quand ce comportement est une réponse de survie. Ce que l’enfant apprend alors, c’est que l’adulte est une source de punition supplémentaire, pas une source de sécurité.
5. L’hypothèse — vers une compréhension du cycle de la violence
Note préliminaire : Ce qui suit est une hypothèse explicative, appuyée sur des données convergentes et des observations cliniques — et non une affirmation causale définitive. Nommer cette hypothèse n’est pas une condamnation. C’est une invitation à intervenir plus tôt, plus intelligemment.
Un enfant qui vit simultanément de la violence familiale et de la violence scolaire n’a pas de « port d’attache » sécuritaire. Cette double victimisation entraîne une saturation du système nerveux — un cerveau en état d’alerte permanent ne peut pas gérer correctement la régulation émotionnelle, l’empathie, la résolution non violente des conflits
Lorsqu’un enfant ou un adolescent est exposé simultanément à de la violence dans sa famille et à de la violence dans son milieu scolaire — notamment quand cette dernière est renforcée par l’incompréhension du personnel adulte —, les risques qu’il reproduise des comportements violents dans ses relations futures augmentent significativement
Ces constats convergent avec ce que le Dr Gabor Maté décrit comme le continuum entre la blessure d’attachement précoce et les comportements agressifs ou violents à l’âge adulte : ce n’est pas de la méchanceté. C’est de la souffrance qui ne trouve pas d’autre langage.
6. Ce que ça change — et ce qui pourrait changer
Pour l’enfant qui vit de la violence familiale
- Reconnaître ses comportements difficiles comme des signaux de détresse, pas comme des preuves d’un « mauvais caractère ».
- Lui offrir au moins un adulte de confiance à l’école — enseignante, psychoéducateur, TES — qui le voit au-delà de ses comportements.
- Briser l’isolement : beaucoup d’enfants ne nomment pas la violence parce qu’ils ont appris que personne ne comprendrait.
Pour le personnel scolaire
- Être formé à reconnaître les signes de violence familiale dans les comportements scolaires.
- Comprendre les mécanismes de survie (fight, flight, freeze, fawn, flop) pour interpréter les comportements différemment.
- Créer des espaces de parole sécuritaires où les élèves peuvent exprimer ce qui se passe chez eux sans crainte de jugement.
L’école peut être un facteur de résilience : Des décennies de recherche montrent qu’un seul adulte bienveillant, stable et présent peut changer la trajectoire d’un enfant qui vit dans un environnement violent. L’école est l’un des seuls endroits où cet adulte peut se trouver.
Références et lectures complémentaires
[1] INSPQ (2020) — La violence en milieu scolaire et les défis de l’éducation à la socialisation — https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/la-violence-en-milieu-scolaire-et-les-defis-de-l-education-a-la-socialisation
[2] Chaire SÉVEQ, Université Laval (2018) — Évolution de divers aspects associés à la violence dans les écoles — https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/la-violence-en-milieu-scolaire-et-les-defis-de-l-education-a-la-socialisation/ampleur-des-comportements-d-agression-et-de-victimisation-en-milieu-scolaire-quebecois
[3] ISQ (2024) — L’intimidation et la cyberintimidation au Québec — EQRS 2022 — https://statistique.quebec.ca/fr/produit/publication/intimidation-et-cyberintimidation-au-quebec-faits-saillants
[4] INSPQ (2024) — L’intimidation vécue par les jeunes — https://www.inspq.qc.ca/intimidation/jeunes
[5] Gouvernement du Québec (2023) — Plan de prévention de la violence et de l’intimidation 2023-2028 — https://www.quebec.ca/gouvernement/ministeres-organismes/education/publications/violence-intimidation
[6] Éducaloi (2025) — L’intimidation et la violence à l’école — https://educaloi.qc.ca/capsules/intimidation-et-la-violence-a-l-ecole/
[7] ISQ (2024) — La violence et la négligence familiales dans la vie des enfants du Québec — https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/violence-negligence-familiales-enfants-2024.pdf
[8] Dupont-Barrette et al. (2024) — Les élèves victimes de violences intrafamiliales vus par leurs enseignants — Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence — https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0033298424000566
[9] Gouvernement du Québec — Loi sur l’instruction publique (LIP), art. 75.1 (Loi 56, 2012) — https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/I-13.3
[10] van der Kolk, B. (2014) — The Body Keeps the Score — https://www.besselvanderkolk.com/resources/the-body-keeps-the-score