Violence en milieu de travail

⚠️ Note : Cette section ne cherche pas à accabler les gestionnaires ou les employeurs — dont la majorité exerce ses responsabilités avec bienveillance. Elle cherche à nommer des angles morts systémiques qui méritent d’être vus.

Violence en milieu de travail

Ce que dit la Loi sur les normes du travail du Québec : Depuis 2004 (Loi 143), la LNT reconnaît le droit de tout salarié québécois à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique. L’employeur a l’obligation de prendre des moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement et le faire cesser. La victime dispose d’un délai de deux ans pour déposer une plainte à la CNESST.

 

1. La violence entre collègues

La Loi sur les normes du travail (LNT) définit le harcèlement psychologique comme une conduite vexatoire se manifestant par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, qui sont hostiles ou non désirés, laquelle porte atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique du salarié. Un seul événement grave peut aussi constituer du harcèlement.

Formes les plus fréquentes

  • Harcèlement verbal : insultes, humiliations, moqueries sur les capacités, l’apparence, l’identité, le genre.
  • Harcèlement relationnel : exclusion délibérée, manipulation des collègues pour isoler la personne ciblée.
  • Cyberintimidation au travail : messages dégradants, captures d’écran partagées hors contexte. Elle ne s’arrête pas aux portes du bureau — elle suit la personne chez elle.
  • Harcèlement sexuel : disproportionnellement subi par les femmes, les personnes LGBTQ+ et les travailleuses précaires.

Conséquences documentées

  • Dépression, détresse psychologique sévère, syndrome de stress post-traumatique.
  • Épuisement professionnel (burnout) et effondrement de l’estime de soi.
  • Absentéisme, perte de productivité, accidents de travail.
  • Dans les cas les plus graves : idéations suicidaires. Les travailleurs victimes de harcèlement psychologique sont 79 % à attribuer leur détresse à leur milieu de travail. (EQSP, 2016)

2. La violence infligée par les supérieurs hiérarchiques

  • Harcèlement managérial : dénigrement des compétences devant l’équipe, critiques systématiques et disproportionnées, surveillance excessive.
  • Abus d’autorité : menaces déguisées sur l’emploi, pression pour accepter des conditions injustes, représailles après une plainte.
  • Exclusion organisationnelle : mise à l’écart progressive — réunions auxquelles la personne n’est plus invitée, projets dont elle est retirée.
  • Violence par omission : ne pas intervenir face à une situation de harcèlement connue envoie un signal clair : ce qui se passe ici est acceptable.
Harcèlement au travail — données québécoises
📊 Ce que dit la recherche québécoise
Chiffre clé Ce que ça signifie Source
~20 % Femmes & hommes Des travailleuses et travailleurs québécois estiment avoir été victimes de harcèlement psychologique au travail Enquête québécoise sur la santé de la population (EQSP) 2014-2015 — INSPQ
15 % / 11 % Femmes / Hommes Des travailleuses (15 %) et travailleurs (11 %) déclarent avoir subi du harcèlement psychologique ou sexuel au travail EQSP 2020-2021 — Institut de la statistique du Québec (ISQ)
25 % Femmes Des femmes déclarent avoir été victimes d'au moins un comportement sexuel non désiré au travail en 2018 — soit 1 femme sur 4 Enquête sur la sécurité en milieu de travail (ESEPP 2018) — ISQ
~100 000 Chaque année Travailleuses et travailleurs québécois victimes de harcèlement au travail chaque année — soit des centaines de personnes chaque jour ouvrable Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) — Janvier 2024

3. Quand la violence conjugale franchit les portes de l’entreprise

Le malentendu fondamental : Une travailleuse dont la performance baisse, qui arrive épuisée, qui réagit de façon imprévisible, n’est pas nécessairement « peu motivée ». Elle est peut-être une personne qui souffre. La réaction instinctive — sanctionner la performance — peut aggraver la situation quand ce comportement est une réponse de survie. Ce que la travailleuse apprend alors, c’est que l’employeur est une source de pression supplémentaire, pas une source de sécurité possible.

Données documentées :

  • 53,5 % des victimes de violence conjugale indiquent que cette violence se poursuivait sur leur lieu de travail ou à proximité.
  • 38 % disent que la violence conjugale a nui à leur capacité de se rendre au travail.
  • 40 % ont dû s’absenter en raison d’une situation de violence conjugale.
  • 8,5 % déclarent avoir perdu un emploi en raison de la violence conjugale. (INSPQ / RAIV Laval, 2023)

4. Ce que ça change — et ce qui pourrait changer

Pour la personne qui vit de la violence familiale

  • Reconnaître ses comportements difficiles au travail comme des signaux de détresse, pas comme des preuves d’incompétence.
  • Identifier dans son milieu de travail au moins une personne de confiance – un collègue, un représentant syndical, un professionnel RH formé.
  • Connaître ses droits : depuis le 6 octobre 2021, l’article 51 de la LSST oblige tout employeur québécois à prendre des mesures pour protéger les travailleurs exposés à de la violence conjugale ou familiale sur les lieux de travail.

Pour les gestionnaires et les équipes

  • Être formés à reconnaître les signes de violence familiale dans les comportements professionnels.
  • Créer des espaces de parole sécuritaires et confidentiels.
  • Collaborer avec des ressources spécialisées externes — maisons d’aide et d’hébergement, CAVAC, programmes d’aide aux employés (PAE).

Le milieu de travail peut être un facteur de résilience : Un seul adulte bienveillant, stable et présent peut changer la trajectoire d’une personne qui vit dans un environnement violent. Le milieu de travail est souvent l’un des seuls endroits où cet adulte peut se trouver — parce que c’est parfois le seul espace que la violence familiale n’a pas encore complètement investi

Références et lectures complémentaires

[1] INSPQ (2023) — La violence en milieu de travail — Vue d’ensemble — https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/la-violence-en-milieu-de-travail

[2] INSPQ (2023) — Harcèlement psychologique au travail — https://www.inspq.qc.ca/risques-psychosociaux-du-travail-et-promotion-de-la-sante-des-travailleursl/harcelement-psychologique-au-travail

[3] INSPQ (2023) — Prévenir la violence conjugale par l’entremise du milieu de travail — https://www.inspq.qc.ca/publications/3526

[4] CNESST (2024) — Violence conjugale ou familiale en milieu de travail — Obligations de l’employeur — https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/prevention-securite/identifier-corriger-risques/liste-informations-prevention/violence-conjugale-familiale

[5] CNESST (2024) — Statistiques sur les risques psychosociaux liés au travail 2020-2024 — https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/organisation/documentation/formulaires-publications/statistiques-risques-psychosociaux-travail

[6] Ordre des CRHA (janvier 2024) — Harcèlement en milieu de travail : 100 000 victimes annuellement — https://ordrecrha.org/salle-de-presse/communiques-de-presse/2024/01/harcelement-milieu-travail

[7] FTQ — La violence conjugale et familiale en milieu de travail — https://ftq.qc.ca/violence-conjugale/

[8] RAIV / Université Laval (2023) — Programmes de prévention de la violence conjugale en milieu de travail — https://www.raiv.ulaval.ca/sites/raiv.ulaval.ca/files/publications/fichiers/programmes-prevention-violence-conjugale-milieu-travail.pdf

[9] Loi sur les normes du travail (LNT), art. 81.18 — Harcèlement psychologique — https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/N-1.1

[10] Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), art. 51 — Violence conjugale/familiale (en vigueur 6 octobre 2021) — https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/S-2.1

Scroll to Top