Question de Respect

6. Profil de la victime

Ce bloc répond à l’une des questions les plus douloureuses que se posent les victimes et il ne s’agit pas de dresser une liste de failles.

Il s’agit de comprendre pour cesser de se blâmer.

Comment ai-je pu en arriver là?

9 Profil femmes

⚠️ Avertissement : Ce bloc décrit des dynamiques psychologiques et des mécanismes documentés dans la recherche. Il n’a pas pour but de te diagnostiquer ni de remplacer l’accompagnement d’une professionnelle spécialisée. Si tu te reconnais dans ce qui suit, une ressource qualifiée peut t’aider à aller plus loin.

Si tu es en danger immédiat, compose le 911

Pour parler à quelqu’un (24 h/24) : SOS Violence conjugale

1 800 363-9010

L'emprise

1. Comment l’emprise s’installe

Le processus est toujours progressif. Il commence souvent là où on s’y attend le moins : dans une relation qui semblait idéale. Le love bombing crée un attachement intense et rapide. La victime ne tombe pas amoureuse d’une personne violente : elle tombe amoureuse d’une version soigneusement construite, qui disparaîtra peu à peu une fois l’emprise installée.

 

Ce contraste entre la « belle version » du début et les comportements ultérieurs est précisément ce qui rend la sortie si difficile : une partie de soi continue de chercher la personne qu’on a cru connaître.

N’importe qui peut devenir victime de violence conjugale. La violence conjugale touche des femmes de tous âges, de tous milieux socio-économiques, de tous niveaux de scolarité et de toutes origines.

L’emprise s’installe parce qu’elle est construite pour tromper.

1.1 Le mécanisme FOG – Peur, Obligation, Culpabilité

La psychologue Susan Forward a identifié trois leviers émotionnels que les personnalités manipulatrices exploitent systématiquement pour maintenir l’emprise. Elle les regroupe sous l’acronyme FOG (Fear, Obligation, Guilt) :

Peur, obligation, culpabilité

Peur, obligation, culpabilité

😨
Peur (Fear) – peur de la colère, des représailles, de la séparation, de perdre les enfants, d’être seule, de ne pas être crue. La peur est souvent le premier levier installé.
🧾
Obligation – sentiment d’avoir une dette envers l’autre, de lui devoir quelque chose. « Il a tout sacrifié pour moi. » « Je l’ai épousé. » « C’est le père de mes enfants. » Ces obligations réelles sont détournées pour justifier l’intolérable.
⚖️
Culpabilité (Guilt) – se sentir responsable de ses colères, de ses échecs, de son mal-être. La culpabilité est le mécanisme central du gaslighting : « Regarde ce que tu me fais faire. »

Ces trois leviers, activés ensemble et de façon répétée, brouillent la frontière entre responsabilité légitime et responsabilité injustement assignée. La victime finit par ne plus savoir où commence sa part.

 

1.2 L’isolation progressive

L’isolement ne se décrète pas. Il se construit par petits gestes : une remarque sur une amie jugée mauvaise influence, une dispute chaque fois qu’on rentre d’un souper de famille, un regard de reproche quand on parle de projets personnels. Progressivement, le réseau se rétrécit. Non pas parce que les proches se sont éloignés – mais parce que les maintenir dans sa vie est devenu trop coûteux émotionnellement.

L’isolation sert deux fonctions : elle réduit les possibilités de contre-récit (personne pour dire « ce n’est pas normal »), et elle augmente la dépendance affective envers l’agresseur – qui devient souvent la seule source de validation disponible.

 

1.3 La normalisation par escalade

L’emprise exploite la remarquable capacité d’adaptation du cerveau humain. Ce qui aurait été inacceptable au premier mois de la relation est devenu, deux ans plus tard, « sa façon d’être ». Chaque franchissement de limite non nommé recalibre imperceptiblement le seuil du tolérable. C’est ce qu’on appelle parfois l’effet de la grenouille dans l’eau chaude : la température monte si progressivement que l’alarme ne se déclenche jamais.

 

2. Les forces exploitées

Ce qui varie d’une personne à l’autre, ce ne sont pas la force ou la faiblesse de caractère. Ce sont les couches de vulnérabilités qui se superposent : histoire familiale, isolement, pauvreté, statut migratoire précaire, racisme, handicap, exposition antérieure à la violence.

Ce qui est exploité, ce sont précisément les qualités les plus généreuses : empathie, loyauté, capacité à pardonner, désir de bien faire. Ce n’est pas une faiblesse. C’est une force détournée.

 

3. Le bouc émissaire familial

Dans certaines familles, un mécanisme inconscient pousse le groupe à désigner un·e membre comme responsable de toutes les tensions. Cette personne incarne les problèmes que la famille ne parvient pas à gérer. En lui projetant les conflits, les autres membres préservent l’illusion d’un équilibre.

Le bouc émissaire est souvent la personne qui ose dire que « quelque chose ne va pas » – et qui, pour cette raison, est traitée de « trop sensible », « instable », « ingrate ».

Mécanismes déjà installés

Une ancienne bouc émissaire entre dans une relation intime avec plusieurs cicatrices invisibles :

🤔
Le réflexe de se blâmer est déjà installé – « c’est moi qui exagère », « je suis trop sensible ».
😶‍🌫️
La violence et le dénigrement peuvent sembler normaux – ils prolongent les scénarios de l’enfance.
🕸️
L’isolement est souvent préexistant – peu de soutien familial, réseau fragile.
📈
Le seuil de tolérance à l’inacceptable est plus élevé – ce qui a été normalisé dans l’enfance reste difficile à nommer.

4. Les styles d’attachement

La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby puis approfondie par Mary Ainsworth, décrit comment les liens affectifs formés dans la petite enfance deviennent un modèle intérieur pour les relations futures.

Ces modèles ne déterminent pas « qui sera victime » ou « qui sera violent », mais ils peuvent augmenter ou diminuer la vulnérabilité à rester dans une relation dangereuse, à la minimiser ou à y revenir.

Les études montrent que les attachements insécures (anxieux, évitant, désorganisé) sont plus souvent associés à la victimisation dans les relations intimes, tandis qu’un attachement sécure joue plutôt un rôle de protection, sans être une garantie absolue.

🛟💚 4.1 Attachement sécure

La théorie de l’attachement décrit comment les liens formés dans la petite enfance deviennent un modèle intérieur pour les relations futures. L’attachement sécure agit comme un bouclier relatif face aux relations dangereuses.

  • Enfance — adultes plutôt prévisibles, disponibles et rassurants; l’enfant peut compter sur eux en cas de détresse.
  • À l’âge adulte — aisance avec l’intimité, confiance, bonne gestion des émotions, capacité à poser des limites claires.
  • Effet sur la vulnérabilité — facilite le repérage des situations dangereuses et le départ plus tôt, mais ne constitue pas une garantie absolue contre la violence.
💓⚠️ 4.2 Attachement anxieux‑préoccupé

L’attachement anxieux se développe dans des environnements où l’affection parentale est inconstante ou conditionnelle. À l’âge adulte, la peur de perdre le lien peut l’emporter sur le besoin de sécurité.

  • Enfance — affection parfois très présente, parfois retirée ou punitive; l’enfant ne sait jamais à quoi s’attendre.
  • À l’âge adulte — peur intense de l’abandon, besoin excessif de réassurance, difficulté à tolérer la solitude.
  • Effet sur la vulnérabilité — augmente l’exposition à la violence psychologique et la tendance à rester dans des liens dangereux parce que « perdre l’autre » semble pire que perdre sa sécurité.
🚪🧊 4.3 Attachement évitant‑détaché

L’attachement évitant se construit lorsque montrer ses besoins émotionnels n’apporte rien ou est sanctionné. À l’âge adulte, l’indépendance est valorisée au point de couper le contact avec ses propres besoins.

  • Enfance — l’enfant apprend à minimiser ses besoins affectifs, à ne pas « déranger » avec ses émotions.
  • À l’âge adulte — valorisation excessive de l’indépendance, inconfort avec l’intimité, tendance à se couper de ses propres besoins.
  • Effet sur la vulnérabilité — peut paradoxalement augmenter le risque de relations coercitives, l’agresseur venant combler un vide qu’on n’ose pas nommer, tout en rendant plus difficile la demande d’aide.
🎢💔 4.4 Attachement désorganisé

L’attachement désorganisé se développe lorsque la figure censée protéger est aussi celle qui fait peur. À l’âge adulte, il se traduit par des oscillations extrêmes entre besoin de proximité et peur de l’intimité.

  • Enfance — parents négligents ou violents; l’enfant ne peut pas organiser une stratégie claire de protection.
  • À l’âge adulte — confusion entre besoin de l’autre et crainte de l’autre, relations très instables, attraction vers des liens à la fois rassurants et dangereux.
  • Effet sur la vulnérabilité — c’est le style le plus fréquemment associé aux relations abusives répétées; il augmente le risque de rester dans des liens où danger et réassurance se mélangent.

Ce que ça ne signifie pas : Les attachements insécures ne causent pas la violence conjugale. Ils ne déterminent pas non plus une trajectoire inévitable. Ce que ces styles font, c’est créer un terrain qui peut être exploité par un(e) partenaire violent(e). La responsabilité reste entière du côté de celui ou celle qui choisit d’exercer la violence.

5. Le rôle de «réparateur/trice»

Dans certaines relations toxiques, une personne assume spontanément la responsabilité de réparer l’autre — ses blessures, ses colères, la relation elle-même. Ce rôle de fixer (réparer ou sauver) apparaît fréquemment chez les personnes avec un attachement anxieux et chez les anciens boucs émissaires.

Ce que ce rôle produit concrètement :

Effets de la responsabilisation excessive

Ce que ce rôle produit concrètement :

🧍‍♀️
Responsabilité excessive — se sentir responsable des émotions, des comportements, et même du passé traumatique du partenaire.
🪤
Justification permanente — excuser les comportements abusifs en invoquant le passé ou la souffrance de l’autre.
😵‍💫
Épuisement émotionnel — surveiller en permanence l’ambiance pour éviter les crises. Cet épuisement peut mener à de l’anxiété chronique, voire à un TSPT complexe.
🧩
Perte de soi — les propres besoins, limites et projets sont relégués au second plan.

5.1 Le triangle dramatique de Karpman

Ce phénomène s’explique aussi par le triangle dramatique décrit par le psychiatre Stephen Karpman en 1968 : dans une relation dysfonctionnelle, trois rôles circulent – la Victime, le Persécuteur et le Sauveur. Le·ou la réparateur/trice joue le rôle du Sauveur : il ou elle prend en charge les problèmes de l’autre, pense savoir mieux ce qui est bon, et empêche l’autre de faire face aux conséquences de ses actes – ce qui entretient le cycle.

La piège du triangle : les rôles ne sont pas fixes. L’agresseur peut se présenter comme une Victime de sa propre histoire, recrutant le Sauveur que la victime incarne. Ce glissement de rôles est au cœur de nombreuses dynamiques d’emprise.

 

6. Vulnérabilités amplifiées – qui est davantage exposée

Toute femme peut être victime de violence conjugale. Mais certains contextes créent des facteurs de risque supplémentaires, des obstacles spécifiques à la sortie, et une invisibilité accrue dans les données et les services. L’intersectionnalité – le croisement de plusieurs axes de discrimination -amplifie ces vulnérabilités.

Contextes de vulnérabilité

Contextes de vulnérabilité face à la violence conjugale

🌿

6.1 Femmes autochtones

Vulnérabilité façonnée par le colonialisme et les traumatismes intergénérationnels

Les femmes autochtones sont touchées de façon radicalement disproportionnée. Selon Statistique Canada, 44 % des femmes des Premières Nations et 48 % des femmes métisses déclarent avoir été victimes de violence conjugale au cours de leur vie, contre 25 % des femmes non autochtones.[web:123][web:125]

Elles sont aussi surreprésentées parmi les victimes d'homicide conjugal.[web:127] Ces chiffres s'expliquent par un cumul de facteurs : traumatismes intergénérationnels liés aux pensionnats, colonialisme structurel, racisme systémique, pauvreté, isolement géographique et méfiance — souvent fondée — envers la police et le système de justice.[web:127][web:131] La prévention exige une approche holistique qui reconnaît explicitement ce contexte.[web:127]

6.2 Femmes en situation de handicap

Dépendance fonctionnelle et obstacles aux ressources

Les femmes vivant avec un handicap physique, sensoriel, intellectuel ou mental ont un risque environ deux fois plus élevé d'être victimes de violence conjugale que les femmes sans incapacité.[web:126] Au Canada, les femmes avec incapacité rapportent plus souvent des formes graves de violence conjugale et des blessures physiques.[web:124][web:126]

La dépendance aux soins du partenaire crée un levier de contrôle supplémentaire. La peur de perdre ces soins, de se retrouver sans logement adapté ou sans soutien technique constitue un obstacle majeur au départ. Les ressources d'hébergement et les services demeurent insuffisamment adaptés aux réalités des femmes handicapées.[web:126]

🧳

6.3 Femmes immigrantes et réfugiées

Statut migratoire précaire comme levier de contrôle

Le statut migratoire précaire est l'un des leviers de contrôle les plus puissants utilisés par les agresseurs. Menaces de dénonciation aux autorités, rétention de documents, méconnaissance des droits, barrières linguistiques et pressions communautaires créent une toile qui rend le départ particulièrement risqué.[web:130]

S'y ajoute la crainte que la dénonciation entraîne une expulsion ou compromette le statut d'immigration des enfants. Le système judiciaire et les ressources d'aide sont souvent perçus — parfois à raison — comme peu sécuritaires pour les personnes sans statut stable ou dépendantes de leur conjoint pour la régularisation.

🏳️‍🌈

6.4 Personnes LGBTQ+

Violence invisibilisée et menaces d’outing

La violence conjugale existe aussi dans les couples de même sexe et dans les relations impliquant des personnes trans ou non-binaires. Les mythes du type « la violence conjugale, c’est l’affaire des hétéros » freinent la reconnaissance et la demande d'aide.[web:130]

Des formes spécifiques s'ajoutent : menacer de révéler l'orientation sexuelle ou l'identité de genre à l'entourage, à l'employeur ou à la famille (outing forcé). Les ressources d'hébergement et d’aide ne sont pas toujours inclusives, et la méfiance envers les institutions — ancrée dans des expériences réelles de discrimination — constitue un obstacle supplémentaire.

👵

6.5 Femmes aînées

Violence tardive, honte et dépendance économique

La violence conjugale chez les femmes aînées est largement sous-déclarée. Socialisation à une féminité traditionnelle, loyauté au mariage, peur de vieillir seule, crainte de perdre le logement ou les biens communs, et parfois dépendance aux soins du conjoint freinent la dénonciation.[web:130]

La honte joue un rôle amplificateur : reconnaître de la violence après des décennies de vie commune revient à admettre qu'elle a duré très longtemps. Les ressources sont peu adaptées, et les intervenant·es sont rarement formé·es à la violence conjugale chez les aînées.

🗺️

6.6 Femmes en région éloignée

Isolement géographique et social imbriqués

L'isolement géographique amplifie l'isolement social et l'emprise. L'absence de ressources locales, le manque de confidentialité dans les petites communautés où tout le monde se connaît et les longues distances pour accéder aux services compliquent chaque tentative de départ.[web:127][web:130]

La dépendance à l'agresseur pour les déplacements (voiture, essence, routes) ou pour des besoins de base rend le projet de quitter logistiquement et socialement beaucoup plus coûteux que dans les milieux urbains.

🧠⚡ 7. Les mécanismes d’adaptation

Face à la violence, le corps et le psychisme activent automatiquement des mécanismes de survie. Ces réactions ne sont ni des défauts ni des choix conscients — ce sont des réponses câblées dans le système nerveux pour faire face à la menace.

  • 🗡️ Fight — Se battre — réagir par la confrontation, argumenter, se défendre verbalement ou physiquement. Le corps mobilise l’énergie pour repousser la menace.
  • 🏃‍♀️ Flight — Fuir — chercher à s’éloigner, éviter les situations conflictuelles, planifier un départ en secret, se réfugier chez des proches ou au travail.
  • 🧊 Freeze — Se figer — rester immobile ou silencieuse, sensation de se déconnecter de son propre corps. Ce n’est pas de la passivité: le système nerveux tente de laisser passer l’orage en se mettant en mode « pause ».
  • 🤝 Fawn — Apaiser — s’excuser même quand on n’a rien fait, s’adapter aux humeurs de l’agresseur, anticiper ses besoins. Une stratégie de survie sophistiquée pour limiter les dégâts au quotidien.
  • 🛌 Flop — S’effondrer — fatigue extrême, incapacité à prendre des décisions, impression de ne plus avoir de ressources. Le corps et le système nerveux sont saturés après trop de temps en mode survie.

Quand ces réponses se prolongent après la fin de la violence, elles peuvent donner l’impression d’être « brisée » ou « incohérente ». En réalité, ce sont des mécanismes de survie qui n’ont pas encore reçu le signal qu’ils peuvent enfin se reposer.

Juger une victime sur ses réactions, c’est ignorer tout de ce que son système nerveux traverse

Ces cinq mécanismes expliquent pourquoi une même personne peut, à différents moments, se battre, rester, se taire, s’excuser ou s’effondrer  parfois dans la même journée.

8. La dissonance cognitive

Tu sais que quelque chose ne va pas, mais tu restes. Tu te justifies, tu minimises, tu espères. Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la neurologie.

La dissonance cognitive, décrite par le psychologue Leon Festinger en 1957, est l’inconfort psychologique que tu ressens quand deux croyances sont en contradiction. Dans une relation violente, le cerveau cherche à réduire cet inconfort par plusieurs stratégies :

Stratégies pour réduire la dissonance
📉
Minimiser : « C’était pas si grave. » « Ça arrive dans tous les couples. » Le seuil de ce qui est « pas si grave » monte progressivement.
🩹
Se justifier : « Il a une enfance difficile. » « C’est le stress au travail. » Cette stratégie met souvent une partie de la responsabilité sur les épaules de la victime.
🧠
Ajouter de nouvelles croyances : « Tout le monde a ses défauts. » Ces croyances vraies en elles-mêmes sont utilisées pour diluer quelque chose qui dépasse largement les défauts normaux.
🙈
Ignorer sélectivement : « Je préfère pas y repenser. » Le cerveau peut littéralement mettre de côté les informations qui créent trop d’inconfort.
🔄
Changer la croyance inconfortable : « Finalement, c’est peut-être moi le problème. » C’est la stratégie la plus dévastatrice — exactement ce que le gaslighting cherche à provoquer.

8.1 L’attachement traumatique — quand ça va encore plus loin

Quand une personne alterne entre te faire du mal et te donner de l’affection, ton cerveau crée un lien d’attachement très puissant. Pas malgré la douleur. À cause du contraste. C’est le même mécanisme qu’on observe chez les personnes retenues en otage. Dans une relation conjugale abusive, ça se traduit par :

Attachement traumatique

L’attachement traumatique se traduit par :

🔁
Une pensée obsessionnelle pour le partenaire – il occupe l’essentiel de l’espace mental, même en son absence.
😮‍💨
Un soulagement intense après chaque réconciliation – comme si la tension devenait soudain respirable, renforçant le cycle rupture/réparation.
🧷
Une difficulté à imaginer une vie sans lui – même en sachant rationnellement qu’il fait du mal, l’idée de partir semble impensable ou dangereuse.
💉
Une douleur du départ qui ressemble physiquement à un sevrage – agitation, manque, symptômes corporels qui donnent l’impression que rester est moins insupportable que couper le lien.

9. Pourquoi elle reste ?

Un point que Dr. Paupau aborde de manière directe, et que la recherche clinique confirme pleinement : les victimes ne restent pas par manque de volonté ou par ignorance de leur situation.

Les victimes ont tout tenté : tolérance, amour, pardon, communication non violente, affirmation. Vous pensez qu’elles ne se montrent jamais fermes ? Mais tout ça ne sert à rien. Les totox sont totox car ce qui nous protège des gens qui ont quelques traits toxiques ne marche pas avec les totox. Pire, ça se retourne contre nous.

— Dr. Paupau (Pauline) — psychopraticienne EMDR, Dr. en sciences | @your_dr.paupau

🚪⚠️ Pourquoi c’est si difficile de partir

Quitter une relation violente n’est jamais une simple décision. La peur, l’amour, la honte, les enfants, l’argent, l’isolement et l’espoir s’entremêlent et rendent le départ à la fois vital et terrifiant.

  • 😱 La peur — le moment le plus dangereux, c’est celui du départ. Elle le sait souvent dans son corps avant même de le formuler; menaces, escalade de violence, peur pour sa vie et celle des enfants.
  • ❤️ L’amour (et le lien traumatique) — l’attachement traumatique ressemble à de l’amour. C’est réel, complexe: on peut aimer quelqu’un qui fait du mal et espérer encore qu’il redevienne celui des « bons moments ».
  • 🙈 La honte — admettre qu’on est victime de violence conjugale, c’est souvent admettre qu’on s’est trompée longtemps, qu’on est restée, qu’on n’a pas vu. La honte enferme et rend la parole plus difficile.
  • 👶 Les enfants — elle ne veut pas « briser la famille ». Elle a peur de ce qu’une garde partagée signifiera pour eux, de ce qu’ils vivront seuls avec lui dans un autre domicile.
  • 💸 La dépendance économique — elle n’a peut‑être pas de revenus propres; il contrôle les comptes, menace de couper l’argent, fait sentir qu’elle ne survivra pas sans lui.
  • 🧍‍♀️ L’isolement — il a peut‑être coupé les liens avec sa famille, ses amis, ses collègues. Elle ne sait plus vers qui se tourner ni qui la croira.
  • 🌈 L’espoir — il a promis de changer, il a pleuré, il a juré que « cette fois, c’est fini ». L’espoir que ça s’améliore peut être plus fort que la peur que ça recommence.

Demander « pourquoi elle ne part pas » rate la complexité de ces forces. La vraie question est : comment lui offrir des conditions de sécurité et de soutien suffisantes pour que partir devienne réellement possible.

Ce que la recherche clinique confirme : les stratégies qui fonctionnent dans les conflits ordinaires – la communication, l’empathie, la fermeté – ne fonctionnent pas avec une personnalité à fort contrôle coercitif. Pire, elles peuvent être retournées contre la victime. Exprimer ses besoins devient de la « provocation ». Poser une limite devient une « agression ». Demander du respect est requalifié en « contrôle ».

Dr. Paupau identifie les facteurs qui rendent le départ extraordinairement difficile :

  • Le stress post-traumatique complexe (TSPT-C) – reconnu dans la CIM-11, il touche spécifiquement les personnes exposées à une violence prolongée et interpersonnelle. Il engendre une dysrégulation émotionnelle profonde, une altération de l’image de soi, des phénomènes dissociatifs et une hypervigilance chronique.
  • L’attachement traumatique – documenté cliniquement, il crée un lien paradoxal entre la victime et son agresseur. La coexistence de peur, d’attachement et de dépendance n’est pas un signe de faiblesse : c’est un mécanisme neurobiologique réel.
  • Les comportements intermittents de l’agresseur – alternance de menaces et de tendresse (renforcement intermittent) qui alimentent l’espoir, les doutes et l’impression d’être soi-même le problème.
  • Les obstacles cumulés : campagnes de dénigrement, abus financiers, menaces, contraintes d’hébergement, enjeux de garde d’enfant, jugement des proches.
Facteurs qui rendent le départ extraordinairement difficile

Les facteurs qui rendent le départ extraordinairement difficile :

Ce qui bloque n’est pas seulement la « volonté » de partir, mais des mécanismes psychiques, neurobiologiques et matériels lourds, souvent cumulatifs.

🌩️
Le stress post-traumatique complexe (TSPT‑C) — reconnu dans la CIM‑11, il touche surtout les personnes exposées à une violence prolongée et interpersonnelle. Il entraîne dysrégulation émotionnelle, altération profonde de l'image de soi, phénomènes dissociatifs et hypervigilance chronique, ce qui rend la prise de décision très difficile dans un contexte de danger.
🧲
L’attachement traumatique — documenté cliniquement, il crée un lien paradoxal où peur, attachement et dépendance coexistent. Ce n’est pas un signe de faiblesse morale mais un mécanisme neurobiologique réel, nourri par l’alternance menace/réconfort qui rend la séparation vécue comme un sevrage.
🎢
Les comportements intermittents de l’agresseur — alternance de menaces, dénigrement et phases de tendresse ou de promesses. Ce renforcement intermittent alimente l’espoir, les doutes et l’impression d’être soi‑même « le problème », ce qui retarde ou empêche la décision de partir.
🧱
Les obstacles cumulés — campagnes de dénigrement, abus financiers, menaces, contraintes d'hébergement, enjeux de garde d'enfant, jugement des proches et regard social. Pris ensemble, ces facteurs transforment le départ en opération à haut risque, matériellement et symboliquement.

Partir n’est pas la ligne d’arrivée, mais le début d’une épreuve sans nom qui surprend les victimes.

Ça les pousse à revenir en arrière.

 

— Dr. Paupau (Pauline) — psychopraticienne EMDR, Dr. en sciences | @your_dr.paupau

Cette réalité clinique a des conséquences directes sur le parcours judiciaire : une victime qui revient, qui retire sa plainte, qui minimise ou qui adopte un comportement incohérent en apparence ne ment pas. Elle est sous l’emprise combinée du TSPT-C et de l’attachement traumatique. Assimiler cette ambivalence à une absence de violence constitue, selon la psychologue Barbara Para, une erreur d’interprétation clinique grave – fréquemment commise par les acteurs du droit.

 

10. De la vulnérabilité à la reprise de pouvoir

Ces dynamiques ne sont pas des condamnations. Ce sont des schémas appris, souvent très tôt. Ce qui a été appris peut être désappris – mais ce travail prend du temps, demande de l’accompagnement, et ne suit pas une ligne droite.

 

10.1 Ce que le chemin implique réellement

La reconstruction après une relation abusive n’est pas un événement. C’est un processus non linéaire, avec des avancées, des rechutes apparentes, des jours de clarté et des jours de confusion. Quelques points que la recherche et la clinique confirment :

  • Nommer ce qui s’est passé – avec les bons mots – est souvent la première rupture décisive. Passer de « on s’entendait mal » à « je vivais sous contrôle coercitif » change radicalement le regard qu’on pose sur soi-même.
  • La culpabilité resurgit – souvent au moment où on commence à aller mieux. C’est paradoxal mais documenté : quand l’emprise se desserre, les mécanismes de justification du passé créent une vague de honte rétrospective. Ce n’est pas un signe qu’on régresse.
  • Le deuil est réel – pas seulement du partenaire, mais de la relation rêvée, de la famille qu’on espérait, du temps qu’on a passé. Ce deuil est légitime et nécessaire.
  • La reconstruction identitaire prend du temps – après avoir longtemps organisé sa vie autour des besoins de l’autre, retrouver ses propres préférences, envies et valeurs peut être déstabilisant. C’est normal.

 

10.2 Les approches thérapeutiques documentées

Plusieurs approches thérapeutiques montrent des résultats significatifs dans le traitement du trauma complexe lié à la violence conjugale :

  • EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) – développé par Francine Shapiro, l’EMDR est reconnu par l’OMS comme un traitement de première ligne pour le TSPT. Il permet de retraiter les souvenirs traumatiques sans devoir les revivre verbalement en détail — particulièrement adapté aux traumas d’emprise.
  • La thérapie centrée sur le trauma (TCC-trauma) – adaptée aux survivantes de violence conjugale, elle travaille sur les schémas de pensée liés à la culpabilité et à la responsabilité excessive.
  • La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) – aide à développer une relation différente avec les pensées douloureuses, sans les combattre ni les subir passivement.
  • Les groupes de soutien entre pairs – l’expérience d’être entendue par des personnes qui ont vécu des situations similaires a un effet validant irremplaçable. Plusieurs maisons d’hébergement offrent ces groupes, pendant et après le séjour.

 

10.3 Étapes clés du chemin

  • Comprendre les dynamiques d’attachement, de bouc émissaire et de rôle de réparateur/trice – les nommer, c’est déjà s’en distancer.
  • Cesser de se définir par la capacité à sauver l’autre.
  • Reconstruire un réseau de soutien et une identité autonome – graduellement.
  • Apprendre à tolérer la culpabilité et la peur de l’abandon sans replonger dans la codépendance – avec l’aide d’un(e) professionnel(le) si nécessaire.
  • Reconnaître les progrès – même minimes. Chaque décision prise pour soi-même est une donnée.

Ce que ça ne veut pas dire

Ça ne veut pas dire que c’est de sa faute.

Ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas intelligente.

Ça ne veut pas dire qu’elle aurait dû voir venir.

 

Ça veut dire qu’elle est humaine avec une histoire, des blessures, des espoirs et des peurs. 

Comme tout le monde…

Références et lectures complémentaires

Sur l’attachement et les styles relationnels

Sur le bouc émissaire et les dynamiques familiales

Sur le mécanisme FOG et la manipulation

  • Forward, S. & Frazier, D. (1997) — Emotional Blackmail: When the People in Your Life Use Fear, Obligation and Guilt to Manipulate You — HarperCollins — (voir bibliographie)

Sur la dissonance cognitive et le triangle de Karpman

Sur le trauma complexe et le lien traumatique

Sur les vulnérabilités spécifiques — sources institutionnelles

Sources institutionnelles québécoises

Approches thérapeutiques

Clinicienne citée dans ce document

  • Dr. Paupau (Pauline) — Psychopraticienne EMDR, Dr. en sciences, thérapeute spécialisée auprès des victimes de relations toxiques — @your_dr.paupau

Ressources d’aide

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