L'autre
Point de départ : ce que la violence n’est pas
- ⚠️ La violence conjugale n’est pas une perte de contrôle. Elle ne surgit pas « dans un moment de folie » : elle s’installe, se répète, s’adapte aux réactions de la victime et s’accompagne de paroles, de gestes et de menaces réglés pour garder le dessus.
- 🎯 C’est un comportement appris et entretenu. L’agresseur choisit ce qu’il fait, quand, où et devant qui. Il sait se contenir au travail, avec les voisins, devant les enfants ou la police, mais se permet ce qu’il ne tolérerait jamais qu’on lui fasse.
- 📌 Les « circonstances » n’expliquent pas la violence. L’alcool, le stress, la jalousie, une enfance difficile, un diagnostic, un licenciement ne créent pas la violence conjugale : ils peuvent la colorer ou l’aggraver, mais ils ne la justifient jamais.
- 🧨 La responsabilité est entière, et elle est du côté de l’agresseur. Quelles que soient les blessures, la fatigue ou les frustrations qu’il invoque, il reste le seul responsable des gestes, des menaces et des stratégies de contrôle qu’il met en place. La victime n’en est jamais la cause.
Comprendre pour mieux se protéger
Cette section n’a pas pour but de justifier la violence ni d’excuser les comportements abusifs. Elle vise à expliquer les mécanismes à l’œuvre — parce que comprendre ce qui se passe chez l’autre est aussi une façon de cesser de s’en croire responsable. Et parce que comprendre est la condition de toute prévention efficace.
1. Pourquoi un agresseur utilise la violence
1.1 Le besoin de domination et de contrôle
La raison première n’est pas la colère — c’est le contrôle. La violence psychologique est un outil délibéré, pas une perte de contrôle. Elle sert à dévaluer l’autre pour qu’il ou elle ne se sente plus capable de décider seul(e) ou de partir ; neutraliser l’autonomie par les menaces, l’humiliation, l’isolement et la surveillance ; assouvir un besoin profond de puissance — la relation est perçue comme un terrain où l’autre doit être soumis.
Le chercheur Evan Stark a développé le concept de contrôle coercitif pour décrire cette réalité : l’agresseur ne frappe pas nécessairement souvent — mais il maintient une emprise totale sur la liberté quotidienne de sa victime, ses déplacements, ses relations, ses finances, son identité. Ce contrôle est souvent plus dévastateur que les épisodes de violence physique pris isolément.
1.2 Le profil psychologique — fragilité masquée derrière la force
- Grande insécurité interne et peur de l’abandon. La violence sert de « bouclier » pour ne pas affronter ses propres vulnérabilités. Paradoxalement, c’est souvent la terreur d’être quitté qui pousse à contrôler l’autre jusqu’à l’étouffer
- Immaturité émotionnelle et égocentrisme. Les besoins propres sont placés au centre. L’empathie pour l’impact sur autrui est absente ou très limitée. La frustration, même mineure, est vécue comme une attaque personnelle
- Rejeter ses colères, ses angoisses et ses échecs sur l’autre pour éviter de les affronter soi-même. « C’est toi qui me rends fou. »
- Intolérance à la contradiction. Le désaccord est vécu comme de la trahison. La victime qui ose exprimer un avis différent fait face à des représailles — explicites ou subtiles
1.3 Les typologies d’agresseurs
La recherche montre que les auteurs de violence conjugale ne forment pas un groupe homogène. Les travaux de la psychologue Amy Holtzworth-Munroe et de ses collègues identifient trois profils principaux, qui nécessitent des interventions différentes :
- Les agresseurs limités au couple (situational couple violence) : la violence est liée à des conflits mal gérés, sans schéma de contrôle généralisé. Ils présentent généralement le meilleur pronostic aux programmes d’intervention
- Les agresseurs dysphoniques/borderline : violence plus fréquente, liée à des troubles de la personnalité, une instabilité émotionnelle intense et une peur extrême de l’abandon. Ils peuvent aussi être violents hors du couple
- Les agresseurs antisociaux/violents généralisés : violence dans tous les contextes, comportements criminels plus larges, empathie très limitée. Ce profil présente le plus grand danger et répond le moins bien aux programmes non intensifs
Pourquoi c’est important : Un programme d’intervention qui fonctionne pour un profil peut être inefficace ou même contre-productif pour un autre. L’évaluation du niveau de risque et du profil est une étape essentielle de toute prise en charge sérieuse. (Holtzworth-Munroe & Stuart, 1994 ; INSPQ, 2023)
1.4 Les modèles appris – la violence transmise
Avoir grandi dans un milieu où les cris, les humiliations ou la domination étaient normalisés peut mener à intégrer ces comportements comme modes de communication acceptables. Mais ce que l’on nomme « violence » n’est pas perçu de façon identique dans toutes les cultures : les rôles de genre, les conceptions de l’autorité parentale ou conjugale, les codes de l’honneur familial façonnent profondément ce qui est toléré, tu ou banalisé.
Les enfants exposés à la violence conjugale n’apprennent pas seulement à tolérer la violence, ils apprennent parfois à l’utiliser pour gérer les conflits. Cette transmission est à la fois familiale et culturelle : elle s’inscrit dans des scripts hérités sur ce que signifie « être un homme », « tenir sa famille », ou « ne pas laver son linge sale en public ».
À cela s’ajoutent des réalités structurelles : précarité, migration, discrimination — qui peuvent intensifier les tensions sans pour autant les justifier.
Cela n’explique pas tout, et surtout, cela ne détermine pas une trajectoire inévitable. On peut avoir grandi dans un milieu violent et choisir de ne pas reproduire ces schémas. Ce choix est possible — il demande souvent un accompagnement qui tient compte du contexte culturel de la personne, et pas seulement de son histoire individuelle.
1.5 Les tactiques délibérées de manipulation – le DARVO
Au‑delà des coups et des menaces visibles, beaucoup d’agresseurs utilisent une stratégie de défense redoutablement efficace pour échapper à toute responsabilité. La psychologue Jennifer Freyd l’a nommée DARVO : Deny, Attack, Reverse Victim and Offender.
Le DARVO n’est pas seulement utilisé contre la victime. Il est déployé devant la famille, les amis, les institutions, tribunaux, services sociaux, police. Il est documenté comme l’une des principales raisons pour lesquelles les victimes ne sont pas crues, ou sont perçues comme peu crédibles, lors des procédures judiciaires.
DARVO : comment l’agresseur retourne le récit
Deny · Attack · Reverse Victim and Offender
| Tactique | Principe | Exemples typiques | Impact sur la victime / le système |
|---|---|---|---|
|
🙈
D – Deny (Nier)
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Effacer la réalité des faits pour éviter toute responsabilité. Nier, minimiser, réécrire l’histoire jusqu’à ce que la victime doute d’elle‑même. |
« Ça ne s’est jamais passé comme ça. » « Tu exagères, c’était une blague. » « Tu dramatises tout, tu te fais des films. » |
Gaslighting, confusion, perte de confiance dans sa propre mémoire. Devant les institutions : dossier présenté comme “conflit banal” et non comme violence. |
|
⚡
A – Attack (Attaquer)
|
Détruire la crédibilité de la personne qui parle. Faire de la victime “le problème” pour détourner l’attention de la violence. |
« Tu es folle / instable. » « Personne ne va te croire. » « Tu cherches juste à me détruire / à me faire payer. » |
La victime apparaît comme peu fiable ou “hystérique”. Famille, amis, professionnels doutent de son récit et hésitent à intervenir. |
|
🎭
RVO – Reverse Victim & Offender
|
Inverser les rôles : se présenter comme la “vraie victime”. Se plaindre des accusations, du système, de la “persécution” qu’il subirait. |
« C’est moi qui souffre le plus dans cette histoire. » « Elle détruit ma vie, ma carrière, mes enfants. » « La justice est contre moi, je suis la cible. » |
Brouille totale des rôles : l’agresseur est perçu comme victime “sympathique”. La victime est réinterprétée comme agressive, manipulatrice ou rancunière. |
|
🧩
Stratégie globale DARVO
|
Enchaîner Nier → Attaquer → Inverser victime et agresseur dès qu’on le confronte. Répéter le scénario devant la victime, mais aussi devant l’entourage et les institutions. | Version “propre” racontée aux proches, aux services sociaux, au tribunal. Mise en scène de soi en parent exemplaire / partenaire injustement accusé. | Neutralise les alertes, décrédibilise la victime, bloque la protection. Peut influencer les décisions judiciaires si les intervenants ne connaissent pas ce mécanisme. |
Recommandation constante des comités : L’évaluation du risque de létalité doit être faite de façon systématique et partagée entre tous les intervenants (police, services sociaux, maisons d’hébergement, tribunaux) pour permettre une réponse coordonnée aux situations à haut risque. Le cloisonnement de l’information est documenté comme l’un des principaux facteurs ayant contribué à des décès qui auraient pu être évités.
4. Changement réel ou simulation ?
4.1 Les signaux d’une simulation
Dans les situations de violence conjugale, les promesses de changement de l’agresseur sont fréquentes, mais elles ne sont pas toutes crédibles.cours-appel.
Les recherches et les comités québécois sur les homicides conjugaux montrent des taux élevés de récidive, surtout lorsque l’homme réintègre une relation sans intervention structurée.cdn-contenu.
Distinguer les signaux d’une simple mise en scène de « repentir » des signes d’un changement sincère, lent et contraignant pour l’auteur est donc une condition de sécurité, pas une question d’optimisme ou de pessimisme
Simulation ou changement réel ?
Signaux à observer chez l’auteur de violence
Dans les promesses de changement, certains signaux pointent vers une simple mise en scène pour récupérer la relation, d’autres vers un travail réel, lent et coûteux pour l’auteur. Les fiches ci‑dessous ne remplacent pas une évaluation professionnelle, mais elles offrent des repères concrets.
- Focalisation sur le retour à la normale : insistance pour « retrouver la relation » ou le statu quo, plus que pour réparer les torts; pression pour un pardon rapide.
- Victimisation et transfert de responsabilité : blâme persistant de l’alcool, du stress, de l’enfance – ou de la victime (« Tu m’as poussé à bout. »).
- Micro‑tactiques de contrôle maintenues : ton condescendant, coupure de parole, domination des discussions, réactions négatives au « non ».
- Absence d’empathie réelle : incapacité à décrire la souffrance causée sans ramener tout à lui, pas de véritable prise en compte de l’impact sur l’autre.
- Changements spectaculaires et rapides : « transformation » dramatique, immédiate, non stable; un changement authentique est graduel, modeste et cohérent dans le temps.
- Instrumentalisation de la thérapie : quelques séances utilisées comme argument pour obtenir le retour de la relation, sans engagement sincère dans le processus.
- Responsabilité pleine : il assume 100 % de sa responsabilité, sans « mais », sans conditions, sans renvoi de la faute sur la victime.
- Respect des temps et limites : il respecte le rythme, les distances et les non‑contacts demandés, sans pression, négociation ni ultimatum.
- Écoute de la douleur : il écoute la douleur de l’autre sans se défendre, sans contre‑attaquer, sans minimiser; il reste dans l’accueil, pas dans le débat.
- Travail de fond : engagement dans une thérapie à long terme, des groupes de responsabilisation, avec des changements visibles dans les comportements ordinaires – pas seulement lors des crises.
- Disparition des contrôles secondaires : fin de la surveillance des déplacements, des questions intrusives sur les fréquentations, du contrôle économique.
- Soutien aux démarches de la victime : il soutient – ou au minimum ne entrave pas – les démarches de la victime, même si elles le défavorisent légalement.
Les données québécoises montrent des taux élevés de récidive lorsque les hommes redeviennent conjoints sans programme d’intervention sérieux, et des effets tout au plus modérés pour les programmes existants. Un changement réel est lent, inconfortable pour l’agresseur, centré sur la responsabilité et la fin du contrôle, et surtout, il ne s’accompagne d’aucune exigence envers la victime.
4.3 Ce que les données québécoises montrent
Les données québécoises indiquent que près de la moitié des hommes condamnés pour violence conjugale avaient déjà des antécédents, et qu’une majorité récidivent lorsqu’ils réintègrent une relation sans programme d’intervention sérieux.
Les programmes ne sont ni miraculeux ni inefficaces par principe, mais leurs effets restent modestes et dépendants d’un travail approfondi sur le contrôle coercitif et les attitudes de domination.
Un changement réel se reconnaît à une responsabilité pleine, à la disparition des comportements de contrôle et à un engagement durable dans le travail sur soi, sans aucune exigence envers la victime; tout le reste est, au mieux, une mise en scène dangereuse.
La violence conjugale a toujours un auteur. Il existe toujours une solution, car ce qui a été acquis peut être remis en question, et des systèmes renforcés sont capables d’offrir une protection aux personnes que les dispositifs actuels ne parviennent pas encore à soutenir pleinement.
5.Vers une autre masculinité : sortir du modèle de la domination
La violence conjugale n’est pas une fatalité. Elle est souvent le produit d’un modèle de masculinité fondé sur la domination, la répression des émotions et le contrôle coercitif, un modèle transmis culturellement, renforcé socialement, mais qui peut être déconstruit et remplacé.
De nombreux hommes auteurs de violence ont appris, très tôt, que :
- 😶 Exprimer de la vulnérabilité ou de la tristesse est une faiblesse — les émotions dites « féminines » sont ridiculisées ou punies, alors que la dureté est valorisée.[web:180][web:186]
- 📈 La valeur d’un homme dépend de son statut, de son contrôle et de sa capacité à ne pas perdre la face — pouvoir, argent et dominance deviennent les seuls critères de réussite.[web:178][web:185]
- 👊 Le « vrai homme » domine — sa femme, ses enfants, son entourage. La hiérarchie et la peur sont présentées comme naturelles.[web:188][web:189]
- 🧲 La jalousie et le contrôle sont des preuves d’amour — surveiller, questionner, limiter les liens est interprété comme une attention, plutôt que comme une emprise.[web:178][web:183]
Ces croyances ne sont pas innées — elles sont apprises. Tout ce qui s’apprend peut aussi se désapprendre, avec un accompagnement adapté.[web:185][web:188]
5.2 Le masculin sain – une force sans domination
Le concept de masculin sacré – inspiré des travaux de Carl Jung et développé en psychologie transpersonnelle – propose une vision de la force intérieure qui n’a pas besoin d’écraser pour exister, articulée autour de quatre dimensions :
Ce n’est pas un chemin facile. Mais c’est le seul qui mène à des relations où les deux personnes peuvent exister pleinement et librement.
5.2.1 L’ombre des archétypes – la face cachée de chaque dimension
Jung a montré que chaque archétype possède une face lumineuse et une face d’ombre – les polarités refoulées qui, lorsqu’elles ne sont pas reconnues, prennent le contrôle. C’est précisément dans ces polarités que se logent les comportements abusifs. Reconnaître son ombre n’est pas une excuse – c’est la condition de toute transformation réelle. (Moore & Gillette, 1990 ; Jung, 1959)
5.2 Le masculin sain – une force sans domination
Le concept de masculin sacré – inspiré des travaux de Carl Jung et développé en psychologie transpersonnelle – propose une vision de la force intérieure qui n’a pas besoin d’écraser pour exister, articulée autour de quatre dimensions :
Ce n’est pas un chemin facile. Mais c’est le seul qui mène à des relations où les deux personnes peuvent exister pleinement et librement.
5.2.1 L’ombre des archétypes – la face cachée de chaque dimension
Jung a montré que chaque archétype possède une face lumineuse et une face d’ombre – les polarités refoulées qui, lorsqu’elles ne sont pas reconnues, prennent le contrôle. C’est précisément dans ces polarités que se logent les comportements abusifs. Reconnaître son ombre n’est pas une excuse – c’est la condition de toute transformation réelle. (Moore & Gillette, 1990 ; Jung, 1959)
Archétypes de l’agresseur et leurs ombres
Roi · Guerrier · Magicien · Amant / Sage
| Archétype | Pôle sain | Ombre active (excès) | Ombre passive (défaut) |
|---|---|---|---|
|
👑
Le Roi
|
Justesse, ordre, vision et stabilité intérieure. Soutien des autres, capacité à bénir, organiser et structurer. Autorité sans autoritarisme, décisions équitables au service du bien commun. | Le Tyran : contrôle, punition, abus de pouvoir. Paranoïa, besoin d’écraser toute menace, exploitation des autres pour nourrir l’ego. | Le Faible : abdication, fuite des responsabilités. Indécision chronique, incapacité à protéger ou à poser un cadre, « roi absent ». |
|
⚔️
Le Guerrier
|
Courage, action, discipline et sens du devoir. Capacité à poser des limites claires, à défendre ses valeurs et à protéger les vulnérables. | Le Sadique / Barbare : violence gratuite, cruauté, rigidité. Utilisation de l’agressivité pour dominer, humilier ou détruire, au lieu de servir un but juste. | Le Masochiste : se laisse marcher dessus, tourne l’agressivité contre lui. Soumission, auto‑sabotage, incapacité à dire non ou à se protéger. |
|
🧠
Le Magicien
|
Connaissance, lucidité, intuition et transformation. Capacité à comprendre les systèmes, à initier, à transmettre et à accompagner le changement. | Le Manipulateur / Sorcier froid : savoir utilisé pour contrôler. Cynisme, secrets, double langage, instrumentalisation des autres pour son avantage. | L’« Innocent nié » : refuse de voir sa responsabilité et son pouvoir. Se cache derrière la naïveté, la passivité ou le « je ne savais pas » pour éviter l’engagement. |
|
💗
L’Amant / le Sage
|
Passion, sensibilité, créativité et ouverture du cœur. Capacité à se relier profondément aux autres, au corps, à la nature et à la dimension spirituelle. | L’Amant addictif : fusion, dépendance, jalousie et recherche compulsive de plaisir. Perte de limites, drames émotionnels, confusion entre amour et possession. | L’Amant impuissant : anesthésie affective, désengagement, apathie. Difficulté à ressentir, à s’enthousiasmer ou à s’impliquer vraiment dans les relations. |
5.2.2 La honte comme moteur de la violence – au-delà de la colère
Le psychiatre James Gilligan, dans ses recherches menées auprès d’hommes incarcérés pour violence grave, a conclu que la honte – et non la colère – est le moteur principal de la violence masculine. Le passage à l’acte violent est souvent une tentative désespérée de restaurer un sentiment de valeur personnelle effondré. (Gilligan, 1996 [24])
Brené Brown apporte une distinction essentielle entre honte et culpabilité (Brown, 2012 [25]) :
- Culpabilité : « j’ai fait quelque chose de mal » – peut mener à la responsabilisation et au changement
- Honte : « je suis quelqu’un de mauvais » – mène à la défensive, au repli ou à la violence pour protéger l’image de soi
Implication clinique : Les programmes d’intervention axés uniquement sur la gestion de la colère passent à côté du problème fondamental. Un travail efficace doit s’attaquer à la honte toxique — en l’aidant à se transformer en culpabilité réparatrice. C’est notamment pourquoi les comités canadiens recommandent des programmes centrés sur les croyances et attitudes de domination, et non sur la seule régulation émotionnelle.
5.2.3 Styles d’attachement : pourquoi le chemin est si difficile
Comprendre les empreintes précoces chez un auteur de violence
Les archétypes décrivent où on aspire à aller; la théorie de l’attachement de John Bowlby et Mary Ainsworth décrit les empreintes précoces qui rendent ce chemin difficile à parcourir. Les styles d’attachement insécurisés influencent profondément la façon de vivre l’intimité, le conflit et la peur de l’abandon, et donc la manière de réagir à la frustration et à la séparation.
- Peur intense de l’abandon : hypervigilance, jalousie, interprétation catastrophique des distances ou des silences comme signe de rejet imminent.
- Contrôle déguisé en amour : surveillance des déplacements, des réseaux sociaux, des fréquentations, justifiée par « je tiens à toi », « je veux juste être rassuré ».
- Crises émotionnelles et reproches : alternance de supplications (« ne me quitte pas ») et d’attaques (« tu me fais ça exprès »), l’autre étant sommée de réparer en permanence son insécurité.
- Fermeture émotionnelle : difficulté à reconnaître ses propres émotions et celles de l’autre, méfiance envers la proximité affective.
- Dévalorisation de l’intimité : discours qui minimise les besoins affectifs (« tu es trop intense », « on dramatise tout »), transformation de la vulnérabilité en faiblesse.
- Retrait et punition froide : refus de parler, silence massif, distance utilisée comme sanction pour « reprendre le contrôle » sans montrer de véritable affect.
- Réconfort et danger mêlés : la même personne est à la fois recherchée pour apaiser et perçue comme menaçante, ce qui crée des oscillations extrêmes.
- Cycles violence / réparation : explosion de violence suivie de réparations intenses (cadeaux, promesses radicales); le lien devient un manège d’adrénaline, pas un espace de sécurité.
- Imprévisibilité des réponses : passages brusques de la séduction à la menace, de la victimisation à la domination, rendant la situation difficile à lire et à anticiper pour la victime.
Comprendre le style d’attachement d’un homme auteur de violence est une donnée clinique précieuse : cela oriente le type d’intervention nécessaire et aide à prévoir les résistances au changement, sans excuser la violence ni diminuer la responsabilité de l’auteur. Ces repères ne remplacent pas une évaluation spécialisée, mais ils éclairent pourquoi le chemin vers un changement réel est si exigeant.
La sociologue Raewyn Connell a introduit le concept de masculinité hégémonique pour désigner le modèle culturellement dominant qui hiérarchise les hommes entre eux et subordonne les femmes. Ce modèle valorise la domination, le contrôle émotionnel et la compétition, tout en sanctionnant la vulnérabilité, le soin et la dépendance.
- 🧱 Domination et contrôle — Être « fort », ne jamais perdre la face, prendre les décisions et imposer sa volonté, surtout dans le couple et la famille.
- 🧊 Répression émotionnelle — Ne pas montrer la peur, la tristesse ou la fragilité; exprimer surtout la colère ou l’indifférence. Les émotions deviennent soit des armes, soit des faiblesses.
- 🥊 Compétition permanente — Se mesurer aux autres hommes, considérer le respect comme quelque chose qui se gagne et se défend, parfois par la violence.
- ⚙️ Une structure, pas seulement une psychologie — Sans ce cadre structurel, on psychologise ce qui est aussi systémique : l’homme violent n’est pas seulement blessé, il est également conforme à des normes que la société a longtemps renforcées.
- 🌐 Implications pour l’intervention — La déconstruction de ces normes est un enjeu collectif, pas uniquement individuel; elle exige des ressources culturellement adaptées et des interventions qui tiennent compte du contexte social des hommes concernés.
Le psychiatre Bessel van der Kolk a montré que le trauma est somatique : il est inscrit dans le corps, pas seulement dans la cognition. La transformation durable ne peut pas passer uniquement par la réflexion intellectuelle ; elle exige un travail sur le système nerveux et sur les réponses corporelles automatiques.
- 🌡️ Régulation du système nerveux autonome — Apprendre à sortir de l’état d’alerte ou de gel avant de pouvoir répondre autrement ; restaurer une capacité à revenir à un état de sécurité relative.
- 🧘 Pratiques corporelles — Respiration consciente, mouvement, yoga, pleine conscience ancrée dans le corps, théâtre, etc., qui permettent au corps de « sortir » du mode survie.
- 👁️🗨️ Interoception et présence — Retrouver la capacité de sentir son propre corps (battements du cœur, respiration, tension musculaire) sans être immédiatement submergé.
- 🩺 Accompagnement thérapeutique intégratif — Ne pas se limiter aux approches cognitivo‑comportementales ; combiner travail somatique, relationnel et symbolique pour soutenir une transformation réelle.
- 🔄 Lien avec les archétypes — La « transformation intérieure » du Magicien ou la « vulnérabilité assumée » de l’Amant ne peut pas reposer sur la seule volonté ; elle s’appuie sur un corps qui n’est plus verrouillé en mode défense.
À retenir : La transformation du masculin ne se fait pas uniquement dans la tête. Elle passe aussi par le corps, le système nerveux et les pratiques quotidiennes. Les interventions les plus efficaces combinent travail cognitif, émotionnel et somatique – et s’étalent dans le temps.
Recommandations
Dans chaque province canadienne, des comités spécialisés examinent les cas de décès liés à la violence conjugale – féminicides, suicides de victimes, meurtres-suicides – pour en identifier les facteurs et formuler des recommandations systémiques. Leurs conclusions convergent sur plusieurs points essentiels. Ce qui suit synthétise leurs recommandations les plus récentes et les plus documentées.
Comités représentés dans cette synthèse :
- Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale (Québec – INSPQ, depuis 2018)
- Domestic Violence Death Review Committee – Ontario (DVDRC, depuis 2003)
- BC Domestic Violence Fatality Review Panel (Colombie-Britannique)
- Manitoba Domestic Violence Death Review Committee
- Domestic Homicide Prevention Initiative – Alberta
- Domestic Violence Death Review – Nouvelle-Écosse
Recommandations clés pour l’évaluation, la protection et l’intervention
Risque · Armes à feu · Formation · Justice · Programmes · Populations vulnérables
- R1 – Évaluation systématique : tous les intervenants (police, justice, santé, maisons d’hébergement) utilisent un outil validé (B‑SAFER, DA, SARA) et partagent l’information dans le réseau, en respectant la confidentialité.
- R2 – Protocole haut risque : les cas à haut risque de létalité déclenchent une réponse coordonnée : plan de sécurité renforcé pour la victime, surveillance accrue de l’auteur, communication inter‑services.
- R3 – Post‑séparation : période reconnue comme la plus dangereuse; suivi intensifié pour les victimes qui viennent de partir ou annoncent un départ, ordonnances de protection rapides et conditions activement surveillées.
- R4 – Confiscation systématique : dès qu’une ordonnance de protection ou une accusation de violence conjugale est portée, confiscation immédiate et systématique de toutes les armes à feu et munitions de l’auteur.
- R5 – Vérification des permis : les corps policiers vérifient proactivement l’existence de permis d’armes à feu lors de toute intervention et signalent pour révocation immédiate des permis concernés.
- R6 – Formation contrôle coercitif : formation obligatoire et régulière pour policiers, procureurs, juges et travailleurs sociaux sur le contrôle coercitif, ses manifestations, sa dangerosité et les mécanismes de manipulation (DARVO).
- R7 – Étranglement documenté : étranglement non mortel systématiquement recherché et documenté (même sans marque visible) comme indicateur de haut risque de létalité, en santé et en police.
- R8 – Pas de médiation : interdiction de la médiation familiale ou conjugale dans les cas avérés ou présumés de violence conjugale; directive claire aux médiateurs et aux tribunaux.
- R9 – Tribunal spécialisé : déploiement des tribunaux spécialisés en violence conjugale dans toutes les régions, avec ressources suffisantes et formation continue des juges sur la dynamique de la violence.
- R10 – Criminalisation du contrôle coercitif : adoption et mise en œuvre de la criminalisation explicite du contrôle coercitif (projet de loi C‑16), au‑delà de la seule violence physique.
- R11 – Conditions renforcées : interdiction de tout contact avec la victime, confiscation des armes et obligation de programme d’intervention, avec vérification active du respect des conditions.
- R12 – Protection en garde : les tribunaux de droit familial sont informés des antécédents documentés de violence avant toute décision de garde; l’« intérêt de l’enfant » ne justifie pas un contact non protégé avec un parent violent.
- R13 – Programmes obligatoires : intégrés systématiquement aux ordonnances judiciaires, accrédités, basés sur des données probantes et incluant une composante sur le contrôle coercitif (pas seulement la colère).
- R14 – Au‑delà de la colère : abandon des approches centrées uniquement sur la gestion de la colère, qui peuvent aider l’agresseur à mieux dissimuler le contrôle; travailler sur les croyances et attitudes de domination.
- R15 – Évaluation continue : cadre d’évaluation systématique de l’efficacité des programmes (données sur la récidive, partagées avec chercheurs et intervenants) pour combler la lacune actuelle.
- R16 – Ressources adaptées : programmes d’intervention disponibles et culturellement adaptés pour les hommes immigrants, autochtones et les personnes issues de minorités sexuelles, sans jamais utiliser la culture comme justification de la violence.
- R17 – Garde et échanges : reconnaissance des échanges de garde comme moments à haut risque; lieux d’échange neutres et supervisés accessibles dans toutes les régions pour les situations à risque élevé.
- R18 – Soutien aux enfants exposés : chaque programme pour auteurs inclut une composante sur l’impact de la violence sur les enfants et sur le rôle parental; travailler l’identité parentale est un levier important de changement.
Pour les hommes qui reconnaissent avoir des comportements violents :
Demander de l’aide n’est pas une faiblesse. C’est le premier acte de responsabilité – et souvent le plus courageux.
- À cœur d’homme : acoeurdhomme.com
- Service d’aide aux conjoints (SAC) – Montréal : 514 384-6296
- Info-Social 811 : pour un premier contact confidentiel
Ce qui peut changer, et pourquoi ça vaut la peine
La violence conjugale n’est pas inscrite dans la nature des hommes.
Elle n’est pas inévitable. Elle n’est pas génétique. Elle est le produit de dynamiques complexes culturelles, psychologiques, neurobiologiques, sociales qui peuvent toutes, à des degrés divers, être reconnues, nommées et transformées.
La recherche est formelle : des programmes d’intervention sérieux, bien conçus et bien appliqués produisent des résultats réels pour une partie des hommes qui s’y engagent sincèrement. Des hommes qui ont usé de violence apprennent à reconnaître leurs schémas, à gérer leurs émotions autrement, à construire des relations fondées sur le respect et non sur la domination. Ce n’est pas rapide. Ce n’est pas facile. Mais c’est possible.
La société a un rôle à jouer dans cette transformation. Un rôle collectif, structurel – celui que les comités d’examen des décès liés à la violence conjugale décrivent depuis des décennies : des lois plus claires, des institutions mieux formées, des ressources suffisantes, une culture qui cesse de normaliser le contrôle et la domination dans les relations amoureuses.
Mais la transformation commence aussi par des décisions individuelles. Par des hommes qui choisissent de rompre le cycle – pour eux-mêmes, pour leurs enfants, pour les femmes qu’ils aiment ou ont aimées. Cette décision est difficile. Elle demande du courage. Et elle mérite d’être accompagnée.
Ressources
Ces ressources existent. Elles ne sont pas des lignes de dénonciation – ce sont des lieux d’aide pour ceux qui reconnaissent avoir un problème et souhaitent entamer une démarche de changement sincère.
En 2024, le gouvernement du Québec a bonifié la Stratégie intégrée 2022-2027 avec 42,9 M$ supplémentaires, incluant 18 M$ pour soutenir les organismes qui interviennent auprès des victimes et des auteurs de violence — reconnaissant ainsi que l’aide aux agresseurs fait partie de la solution globale.
À cœur d’homme – Réseau d’aide aux hommes
Regroupement provincial de plus de 30 organismes dédiés aux hommes ayant des comportements violents en contexte conjugal et familial. Rencontres individuelles, groupes de responsabilisation, évaluation des comportements, travail sur le contrôle coercitif. Présent dans toutes les régions du Québec.
Service d’aide aux conjoints (SAC) – Montréal
Soutien téléphonique, accueil-évaluation, suivis individuels, groupes pour hommes auteurs de violence conjugale, information juridique. https://www.serviceaideconjoints.org/
514 384-6296
Entraide pour hommes — Montérégie / Longueuil
https://www.entraidepourhommes.org/
Info-Social 811
Pour une première évaluation ou pour ne pas savoir à quelle ressource s’adresser.
811 – Info-Social – Québec
https://www.quebec.ca/sante/trouver-une-ressource/info-sante-811
Liste gouvernementale complète par région – Gouvernement du Québec
Organismes d’aide aux hommes en difficulté
Pour les victimes, pour les proches, pour les intervenant(e)s :
comprendre ce qui se passe chez l’agresseur n’est pas une invitation à l’excuser.
C’est une façon de mieux le voir et donc de mieux se protéger de lui, de mieux évaluer les risques, de mieux accompagner celles et ceux qui en ont besoin.
Références et lectures complémentaires
Sur l’agresseur, la psychologie du contrôle et le DARVO
- Lundy Bancroft — Why Does He Do That? Inside the Minds of Angry and Controlling Men (2002) — https://lundybancroft.com/books/why-does-he-do-that/
- Evan Stark — Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life (2007) — https://global.oup.com/academic/product/coercive-control-9780195384048
- Jennifer Freyd (1997) — DARVO — Violations of power, adaptive blindness, and betrayal trauma theory — https://dynamic.uoregon.edu/jjf/defineDARVO.html
- Holtzworth-Munroe, A. & Stuart, G.L. (1994) — Typologies of male batterers — Psychological Bulletin — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7870860/
Sur la neurologie et la psychologie des traits de personnalité violents
- Röpke et al. / Psychomédia — Anomalie dans une structure cérébrale chez les narcissiques pathologiques — https://www.psychomedia.qc.ca/psychologie-de-la-personnalite/2013-06-20/narcissisme-anomalie-cerebrale
- Krusemark et al. (2025) — Narcissism is associated with blunted error-related brain activity — https://research.bond.edu.au/en/publications/narcissism-is-associated-with-blunted-error-related-brain-activit/
- UQTR / Néo — Les côtés sombres de la personnalité et l’empathie (thèse, octobre 2025) — https://neo.uqtr.ca/2025/11/13/les-cotes-sombres-de-la-personnalite-liens-entre-des-profils-de-personnalite-et-levaluation-multimethode-de-lempathie/
Sur les facteurs de risque de létalité
- Campbell, J.C. et al. (2007) — Intimate partner homicide review — Violence Against Women — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17420429/
- Glass, N. et al. — Non-fatal strangulation as a predictor of femicide (2008) — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18280103/
- Danger Assessment — Jacquelyn Campbell — Outil d’évaluation du risque de féminicide (version française disponible) — https://www.dangerassessment.org/
Sur les comités d’examen des décès liés à la violence conjugale
- Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale — Québec (INSPQ) — https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/statistiques
- Domestic Violence Death Review Committee — Ontario (DVDRC) — Rapports annuels — https://www.ontario.ca/page/domestic-violence-death-review-committee
- BC Domestic Violence Fatality Review Panel — Rapports — https://www2.gov.bc.ca/gov/content/justice/criminal-justice/bc-criminal-justice-system/domestic-violence/domestic-violence-fatality-review-panel
- Gouvernement du Canada — Comités d’examen des décès liés à la violence familiale — Aperçu national — https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/reb-rib/capcvf-mpafvc/index.html
Sur les programmes d’intervention pour auteurs de violence
- INSPQ — Ressources pour conjoints ayant des comportements violents — https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/ressources/conjoints-ayant-des-comportements-violents
- À cœur d’homme — Réseau d’aide aux hommes pour une société sans violence — https://www.acoeurdhomme.com/
- Le Devoir — Programmes d’aide pour les conjoints violents : une efficacité difficile à évaluer (mai 2023) — https://www.ledevoir.com/actualites/societe/790991/hommes-en-detresse-soigner-les-hommes-violents
Sur le cadre légal et les stratégies québécoises
- Gouvernement du Québec — Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale — https://www.quebec.ca/justice-et-etat-civil/systeme-judiciaire/processus-judiciaire/tribunal-specialise-violence-sexuelle-violence-conjugale
- Gouvernement du Québec — Bonification de la Stratégie intégrée 2022-2027 (avril 2024) — https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/quebec-bonifie-ses-actions-pour-contrer-la-violence-sexuelle-et-la-violence-conjugale-55485
- Justice Canada — Contrôle coercitif en tant que forme de violence familiale — https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/reb-rib/capcvf-mpafvc/pdf/RSD_2023_MakingAppropriatebrochure-fra.pdf
- Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale — Rapport et données 2024-2025 — https://maisons-femmes.qc.ca/
Sur le masculin sain, l’ombre des archétypes et les fondements psychologiques
- Robert Moore & Douglas Gillette — King, Warrior, Magician, Lover: Rediscovering the Archetypes of the Mature Masculine (1990) — https://www.harpercollins.com/products/king-warrior-magician-lover-robert-mooredouglas-gillette
- Carl G. Jung — The Archetypes and the Collective Unconscious, Collected Works Vol. 9 (1959) — https://www.routledge.com/The-Archetypes-and-the-Collective-Unconscious/Jung/p/book/9780691018331
- James Gilligan — Violence: Reflections on a National Epidemic (1996) — https://www.penguinrandomhouse.com/books/331780/violence-by-james-gilligan/
- Brené Brown — Daring Greatly: How the Courage to Be Vulnerable Transforms the Way We Live, Love, Parent, and Lead (2012) — https://brenebrown.com/book/daring-greatly/
- John Bowlby — Attachment and Loss (3 vol., 1969–1980) / Mary Ainsworth — Patterns of Attachment (1978) — https://www.simplypsychology.org/bowlby.html
- Raewyn Connell — Masculinities, 2nd Edition (1995/2005) — https://www.wiley.com/en-us/Masculinities%2C+2nd+Edition-p-9780520246980
- Bessel van der Kolk — The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma (2014) — https://www.besselvanderkolk.com/resources/the-body-keeps-the-score