8-L’agresseur

Comprendre pour mieux se protéger

Cette section n’a pas pour but de justifier la violence ni d’excuser les comportements abusifs. Elle vise à expliquer les mécanismes à l’œuvre — parce que comprendre ce qui se passe chez l’autre est aussi une façon de cesser de s’en croire responsable. Et parce que comprendre est la condition de toute prévention efficace.

L'autre

Point de départ :

La violence conjugale n’est pas le résultat d’une perte de contrôle passagère.

C’est un comportement appris, maintenu et renforcé qui s’accompagne de stratégies délibérées pour maintenir le pouvoir sur l’autre.

Aucune circonstance atténuante; l’alcool, le stress, l’enfance difficile, la jalousie ne justifie la violence.

La responsabilité appartient toujours, entièrement, à celui qui la commet.

Pourquoi un agresseur utilise la violence

1.1 Le besoin de domination et de contrôle

La raison première n’est pas la colère — c’est le contrôle. La violence psychologique est un outil délibéré, pas une perte de contrôle. Elle sert à dévaluer l’autre pour qu’il ou elle ne se sente plus capable de décider seul(e) ou de partir ; neutraliser l’autonomie par les menaces, l’humiliation, l’isolement et la surveillance ; assouvir un besoin profond de puissance — la relation est perçue comme un terrain où l’autre doit être soumis.

Le chercheur Evan Stark a développé le concept de contrôle coercitif pour décrire cette réalité : l’agresseur ne frappe pas nécessairement souvent — mais il maintient une emprise totale sur la liberté quotidienne de sa victime, ses déplacements, ses relations, ses finances, son identité. Ce contrôle est souvent plus dévastateur que les épisodes de violence physique pris isolément.

1.2 Le profil psychologique — fragilité masquée derrière la force

  • Grande insécurité interne et peur de l’abandon. La violence sert de « bouclier » pour ne pas affronter ses propres vulnérabilités. Paradoxalement, c’est souvent la terreur d’être quitté qui pousse à contrôler l’autre jusqu’à l’étouffer
  • Immaturité émotionnelle et égocentrisme. Les besoins propres sont placés au centre. L’empathie pour l’impact sur autrui est absente ou très limitée. La frustration, même mineure, est vécue comme une attaque personnelle
  • Rejeter ses colères, ses angoisses et ses échecs sur l’autre pour éviter de les affronter soi-même. « C’est toi qui me rends fou. »
  • Intolérance à la contradiction. Le désaccord est vécu comme de la trahison. La victime qui ose exprimer un avis différent fait face à des représailles — explicites ou subtiles

1.3 Les typologies d’agresseurs

La recherche montre que les auteurs de violence conjugale ne forment pas un groupe homogène. Les travaux de la psychologue Amy Holtzworth-Munroe et de ses collègues identifient trois profils principaux, qui nécessitent des interventions différentes :

  • Les agresseurs limités au couple (situational couple violence) : la violence est liée à des conflits mal gérés, sans schéma de contrôle généralisé. Ils présentent généralement le meilleur pronostic aux programmes d’intervention
  • Les agresseurs dysphoniques/borderline : violence plus fréquente, liée à des troubles de la personnalité, une instabilité émotionnelle intense et une peur extrême de l’abandon. Ils peuvent aussi être violents hors du couple
  • Les agresseurs antisociaux/violents généralisés : violence dans tous les contextes, comportements criminels plus larges, empathie très limitée. Ce profil présente le plus grand danger et répond le moins bien aux programmes non intensifs

Pourquoi c’est important : Un programme d’intervention qui fonctionne pour un profil peut être inefficace ou même contre-productif pour un autre. L’évaluation du niveau de risque et du profil est une étape essentielle de toute prise en charge sérieuse. (Holtzworth-Munroe & Stuart, 1994 ; INSPQ, 2023)

1.4 Les modèles appris – la violence transmise

Avoir grandi dans un milieu où les cris, les humiliations ou la domination étaient normalisés peut mener à intégrer ces comportements comme modes de communication acceptables. Mais ce que l’on nomme « violence » n’est pas perçu de façon identique dans toutes les cultures : les rôles de genre, les conceptions de l’autorité parentale ou conjugale, les codes de l’honneur familial façonnent profondément ce qui est toléré, tu ou banalisé.

Les enfants exposés à la violence conjugale n’apprennent pas seulement à tolérer la violence, ils apprennent parfois à l’utiliser pour gérer les conflits. Cette transmission est à la fois familiale et culturelle : elle s’inscrit dans des scripts hérités sur ce que signifie « être un homme », « tenir sa famille », ou « ne pas laver son linge sale en public ».

À cela s’ajoutent des réalités structurelles : précarité, migration, discrimination — qui peuvent intensifier les tensions sans pour autant les justifier.

Cela n’explique pas tout, et surtout, cela ne détermine pas une trajectoire inévitable. On peut avoir grandi dans un milieu violent et choisir de ne pas reproduire ces schémas. Ce choix est possible — il demande souvent un accompagnement qui tient compte du contexte culturel de la personne, et pas seulement de son histoire individuelle.

1.5 Les tactiques délibérées de manipulation – le DARVO

Au-delà des comportements violents eux-mêmes, la recherche a mis en lumière une stratégie systématique utilisée par de nombreux agresseurs pour se protéger de toute responsabilité. Jennifer Freyd (1997) l’a nommée DARVO :

  • D – Deny (Nier) : nier les faits, la mémoire des événements, l’impact des comportements.
  • A – Attack (Attaquer) : attaquer la crédibilité de la victime, son équilibre psychologique, sa réputation. « Tu es folle », « Personne ne te croira ».
  • R V O – Reverse Victim and Offender (Inverser victime et agresseur) : se présenter soi-même comme la vraie victime — de la relation, des accusations, de l’injustice du système.

Le DARVO n’est pas seulement utilisé contre la victime. Il est déployé devant la famille, les amis, les institutions, tribunaux, services sociaux, police. Il est documenté comme l’une des principales raisons pour lesquelles les victimes ne sont pas crues, ou sont perçues comme peu crédibles, lors des procédures judiciaires.

À retenir : Le DARVO est une stratégie, pas une réaction spontanée. Sa présence systématique dans le discours de l’agresseur est l’un des indicateurs les plus fiables d’un profil manipulateur. La formation des intervenants judiciaires à reconnaître ce mécanisme est recommandée par tous les comités canadiens d’examen des décès liés à la violence conjugale.

Ce que la neurologie nous dit

2.1 Une empathie structurellement altérée

Des recherches de l’Université Charité de Berlin ont montré que les personnes présentant un trouble de la personnalité narcissique ont une épaisseur réduite du cortex cérébral dans les régions associées à la compassion et à l’empathie affective. Il ne s’agit pas d’un choix de ne pas ressentir d’empathie. C’est une incapacité structurelle, inscrite dans l’architecture même du cerveau.

Des recherches complémentaires montrent que les personnes présentant des traits psychopathiques ont une réponse émotionnelle significativement réduite à la souffrance des autres — leurs cerveaux réagissent moins fortement aux images de personnes en douleur, et les régions liées à la prise de décision morale sont moins activées.

2.2 Un cerveau qui apprend difficilement de ses erreurs

Des recherches récentes de l’UQTR (2025) confirment que les traits de la tétrade sombre — psychopathie, narcissisme grandiose, machiavélisme, sadisme — sont associés à des altérations significatives de l’empathie. Chez les personnes narcissiques, divers mécanismes cérébraux compliquent l’apprentissage basé sur les erreurs.

  • Le signal « je me suis trompé, il faut changer » est affaibli
  • Les régions liées à l’auto-image prennent le dessus, poussant à protéger l’estime de soi plutôt qu’à reconnaître sa responsabilité
  • Les circuits de l’empathie fonctionnent différemment, rendant ces personnes moins sensibles à l’impact de leurs actes sur les autres

Ce que ça signifie concrètement : L’absence d’empathie chez ces profils n’est pas un choix moral ou une phase temporaire : c’est une incapacité fondamentale, inscrite dans la structure neurologique et renforcée par l’organisation psychique défensive. Cela n’exclut pas tout changement — mais cela explique pourquoi il est rare, lent, et exige un travail thérapeutique très long. Et cela explique surtout pourquoi tu n’as pas le pouvoir de le changer en aimant mieux ou différemment.

2.3 Le rôle de l’alcool et des substances — facteur aggravant, jamais cause

La consommation d’alcool et de drogues est fréquemment invoquée par les agresseurs comme explication de leurs comportements et parfois acceptée comme telle par leur entourage.

La recherche est pourtant sans ambiguïté sur ce point :

L’alcool et les substances psychoactives peuvent désinhiber des tendances violentes préexistantes et amplifier leur intensité mais ils ne créent pas la violence chez quelqu’un qui n’a pas de disposition à l’exercer. La violence conjugale existe sans alcool. Elle est plus grave avec.

Traiter uniquement la dépendance sans s’attaquer aux croyances et comportements de contrôle est insuffisant et documenté comme inefficace. Un programme intégré qui traite à la fois la dépendance ET les comportements violents est nécessaire.

Les facteurs de risque du féminicide

Comprendre l’agresseur, c’est aussi comprendre quand la situation devient mortellement dangereuse. Les comités d’examen des décès liés à la violence conjugale au Canada ont identifié, à travers l’analyse des cas de féminicides, des facteurs de risque cohérents et documentés. Cette connaissance permet une évaluation du danger plus précise — et une intervention plus ciblée.

3.1 Les facteurs de risque les plus prédictifs

  • Antécédents de violence physique grave, notamment l’étranglement. L’étranglement non mortel est l’un des prédicteurs les plus puissants du féminicide. Une victime étranglée une fois est entre 6 et 7 fois plus susceptible d’être tuée. (Campbell et al., 2007)
  • Menaces de tuer — la victime, les enfants, lui-même. Les menaces explicites doivent toujours être prises au sérieux
  • Accès à une arme à feu. La présence d’une arme au domicile ou l’accès à une arme multiplie considérablement le risque de létalité. Au Canada, la confiscation des armes à feu lors d’une ordonnance de protection est une mesure systématiquement recommandée par les comités d’examen
  • Séparation récente ou annoncée. La période immédiatement après le départ ou l’annonce du départ est documentée comme la plus dangereuse pour la victime. Le risque de violence grave augmente significativement dans les semaines et mois qui suivent
  • Comportement obsessionnel et filature. Surveiller les déplacements, apparaître à l’improviste, multiplier les appels et messages — ces comportements post-séparation sont des signaux d’alarme graves
  • Contrôle coercitif marqué — isolement total, dépendance financière absolue, surveillance constante
  • Antécédents criminels et judiciaires. En 2025, 54 % des hommes ayant commis des féminicides au Québec avaient des antécédents judiciaires et étaient connus des services de police
  • Déni total et refus de tout programme d’aide

3.2 Les outils d’évaluation du risque

Les comités d’examen recommandent systématiquement l’utilisation d’outils d’évaluation du risque validés pour guider les décisions des intervenants et des tribunaux :

  • B-SAFER (Brief Spousal Assault Form for the Evaluation of Risk) : outil d’évaluation structuré du risque de violence entre partenaires intimes, utilisé par de nombreux corps de police canadiens.
  • DA (Danger Assessment) : outil développé par Jacquelyn Campbell, utilisé par les intervenantes en maisons d’hébergement pour évaluer le risque de féminicide. Disponible en français.
  • SARA (Spousal Assault Risk Assessment) : outil clinique d’évaluation structurée du risque pour les professionnels de la santé et de la justice

Recommandation constante des comités : L’évaluation du risque de létalité doit être faite de façon systématique et partagée entre tous les intervenants (police, services sociaux, maisons d’hébergement, tribunaux) pour permettre une réponse coordonnée aux situations à haut risque. Le cloisonnement de l’information est documenté comme l’un des principaux facteurs ayant contribué à des décès qui auraient pu être évités.

Changement réel ou simulation ?

4.1 Les signaux d’une simulation

  • La focalisation sur le retour à la normale. Il insiste pour retrouver la relation ou le statu quo, bien plus que pour réparer les torts causés. Il met la pression pour un pardon rapide
  • La victimisation et le transfert de responsabilité. Il continue de blâmer l’alcool, le stress, l’enfance — ou la victime elle-même. « Tu m’as poussé à bout. »
  • Le maintien des micro-tactiques de contrôle. Il garde un ton condescendant, coupe la parole, domine les discussions, réagit mal au « non »
  • L’absence d’empathie réelle. Il est incapable de décrire la souffrance qu’il a causée sans ramener tout à lui
  • Les changements « spectaculaires » et rapides. Un changement véritable est graduel, modeste et stable — pas dramatique et immédiat
  • L’instrumentalisation de la thérapie. Il utilise le fait d’avoir « fait quelques séances » comme argument pour obtenir un retour à la relation, pas comme un engagement sincère

4.2 Les signes d’un changement sincère

  • Il assume 100 % de sa responsabilité — sans « mais », sans conditions, sans retour de la faute sur la victime
  • Il respecte le temps et les limites de la victime — sans pression, sans négociation, sans ultimatum
  • Il écoute la douleur de l’autre sans se défendre ni contre-attaquer
  • Il s’engage dans un travail de fond : thérapie à long terme, groupes de responsabilisation, changements visibles dans les comportements ordinaires — pas seulement dans les crises
  • Il cesse les comportements de contrôle secondaires : plus de surveillance des déplacements, plus de questions sur les fréquentations, plus de manipulation économique
  • Il soutient les démarches de la victime — même si elles le défavorisent légalement

4.3 Ce que les données québécoises montrent

En 2022, 45 % des hommes reconnus coupables d’une infraction en violence conjugale avaient déjà été accusés en la matière, et 35 % avaient déjà été déclarés coupables des proportions en hausse depuis 2013. En matière de récidive, les données sont préoccupantes : une majorité des hommes qui réintègrent une relation sans programme d’intervention récidivent.

Les programmes d’intervention ne sont pas une solution miracle. Ils ne sont pas efficaces avec tout le monde. Cependant, certains programmes intensifs et de longue durée notamment les approches cognitivo-comportementales combinées à une intervention sur le contrôle coercitif montrent des résultats prometteurs pour les profils à risque moyen. Le contexte de suivi judiciaire améliore l’assiduité et, dans certains cas, les résultats.

Un changement réel est lent, inconfortable pour l’agresseur et surtout, il ne s’accompagne d’aucune exigence envers la victime.

La violence conjugale a toujours un auteur. Il existe toujours une solution, car ce qui a été acquis peut être remis en question, et des systèmes renforcés sont capables d’offrir une protection aux personnes que les dispositifs actuels ne parviennent pas encore à soutenir pleinement.

Ressources pour les auteurs de violence au Québec

Vers une autre masculinité : sortir du modèle de la domination

Ces ressources existent. Elles ne sont pas des lignes de dénonciation — ce sont des lieux d’aide pour ceux qui reconnaissent avoir un problème et souhaitent entamer une démarche de changement sincère.

En 2024, le gouvernement du Québec a bonifié la Stratégie intégrée 2022-2027 avec 42,9 M$ supplémentaires, incluant 18 M$ pour soutenir les organismes qui interviennent auprès des victimes et des auteurs de violence — reconnaissant ainsi que l’aide aux agresseurs fait partie de la solution globale.

À cœur d’homme — Réseau d’aide aux hommes

Regroupement provincial de plus de 30 organismes dédiés aux hommes ayant des comportements violents en contexte conjugal et familial. Rencontres individuelles, groupes de responsabilisation, évaluation des comportements, travail sur le contrôle coercitif. Présent dans toutes les régions du Québec. https://www.acoeurdhomme.com/

Service d’aide aux conjoints (SAC) — Montréal

Soutien téléphonique, accueil-évaluation, suivis individuels, groupes pour hommes auteurs de violence conjugale, information juridique. https://www.serviceaideconjoints.org/

514 384-6296 

Entraide pour hommes — Montérégie / Longueuil; https://www.entraidepourhommes.org/

Info-Social 811

Pour une première évaluation ou pour ne pas savoir à quelle ressource s’adresser.

811 — Info-Social — Québec — https://www.quebec.ca/sante/trouver-une-ressource/info-sante-811

Liste gouvernementale complète par région – Gouvernement du Québec

Organismes d’aide aux hommes en difficulté — https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/violences/violence-conjugale/organismes-aide-hommes-en-difficulte

La violence conjugale n’est pas une fatalité. Elle est souvent le produit d’un modèle de masculinité fondé sur la domination, la répression des émotions et le contrôle coercitif — un modèle transmis culturellement, renforcé socialement, mais qui peut être déconstruit et remplacé.

6.1 Le masculin toxique — ce que la culture a enseigné

De nombreux hommes auteurs de violence ont appris, très tôt, que :

  • Exprimer de la vulnérabilité ou de la tristesse est une faiblesse
  • La valeur d’un homme dépend de son statut, de son contrôle et de sa capacité à ne pas perdre la face
  • Le « vrai homme » domine — sa femme, ses enfants, son entourage
  • La jalousie et le contrôle sont des preuves d’amour

Ces croyances ne sont pas innées — elles sont apprises. Tout ce qui s’apprend peut aussi se désapprendre, avec un accompagnement adapté.

6.2 Le masculin sain — une force sans domination

Le concept de masculin sacré — inspiré des travaux de Carl Jung et développé en psychologie transpersonnelle — propose une vision de la force intérieure qui n’a pas besoin d’écraser pour exister, articulée autour de quatre dimensions :

Ce n’est pas un chemin facile. Mais c’est le seul qui mène à des relations où les deux personnes peuvent exister pleinement et librement.

6.2.1 L’ombre des archétypes — la face cachée de chaque dimension

Jung a montré que chaque archétype possède une face lumineuse et une face d’ombre — les polarités refoulées qui, lorsqu’elles ne sont pas reconnues, prennent le contrôle. C’est précisément dans ces polarités que se logent les comportements abusifs. Reconnaître son ombre n’est pas une excuse — c’est la condition de toute transformation réelle. (Moore & Gillette, 1990 [22] ; Jung, 1959 [23])

Pôle sain

Ombre active (excès)

Ombre passive (défaut)

Justesse, ordre, soutien des autres. L'autorité sans l'autoritarisme. Prendre des décisions équitables qui servent le bien commun - pas son seul bénéfice

Tyran - contrôle et punition

Homme faible - abdication

Pôle sain

Ombre active (excès)

Ombre passive (défaut)

Discipline, courage, capacité à défendre sans détruire. Mettre son énergie au service de la protection - pas de la domination

Sadique - agression, destruction

Masochiste - passivité, capitulation

Pôle sain

Ombre active (excès)

Ombre passive (défaut)

Sagesse, transformation intérieure, connaissance de soi. Reconnaître ses propres blessures et les traiter sans les projeter sur les autres

Manipulateur - tromperie, emprise

Naïf - déni de sa propre influence

Pôle sain

Ombre active (excès)

Ombre passive (défaut)

Passion, connexion authentique aux sens et aux émotions, empathie, vulnérabilité assumée. Aimer sans chercher à posséder

Addict/possessif - jalousie, contrôle

Impuissant - fermé, émotionnellement absent

6.2.2 La honte comme moteur de la violence — au-delà de la colère

Le psychiatre James Gilligan, dans ses recherches menées auprès d’hommes incarcérés pour violence grave, a conclu que la honte – et non la colère – est le moteur principal de la violence masculine. Le passage à l’acte violent est souvent une tentative désespérée de restaurer un sentiment de valeur personnelle effondré. (Gilligan, 1996 [24])

Brené Brown apporte une distinction essentielle entre honte et culpabilité (Brown, 2012 [25]) :

  • Culpabilité : « j’ai fait quelque chose de mal » — peut mener à la responsabilisation et au changement
  • Honte : « je suis quelqu’un de mauvais » — mène à la défensive, au repli ou à la violence pour protéger l’image de soi

Implication clinique : Les programmes d’intervention axés uniquement sur la gestion de la colère passent à côté du problème fondamental. Un travail efficace doit s’attaquer à la honte toxique — en l’aidant à se transformer en culpabilité réparatrice. C’est notamment pourquoi les comités canadiens recommandent des programmes centrés sur les croyances et attitudes de domination, et non sur la seule régulation émotionnelle.

6.2.3 Les styles d’attachement — pourquoi le chemin est si difficile

Les archétypes décrivent où on aspire à aller — la théorie de l’attachement de John Bowlby et Mary Ainsworth explique pourquoi c’est si difficile d’y arriver. Les styles d’attachement insécurisés, formés dans la petite enfance, laissent des empreintes profondes sur la façon de vivre l’intimité, le conflit et la peur de l’abandon. (Bowlby, 1969–1980 [26])

  • Attachement anxieux : jalousie intense, peur de l’abandon, surveillance et contrôle comme tentatives de maintenir le lien
  • Attachement évitant : fermé émotionnellement, fuite de l’intimité, incapacité à recevoir ou exprimer la vulnérabilité
  • Attachement désorganisé : imprévisibilité, cycles alternant violence et réparation intense, la figure d’attachement est à la fois source de réconfort et de danger

Comprendre le style d’attachement d’un homme auteur de violence est une donnée clinique précieuse : elle oriente le type d’intervention nécessaire et explique les résistances au changement, sans les excuser.

6.2.4 La masculinité hégémonique – une structure, pas seulement une psychologie

La sociologue Raewyn Connell a introduit le concept de masculinité hégémonique pour désigner le modèle culturellement dominant qui hiérarchise les hommes entre eux et subordonne les femmes. Ce modèle récompense la domination, la contrôle émotionnel et la compétition — tout en sanctionnant la vulnérabilité et le soin. (Connell, 1995 [27])

Sans ce cadre structurel, on risque de psychologiser ce qui est aussi systémique : l’homme violent n’est pas seulement blessé — il est aussi, dans une certaine mesure, conforme à des normes culturelles que la société a longtemps renforcées. La déconstruction de ces normes est donc un enjeu collectif, pas uniquement individuel. C’est pourquoi les comités canadiens recommandent des ressources culturellement adaptées (Recommandation 16) et des interventions qui tiennent compte du contexte social des hommes concernés.

6.2.5 La régulation somatique — transformer le corps, pas seulement l’esprit

Le psychiatre Bessel van der Kolk a démontré que le trauma est somatique : il est stocké dans le corps, pas seulement dans la cognition. La transformation durable ne peut pas passer uniquement par la réflexion intellectuelle — elle exige aussi un travail sur le système nerveux. (van der Kolk, 2014 [28])

Concrètement, quand le texte de 6.2 évoque la « transformation intérieure » du Magicien ou la « vulnérabilité assumée » de l’Amant, cela n’arrive pas par la seule volonté. Cela requiert souvent un travail sur :

  • La régulation du système nerveux autonome — apprendre à sortir de l’état d’alerte ou de gel avant de pouvoir répondre autrement
  • Des pratiques corporelles : respiration consciente, mouvement, pleine conscience ancrée dans le corps
  • Un accompagnement thérapeutique intégratif qui ne se limite pas au travail cognitivo-comportemental

À retenir : La transformation du masculin ne se fait pas uniquement dans la tête. Elle passe aussi par le corps, le système nerveux et les pratiques quotidiennes. Les interventions les plus efficaces combinent travail cognitif, émotionnel et somatique – et s’étalent dans le temps.

Recommandations

Dans chaque province canadienne, des comités spécialisés examinent les cas de décès liés à la violence conjugale — féminicides, suicides de victimes, meurtres-suicides — pour en identifier les facteurs et formuler des recommandations systémiques. Leurs conclusions convergent sur plusieurs points essentiels. Ce qui suit synthétise leurs recommandations les plus récentes et les plus documentées.

Comités représentés dans cette synthèse :

  • Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale (Québec — INSPQ, depuis 2018)
  • Domestic Violence Death Review Committee — Ontario (DVDRC, depuis 2003)
  • BC Domestic Violence Fatality Review Panel (Colombie-Britannique)
  • Manitoba Domestic Violence Death Review Committee
  • Domestic Homicide Prevention Initiative — Alberta
  • Domestic Violence Death Review — Nouvelle-Écosse

7.1 Concernant l’évaluation et la gestion du risque

Recommandation 1 — Évaluation systématique et partagée du risque

Tous les intervenants en contact avec une situation de violence conjugale — policiers, procureurs, travailleurs sociaux, maisons d’hébergement, services de santé — doivent utiliser un outil d’évaluation du risque validé (B-SAFER, DA, SARA) et partager cette information entre les acteurs concernés, dans le respect de la confidentialité.

Recommandation 2 — Protocole spécifique pour les cas à haut risque

Les situations identifiées comme à haut risque de létalité doivent déclencher une réponse coordonnée incluant un plan de sécurité renforcé pour la victime, une surveillance accrue de l’auteur, et une communication entre les services.

Recommandation 3 — Attention particulière à la période post-séparation

Les intervenants doivent reconnaître que la période suivant la séparation est la plus dangereuse. Les victimes qui viennent de quitter ou annoncent leur départ doivent bénéficier d’un suivi intensifié. Les ordonnances de protection doivent être émises rapidement et leurs conditions, activement surveillées.

7.2 Concernant les armes à feu

Recommandation 4 — Confiscation systématique des armes à feu

Dès qu’une ordonnance de protection est émise ou qu’une accusation de violence conjugale est portée, la confiscation immédiate et systématique de toutes les armes à feu et munitions détenues par l’auteur doit être effectuée. Cette mesure est documentée comme l’une des plus efficaces pour prévenir les féminicides commis par arme à feu.

Recommandation 5 — Vérification proactive des permis

Les corps policiers doivent vérifier proactivement l’existence de permis d’armes à feu lors de toute intervention en violence conjugale, et signaler aux autorités compétentes pour la révocation immédiate des permis concernés.

7.3 Concernant la formation et les pratiques des intervenants

Recommandation 6 — Formation obligatoire sur le contrôle coercitif

Tous les policiers, procureurs, juges et travailleurs sociaux doivent recevoir une formation obligatoire et régulière sur le contrôle coercitif — sa définition, ses manifestations, sa dangerosité — et sur les mécanismes de manipulation de l’agresseur (DARVO). Cette formation ne doit pas être un exercice optionnel ou ponctuel.

Recommandation 7 — Reconnaissance et documentation de l’étranglement

L’étranglement non mortel doit être systématiquement documenté lors des interventions policières et médicales — même en l’absence de marques visibles — et traité comme un indicateur de haut risque de létalité. Les professionnel(le)s de la santé doivent être formé(e)s à le rechercher et à le documenter.

Recommandation 8 — Abandon de la médiation dans les cas de violence conjugale

La médiation familiale et conjugale est contre-indiquée dans tous les cas avérés ou présumés de violence conjugale. Elle place la victime en situation de danger en l’obligeant à « négocier » avec son agresseur dans un contexte où le rapport de force est fondamentalement inégal. Les comités recommandent une directive claire en ce sens aux médiateurs et aux tribunaux.

7.4 Concernant le système judiciaire

Recommandation 9 — Tribunal spécialisé en violence conjugale

Les tribunaux spécialisés — comme celui déjà mis en place au Québec (en vigueur depuis 2023) — doivent être déployés dans toutes les régions, et dotés de ressources suffisantes pour garantir des délais raisonnables. Les juges qui y siègent doivent recevoir une formation continue sur la dynamique de la violence conjugale.

Recommandation 10 — Criminalisation du contrôle coercitif

Les comités appuient unanimement la criminalisation explicite du contrôle coercitif — au-delà des actes de violence physique — comme infraction distincte. Le Canada a déposé en 2025 le projet de loi C-16 en ce sens. Son adoption et son application effective sont recommandées prioritairement.

Recommandation 11 — Conditions de mise en liberté renforcées

Les conditions de remise en liberté après une arrestation pour violence conjugale doivent inclure, par défaut, l’interdiction de tout contact avec la victime, la confiscation des armes à feu, et l’obligation de participer à un programme d’intervention. Le respect de ces conditions doit être activement vérifié.

Recommandation 12 — Protection des victimes dans les procédures de garde

Les tribunaux de droit familial doivent être informés des antécédents de violence conjugale documentés avant toute décision sur la garde des enfants. L’intérêt de l’enfant ne peut être invoqué pour maintenir un contact avec un parent violent sans mesures de protection adéquates.

7.5 Concernant les programmes pour auteurs de violence

Recommandation 13 — Programmes d’intervention obligatoires et encadrés

La participation à un programme d’intervention pour auteurs de violence conjugale doit être intégrée systématiquement dans les conditions des ordonnances judiciaires. Ces programmes doivent être accrédités, basés sur des données probantes, et inclure une composante sur le contrôle coercitif — et non uniquement sur la gestion de la colère.

Recommandation 14 — Abandon de la seule approche « gestion de la colère »

Les comités sont formels : les programmes axés uniquement sur la gestion de la colère sont insuffisants et peuvent donner aux agresseurs des outils pour mieux dissimuler leurs comportements de contrôle sans les abandonner. Les programmes efficaces s’attaquent aux croyances et aux attitudes de domination.

Recommandation 15 — Évaluation continue des programmes

Le gouvernement du Québec doit mettre en place un cadre d’évaluation systématique de l’efficacité des programmes d’intervention pour conjoints violents, incluant des données sur la récidive, partagées avec les chercheurs et les intervenants. L’absence actuelle de données standardisées sur la récidive est documentée comme une lacune importante.

7.6 Concernant les populations à vulnérabilité spécifique

Recommandation 16 — Ressources culturellement adaptées

Les programmes d’intervention pour auteurs de violence doivent être disponibles et culturellement adaptés pour les hommes immigrants, les hommes autochtones et les personnes issues de minorités sexuelles — tenant compte des contextes culturels spécifiques sans jamais les utiliser comme justification de la violence.

Recommandation 17 — Attention particulière aux situations de violence post-séparation impliquant des enfants

Les échanges de garde sont documentés comme des moments à haut risque de violence. Des lieux d’échange neutres et supervisés doivent être accessibles dans toutes les régions pour les situations à risque élevé.

Recommandation 18 — Soutien aux enfants exposés

Tout programme d’intervention pour auteur de violence doit inclure une composante sur l’impact de la violence sur les enfants et sur leur rôle parental. La recherche montre que travailler sur l’identité parentale de l’auteur est l’un des leviers les plus efficaces de changement.

Pour les hommes qui reconnaissent avoir des comportements violents :

Demander de l’aide n’est pas une faiblesse. C’est le premier acte de responsabilité – et souvent le plus courageux.

  • À cœur d’homme : acoeurdhomme.com
  • Service d’aide aux conjoints (SAC) – Montréal : 514 384-6296
  • Info-Social 811 : pour un premier contact confidentiel

Ce qui peut changer, et pourquoi ça vaut la peine

La violence conjugale n’est pas inscrite dans la nature des hommes. Elle n’est pas inévitable. Elle n’est pas génétique. Elle est le produit de dynamiques complexes culturelles, psychologiques, neurobiologiques, sociales qui peuvent toutes, à des degrés divers, être reconnues, nommées et transformées.

 

La recherche est formelle : des programmes d’intervention sérieux, bien conçus et bien appliqués produisent des résultats réels pour une partie des hommes qui s’y engagent sincèrement. Des hommes qui ont usé de violence apprennent à reconnaître leurs schémas, à gérer leurs émotions autrement, à construire des relations fondées sur le respect et non sur la domination. Ce n’est pas rapide. Ce n’est pas facile. Mais c’est possible.

 

La société a un rôle à jouer dans cette transformation. Un rôle collectif, structurel – celui que les comités d’examen des décès liés à la violence conjugale décrivent depuis des décennies : des lois plus claires, des institutions mieux formées, des ressources suffisantes, une culture qui cesse de normaliser le contrôle et la domination dans les relations amoureuses.

 

Mais la transformation commence aussi par des décisions individuelles. Par des hommes qui choisissent de rompre le cycle – pour eux-mêmes, pour leurs enfants, pour les femmes qu’ils aiment ou ont aimées. Cette décision est difficile. Elle demande du courage. Et elle mérite d’être accompagnée.

Pour les victimes, pour les proches, pour les intervenant(e)s : comprendre ce qui se passe chez l’agresseur n’est pas une invitation à l’excuser. C’est une façon de mieux le voir et donc de mieux se protéger de lui, de mieux évaluer les risques, de mieux accompagner celles et ceux qui en ont besoin.

Références et lectures complémentaires

Sur l’agresseur, la psychologie du contrôle et le DARVO

[1] Lundy Bancroft — Why Does He Do That? Inside the Minds of Angry and Controlling Men (2002) — https://lundybancroft.com/books/why-does-he-do-that/

[2] Evan Stark — Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life (2007) — https://global.oup.com/academic/product/coercive-control-9780195384048

[3] Jennifer Freyd (1997) — DARVO — Violations of power, adaptive blindness, and betrayal trauma theory — https://dynamic.uoregon.edu/jjf/defineDARVO.html

[4] Holtzworth-Munroe, A. & Stuart, G.L. (1994) — Typologies of male batterers — Psychological Bulletin — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/7870860/

 

Sur la neurologie et la psychologie des traits de personnalité violents

[5] Röpke et al. / Psychomédia — Anomalie dans une structure cérébrale chez les narcissiques pathologiques — https://www.psychomedia.qc.ca/psychologie-de-la-personnalite/2013-06-20/narcissisme-anomalie-cerebrale

[6] Krusemark et al. (2025) — Narcissism is associated with blunted error-related brain activity — https://research.bond.edu.au/en/publications/narcissism-is-associated-with-blunted-error-related-brain-activit/

[7] UQTR / Néo — Les côtés sombres de la personnalité et l’empathie (thèse, octobre 2025) — https://neo.uqtr.ca/2025/11/13/les-cotes-sombres-de-la-personnalite-liens-entre-des-profils-de-personnalite-et-levaluation-multimethode-de-lempathie/

 

Sur les facteurs de risque de létalité

[8] Campbell, J.C. et al. (2007) — Intimate partner homicide review — Violence Against Women — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17420429/

[9] Glass, N. et al. — Non-fatal strangulation as a predictor of femicide (2008) — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18280103/

[10] Danger Assessment — Jacquelyn Campbell — Outil d’évaluation du risque de féminicide (version française disponible) — https://www.dangerassessment.org/

 

Sur les comités d’examen des décès liés à la violence conjugale

[11] Comité d’examen des décès liés à la violence conjugale — Québec (INSPQ) — https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/statistiques

[12] Domestic Violence Death Review Committee — Ontario (DVDRC) — Rapports annuels — https://www.ontario.ca/page/domestic-violence-death-review-committee

[13] BC Domestic Violence Fatality Review Panel — Rapports — https://www2.gov.bc.ca/gov/content/justice/criminal-justice/bc-criminal-justice-system/domestic-violence/domestic-violence-fatality-review-panel

[14] Gouvernement du Canada — Comités d’examen des décès liés à la violence familiale — Aperçu national — https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/reb-rib/capcvf-mpafvc/index.html

 

Sur les programmes d’intervention pour auteurs de violence

[15] INSPQ — Ressources pour conjoints ayant des comportements violents — https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/ressources/conjoints-ayant-des-comportements-violents

[16] À cœur d’homme — Réseau d’aide aux hommes pour une société sans violence — https://www.acoeurdhomme.com/

[17] Le Devoir — Programmes d’aide pour les conjoints violents : une efficacité difficile à évaluer (mai 2023) — https://www.ledevoir.com/actualites/societe/790991/hommes-en-detresse-soigner-les-hommes-violents

 

Sur le cadre légal et les stratégies québécoises

[18] Gouvernement du Québec — Tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et conjugale — https://www.quebec.ca/justice-et-etat-civil/systeme-judiciaire/processus-judiciaire/tribunal-specialise-violence-sexuelle-violence-conjugale

[19] Gouvernement du Québec — Bonification de la Stratégie intégrée 2022-2027 (avril 2024) — https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/quebec-bonifie-ses-actions-pour-contrer-la-violence-sexuelle-et-la-violence-conjugale-55485

[20] Justice Canada — Contrôle coercitif en tant que forme de violence familiale — https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/reb-rib/capcvf-mpafvc/pdf/RSD_2023_MakingAppropriatebrochure-fra.pdf

[21] Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale — Rapport et données 2024-2025 — https://maisons-femmes.qc.ca/

 

Sur le masculin sain, l’ombre des archétypes et les fondements psychologiques

[22] Robert Moore & Douglas Gillette — King, Warrior, Magician, Lover: Rediscovering the Archetypes of the Mature Masculine (1990) — https://www.harpercollins.com/products/king-warrior-magician-lover-robert-mooredouglas-gillette

[23] Carl G. Jung — The Archetypes and the Collective Unconscious, Collected Works Vol. 9 (1959) — https://www.routledge.com/The-Archetypes-and-the-Collective-Unconscious/Jung/p/book/9780691018331

[24] James Gilligan — Violence: Reflections on a National Epidemic (1996) — https://www.penguinrandomhouse.com/books/331780/violence-by-james-gilligan/

[25] Brené Brown — Daring Greatly: How the Courage to Be Vulnerable Transforms the Way We Live, Love, Parent, and Lead (2012) — https://brenebrown.com/book/daring-greatly/

[26] John Bowlby — Attachment and Loss (3 vol., 1969–1980) / Mary Ainsworth — Patterns of Attachment (1978) — https://www.simplypsychology.org/bowlby.html

[27] Raewyn Connell — Masculinities, 2nd Edition (1995/2005) — https://www.wiley.com/en-us/Masculinities%2C+2nd+Edition-p-9780520246980

[28] Bessel van der Kolk — The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma (2014) — https://www.besselvanderkolk.com/resources/the-body-keeps-the-score

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