9-Départ

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Important

Chaque étape que tu franchiras t’approche d’une vie plus sûre.

Tu n’as pas à tout faire en même temps.

Tu n’as pas à le faire seule.

Se préparer à quitter en sécurité

1. Planifier sa sécurité immédiate

1.1 Établir un plan d’urgence

  • Identifier au moins deux sorties de secours dans le domicile.
  • Choisir un mot de code avec une personne de confiance (famille, ami·e) pour signaler un danger.
  • Préparer un sac d’urgence discret (voir section 3) et le placer dans un endroit accessible, hors de la vue de l’agresseur.
  • Mémoriser les numéros de téléphone importants : SOS Violence conjugale (1 800 363-9010), la police (911), un proche de confiance.
  • Choisir à l’avance l’endroit où se rendre en cas de danger : maison d’hébergement, domicile d’un·e proche, hôtel.
  • Repérer les ressources proches de chez toi sur sosviolenceconjugale.ca.

1.2 Préparer sa sortie de façon discrète

  • Choisir le bon moment : planifier le départ lorsque l’agresseur est absent ou occupé.
  • Éviter de lui annoncer le départ à l’avance si cela représente un risque.
  • Informer discrètement une seule personne de confiance de ton plan.
  • Si possible, partir avec tes effets essentiels en une seule fois pour éviter d’y retourner.

2. Sécuriser sa situation financière

2.1 Ouvrir un compte bancaire personnel

  • Ouvrir un compte bancaire à ton seul nom, dans une banque différente de celle que vous utilisez ensemble.
  • Choisir une banque en ligne si tu crains d’être vu·e.
  • Y faire déposer directement ton salaire, tes prestations (aide sociale, allocations familiales, etc.) si possible.
  • Mettre de côté des petites sommes régulièrement, discrètement, pour constituer un coussin financier.
  • Ne jamais laisser les relevés bancaires envoyés à l’adresse du domicile — opter pour les relevés numériques sur une adresse courriel privée.

2.2 Rassembler des ressources financières

  • Récupérer ou photocopier les documents financiers communs : déclarations de revenus, relevés de compte, relevés de REER/CELI, actes de propriété, contrats de prêt.
  • Noter les numéros de comptes bancaires conjoints et les actifs communs.
  • Consulter l’aide juridique (aide.avocats.qc.ca) pour savoir si tu es admissible à une aide gratuite.
  • Renseigne-toi sur les programmes d’aide d’urgence : Centraide, Moisson, maisons d’hébergement (dépôts, nourriture, garde-robe).
  • Vérifier si tu as droit aux allocations provinciales ou fédérales après la séparation : allocation famille, soutien enfant, pension alimentaire, etc.

3. Préparer un sac d’urgence

Le sac d’urgence contient tout ce dont tu as besoin pour quitter rapidement et te débrouiller les premiers jours. Il doit être facilement accessible et discret. Si tu ne peux pas garder ce sac chez toi, laisse-le chez une personne de confiance, ou dans ton vestiaire au travail.

📋 LISTE DU SAC D’URGENCE

Documents d’identité : Carte d’assurance maladie (RAMQ), passeport, certificat de naissance, carte d’assurance sociale (NAS), permis de conduire.

Documents familiaux : Certificats de naissance des enfants, jugements de garde existants, carnet de vaccination.

Documents financiers : Cartes bancaires personnelles, une petite réserve d’argent liquide, numéros de comptes.

Documents légaux : Contrat de mariage ou union civile, ordonnances de protection, baux ou actes de propriété.

Effets personnels : Médicaments essentiels (prescription et non-prescription), lunettes, prothèses, dispositifs médicaux.

Technologie : Chargeur de téléphone, clé USB avec copies de documents numériques, téléphone prépayé si possible.

Affaires : Quelques vêtements pour toi (et les enfants), articles d’hygiène essentiels.

Si possible : Photos de famille, objets sentimentaux importants, liste de contacts de confiance imprimée.

4. Rassembler documents et preuves

4.1 Preuves numériques

Les violences psychologiques, économiques et technologiques laissent des traces — à condition de savoir les conserver.

  • Messages et conversations — Captures d’écran incluant l’intégralité de la conversation avec le nom ou numéro, la date et l’heure visibles. Ne jamais isoler un seul message hors contexte si possible.
  • Journal des interactions — Conserver ou imprimer les journaux d’appels, messages vocaux, courriels, publications sur les réseaux sociaux. Noter systématiquement la date, l’heure et le contexte.
  • Sauvegardes sécurisées — Clé USB chez une personne de confiance, compte courriel distinct, service cloud sécurisé.
  • Prudence numérique — En cas de cyberviolence ou de suspicion de surveillance, consulter un guide d’autodéfense technologique avant de modifier ses mots de passe — certaines modifications peuvent alerter l’agresseur.

4.2 Autres types de preuves

  • Journal personnel : notes datées des événements, ressentis, témoins présents, descriptions précises.
  • Documents médicaux : certificats, rapports, bilans de santé en lien avec les impacts de la violence.
  • Documents scolaires ou professionnels : absences répétées, baisse de performance, changements de comportement des enfants.
  • Correspondance avec des ressources : centres de femmes, SOS Violence conjugale, CAVAC, travailleurs sociaux — peut attester d’une demande d’aide et d’une chronologie.
  • Documentation visuelle : photos des blessures (datées), dommages matériels (avec date et heure automatiques si possible).

5. Entamer les démarches légales

5.1 Comprendre ses droits

  • Consulter un·e avocat·e ou une ressource juridique pour comprendre ses droits concernant les ordonnances de protection, la garde des enfants et l’abus de procédures.
  • Porter plainte auprès de la police si tu as subi des actes criminels (voies de fait, menaces, harcèlement, etc.).
  • Demander une ordonnance de protection (OPS) auprès du tribunal pour éloigner l’agresseur.
  • Consulter le régime de protection du patrimoine familial au Québec : même sans être mariée, des droits existent selon le mode de vie commun.

5.2 Ressources juridiques accessibles

  • Aide juridique du Québec (aide.avocats.qc.ca) : pour savoir si tu es admissible à une aide gratuite.
  • CAVAC (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels) : accompagnement et soutien tout au long du processus judiciaire.
  • Cliniques juridiques universitaires : consultations gratuites dans plusieurs villes du Québec.
  • SOS Violence conjugale : 1 800 363-9010 — référence vers les ressources légales appropriées.

6. S’entourer des bonnes personnes

Se préparer, c’est aussi ne pas le faire seule :

  • Consulter un·e avocat·e ou une ressource juridique pour comprendre ses droits concernant les ordonnances de protection, la garde des enfants, l’abus de procédures.
  • Faire appel à des ressources spécialisées en violence conjugale pour construire un plan de sécurité couvrant les dimensions physiques, numérique et juridique.
  • Confier son plan de départ à une seule personne de confiance dans un premier temps.
  • Utiliser les outils déjà présentés dans ce site (Violence-O-Mètre, guides sur le contrôle coercitif) pour mieux nommer ce qu’on vit devant les intervenants.
  • Se rappeler que l’isolement fait partie des stratégies de l’agresseur : renouer doucement avec son réseau de soutien (famille, amis, collègues).

7. Sécuriser sa présence numérique

  • Créer une adresse courriel confidentielle (Gmail, Proton Mail) sur un appareil que l’agresseur n’utilise pas.
  • Changer les mots de passe de tes comptes personnels depuis un appareil sûr (bibliothèque, téléphone d’une amie).
  • Activer la double authentification (2FA) sur tous tes comptes importants.
  • Vérifier si ton téléphone contient un logiciel espion (stalkerware) : certaines applications de sécurité peuvent le détecter.
  • Désactiver le partage de localisation sur ton téléphone (Google Maps, iCloud, Facebook).
  • Penser à changer les mots de passe des objets connectés (thermostat, caméras, sonnettes) après le départ.
  • Consulter le guide d’autodéfense technologique de SOS Violence conjugale : sosviolenceconjugale.ca

8. Quand des enfants sont présents

La violence conjugale est aussi une violence envers les enfants qui en sont témoins.

La loi québécoise reconnaît cela.

Protéger tes enfants fait partie intégrante de ta démarche, et tu n’es pas seule pour le faire.

8.1  Se préparer avec des enfants

  • Inclure dans le sac d’urgence les documents des enfants : certificats de naissance, carnet de vaccination, carte RAMQ, ordonnances de médicaments.
  • Emporter leurs effets essentiels : quelques vêtements, leur jouet ou objet réconfortant préféré, leur médication si applicable.
  • Préparer les enfants discrètement, selon leur âge, sans leur dévoiler le plan complet s’il y a un risque qu’ils en parlent.
  • Choisir le moment du départ lorsque les enfants ne sont pas à l’école ou en garderie, ou prévoir de les récupérer discrètement.
  • Informer l’école ou la garderie après le départ de ne pas remettre les enfants à l’autre parent sans autorisation.

8.1.1 Droits et garde des enfants

  • En cas de départ avec les enfants, tu dois garder les enfants sur le territoire québécois sauf ordonnance contraire d’un tribunal.
  • Contacter rapidement un·e avocat·e ou l’aide juridique pour déposer une demande de garde provisoire dès que possible.
  • Si tu crains que l’autre parent emmène les enfants à l’étranger, demander l’inscription aux registres de passeport pour bloquer l’émission d’un passeport sans ton consentement.
  • Conserver tous les jugements de garde existants dans ton sac d’urgence.
  • Documenter tout incident de violence conjugale ayant eu lieu devant les enfants : date, heure, description des événements, impact observé.

8.1.2 Soutien pour les enfants

  • Les enfants témoins de violence conjugale peuvent présenter des signes de stress post-traumatique, de régression ou de comportements difficiles — c’est normal et traitable.
  • Informer l’école ou la garderie de la situation pour qu’ils puissent offrir un soutien adapté.
  • Demander une référence à un·e psychologue ou travailleur·se social·e spécialisé·e via la maison d’hébergement ou le CLSC.
  • Expliquer aux enfants, selon leur âge, que ce qui s’est passé n’est pas de leur faute.
  • Rassurer les enfants sur la stabilité à venir : maintenir autant que possible les routines (repas, coucher, école).

8.1.3 Ressources spécialisées pour les familles

  • Maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale : la plupart accueillent les mères avec leurs enfants.
  • Tréfle (programme pour enfants témoins de violence conjugale) — renseignez-vous auprès de la maison d’hébergement de votre région.
  • CAVAC : accompagnement pour les enfants victimes et témoins.
  • DPJ — Direction de la protection de la jeunesse : si tu as peur pour la sécurité de tes enfants, tu peux faire un signalement ou demander conseil au 1 800 665-9009.

9. Ne pas oublier

  • Aviser les institutions importantes de ton changement d’adresse : Revenu Québec, gouvernement fédéral (allocations, NAS), RAMQ, banque personnelle.
  • Changer ta serrure ou trouver un logement dont l’agresseur n’a pas les clés.
  • Signaler ton départ à la police si tu as une ordonnance de protection.
  • Conserver une copie de l’ordonnance de protection sur toi et en remettre une copie à l’école des enfants, au travail, aux personnes de confiance.
  • Continuer à documenter tout contact non désiré, toute forme de harcèlement ou menace après le départ.
  • Prendre soin de toi : consulter un(e) professionnel(le) de la santé, rejoindre un groupe d’entraide pour femmes survivantes de violence conjugale.

Souviens-toi : Ces préparatifs n’enlèvent rien à la responsabilité de l’agresseur ni aux devoirs des institutions. Mais ils augmentent tes marges de manœuvre et la réception de ton histoire par le système. Tu as le droit d’être en sécurité.

Références et lectures complémentaires

Sécurité et planification du départ

[1] SOS Violence conjugale — Plan de sécurité et ressources d’aide (24h/7j, gratuit, confidentiel, anonyme) — https://sosviolenceconjugale.ca

[2] Maisons pour femmes victimes de violence conjugale — Fédération des maisons d’hébergement — https://maisons-femmes.qc.ca/violence-conjugale/

[3] Gouvernement du Québec — Se préparer à quitter une relation violente — https://www.quebec.ca/famille-et-soutien-aux-personnes/violences/violence-conjugale

Démarches légales et droits

[4] Aide juridique du Québec — Vérifier son admissibilité — https://aide.avocats.qc.ca

[5] CAVAC — Centre d’aide aux victimes d’actes criminels — https://www.cavac.qc.ca

[6] REBÂTIR — Consultations juridiques gratuites pour victimes de violence conjugale — https://www.rebatir.ca

[7] Éducaloi — Dossier violence conjugale : droits et recours — https://educaloi.qc.ca/dossier/violence-conjugale

[8] Gouvernement du Québec — Tribunal spécialisé en matière de violence conjugale — https://www.quebec.ca/justice-et-etat-civil/systeme-judiciaire/processus-judiciaire/tribunal-specialise-violence-sexuelle-violence-conjugale

Sécurité numérique

[9] Coalition pour la sécurité numérique — Guide de protection contre le stalkerware — https://stopstalkerware.org/fr/

[10] Gouvernement du Québec — Projet de loi n° 73 (2024) — Protection contre les images intimes partagées sans consentement — https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/projet-de-loi-no-73-adopte-a-lunanimite-une-meilleure-protection-pour-les-personnes-victimes-dimages-intimes-partagees-sans-consentement

Enfants et garde

[11] Justice Canada — Arrangements parentaux en cas de violence familiale — https://www.justice.gc.ca/fra/pr-rp/jr/cbapcvf-mapafvc/arrangements.html

[12] Gouvernement du Québec — JuridiQC : l’arrivée du nouveau conjoint et garde — https://juridiqc.gouv.qc.ca/separation-et-divorce/enfants/accompagner-son-enfant/larrivee-du-nouveau-conjoint

[13] INSPQ — Enfants exposés à la violence conjugale — https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/la-violence-conjugale/encadre-1-enfants-exposes-la-violence-conjugale

[14] DPJ — Direction de la protection de la jeunesse : 1 800 665-9009 — https://www.ciussscn.ca/enfance-jeunesse/direction-de-la-protection-de-la-jeunesse/

Ressources financières

[15] IVAC — Indemnisation des victimes d’actes criminels (aide financière pour les victimes) — https://www.ivac.qc.ca

[16] Centraide du Grand Montréal — Aide d’urgence — https://www.centraide-mtl.org

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