Violence sociale

⚠️ Note : Cette section ne dit pas que les immigrants sont plus violents. Les données ne le montrent pas. Elle dit que le contexte migratoire crée des conditions de vulnérabilité spécifiques que le système a du mal à voir et à traiter correctement. Elle ne dit pas non plus que les Québécois sont racistes — elle dit que l’ignorance mutuelle est un facteur de risque réel et documenté.

Multiculturalisme et violence sociale

Ce que l’ignorance mutuelle nous coûte à tous.

Quand les personnes immigrantes méconnaissent les droits québécois, et quand les québécois méconnaissent leurs réalités, la violence peut s’exercer sans être reconnue, dénoncée ou traitée.

 

1. Le Québec d’aujourd’hui — une société qui se transforme vite

En 2021, selon Statistique Canada, plus d’une personne sur cinq au Québec est née à l’étranger. À Montréal, cette proportion dépasse un tiers de la population. Ces personnes viennent de contextes extrêmement différents : des pays où la police est un outil de répression, des cultures où la violence conjugale n’est pas nommée comme telle, des systèmes où les droits des femmes et des enfants ne sont pas les mêmes qu’ici.

Ce que dit la recherche :

  • 1/5 des habitants du Québec est né à l’étranger. À Montréal, c’est plus d’1 personne sur 3. (Statistique Canada, recensement 2021)
  • 50 % des personnes racisées au Québec déclarent avoir vécu de la discrimination ou un traitement injuste au cours des 5 dernières années. (Statistique Canada, 2024)
  • 49,7 % des immigrants du Québec citent la langue comme obstacle majeur à l’accès à l’emploi — et donc à la compréhension de leurs droits

2. Ce que les personnes immigrantes ne savent pas – et ce que ça coûte

Arriver dans un nouveau pays, c’est apprendre une infinité de choses en même temps. Cette surcharge d’apprentissage devient dangereuse quand les lacunes touchent précisément aux systèmes de protection contre la violence.

Les droits qu’on ne connaît pas, on ne peut pas les exercer

  • La violence conjugale est un crime ici. Dans plusieurs pays d’origine, la violence entre partenaires est considérée comme une « affaire privée ». La politique d’intervention à charge oblige les policiers québécois à agir dès qu’ils sont informés d’un incident.
  • Porter plainte n’entraîne pas automatiquement l’expulsion. C’est l’une des craintes les plus fréquentes documentées. Cette fausse croyance peut être entretenue délibérément par un conjoint contrôlant.
  • Les enfants appartiennent aux deux parents — et à l’État si nécessaire. La méfiance envers la DPJ peut retarder ou empêcher les signalements nécessaires.
  • Le corps de la femme lui appartient. La notion de violence sexuelle dans un couple marié n’existe pas dans tous les systèmes juridiques d’origine.
  • Les droits du travail s’appliquent à tous, sans exception de statut. Les travailleurs immigrants ignorent souvent leurs droits face au harcèlement ou aux conditions de sécurité.

Le double silence : Les femmes immigrantes victimes de violence vivent une double couche de barrières : le premier silence est celui que connaissent toutes les victimes — honte, peur, attachement. Le second est spécifique à leur situation : isolement culturel et linguistique, méconnaissance des ressources, crainte des institutions, pression communautaire à ne pas « déshonorer » la famille ou le groupe d’appartenance.

3. Ce que les québécois ne savent pas – et ce que ça coûte

  • Confondre la culture et la violence : attribuer des comportements violents à des « différences culturelles » plutôt qu’à des dynamiques de pouvoir universelles — menant soit à sous-estimer la gravité (« c’est leur façon de faire »), soit à stigmatiser.
  • Ne pas reconnaître le trauma migratoire : l’immigration est l’un des événements les plus stressants qu’une personne puisse vivre : perte des repères, déclassement socioprofessionnel, isolement, choc culturel.
  • Surestimer la maîtrise du français : une personne peut sembler fonctionnelle dans une langue au quotidien et être totalement dépassée dans un contexte juridique ou médical.
  • Ne pas connaître les codes de communication non verbaux : une victime qui ne pleure pas, qui regarde ailleurs, qui répond brièvement peut être perçue comme peu crédible — alors qu’elle se comporte selon les normes de sa culture d’origine.

4. Comment l’ignorance mutuelle amplifie la violence

La violence conjugale requiert un vocabulaire partagé pour être reconnue. Quand ce vocabulaire n’est pas accessible, la violence continue sans être nommée.

Trois mécanismes documentés

  • L’isolement structurel amplifie la dépendance. Une femme immigrante qui ne maîtrise pas la langue, qui n’a pas de réseau, qui dépend du statut migratoire de son conjoint est dans une position de vulnérabilité extrême. Son agresseur peut utiliser sa méconnaissance des droits comme outil de contrôle : « Si tu portes plainte, tu seras expulsée. »
  • Le déclassement déclenche ou amplifie la violence. Un homme dont l’identité était fortement liée à son statut social et professionnel, et qui vit une perte brutale de ce statut à l’immigration, peut tenter de « compenser » en renforçant son contrôle dans la sphère privée.
  • La méfiance envers les institutions retarde l’aide. Les victimes d’une communauté où la police a historiquement été un outil de répression vont tarder à appeler le 911, même dans des situations d’urgence.

5. Ce qui pourrait changer

Pour les personnes immigrantes

  • Intégrer dans les cours de francisation des notions claires sur les droits, les lois et les ressources : la violence conjugale est un crime, la police protège ici, les droits du travail s’appliquent à tous, la DPJ est un outil de protection.
  • Rendre accessibles les ressources dans les langues d’origine et les adapter culturellement — pas seulement les traduire.

Pour les professionnels des systèmes de protection

  • Intégrer une formation interculturelle obligatoire dans les cursus de police, de droit, de travail social et d’enseignement.
  • Garantir la présence d’interprètes qualifiés dans toutes les interactions judiciaires, policières et médicales.
  • Former les intervenants à distinguer les comportements culturellement codés des signaux de violence — sans tomber dans les deux écueils inverses : banaliser au nom de la culture, ou stigmatiser au nom de la différence.

Le multiculturalisme peut être un facteur de résilience : Les communautés culturelles offrent des réseaux de soutien, des solidarités et des ressources que les institutions publiques ne peuvent pas reproduire. Quand ces communautés sont informées, outillées et en lien avec les systèmes de protection, elles deviennent des multiplicateurs d’aide extraordinaires.

Références et lectures complémentaires

[1] INSPQ (2024) — Contexte de vulnérabilité : femmes immigrantes — https://www.inspq.qc.ca/violence-conjugale/comprendre/contextes-de-vulnerabilite/femmes-immigrantes

[2] Gazette des femmes (novembre 2021) — Briser le double silence des femmes immigrantes — https://gazettedesfemmes.ca/21671/briser-le-double-silence-des-femmes-immigrantes/

[3] Le Devoir (janvier 2024) — Des immigrantes enfermées à double tour dans la violence conjugale au Québec — https://www.ledevoir.com/societe/806158/devoir-enquete-immigrantes-enfermees-double-tour-violence-conjugale

[4] Revue Relations — CRI-VIFF (2017) — La violence conjugale en contexte migratoire — https://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/la-violence-conjugale-en-contexte-migratoire/

[5] ORIQ (2021) — Rapport Synthèse N°1 — Discriminations raciales à l’emploi au Québec — https://oriq.info/etude-1/

[6] Statistique Canada (mai 2024) — La moitié des personnes racisées ont vécu de la discrimination — https://www160.statcan.gc.ca/good-governance-saine-gouvernance/discrimination-fra.htm

[7] Statistique Canada — Recensement 2021 — Immigration et diversité ethnoculturelle — https://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2021/as-sa/98-200-X/2021009/98-200-X2021009-fra.cfm

[8] CDPDJ (2024) — Stratégie de lutte contre le racisme sous toutes ses formes — https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/la-commission-des-droits-devoile-sa-strategie-de-lutte-contre-le-racisme-sous-toutes-ses-formes-57184

[9] ISQ (juillet 2023) — Portrait des personnes issues de minorités visibles sur le marché du travail au Québec — https://statistique.quebec.ca/fr/communique/portrait-personnes-issues-minorites-visibles-marche-travail-quebec

[10] Maison pour femmes immigrantes de Québec — Formation interculturelle — https://mafiq.ca/

[11] Gouvernement du Québec — Francisation Québec — Cours de français pour les personnes immigrantes — https://www.quebec.ca/education/apprentissage-du-francais/francisation-quebec

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