BLOC_8A_Jane Monckton Smith_Contrôle coercitif et progression vers l’homicide conjugal

Certaines informations sont difficiles à lire parce qu’elles sont terrifiantes et vraies.

Les recherches de Jane Monckton Smith bouleversent des préjugés tenaces :

le meurtre conjugal n’est jamais un dérapage ni un crime passionnel.

C’est un processus délibéré.

La Timeline de Jane Monckton Smith

Contrôle coercitif et progression vers l’homicide conjugal

1. La séparation : le moment le plus dangereux

Les recherches de Jane Monckton Smith, professeure de criminologie médico-légale à l’Université de Gloucestershire, démontrent que quitter ou mettre fin à une relation ne garantit pas toujours la sécurité de la victime. Les victimes sont en effet plus susceptibles d’être tuées pendant la période de rupture ou de séparation. Il est donc vital de comprendre que quitter un partenaire abusif n’est pas toujours sûr ni confortable, surtout lorsque des enfants sont impliqués.

1.1 La séparation comme « déclencheur » (Stage 4 de la Timeline)

C’est à cette étape que le risque commence à augmenter significativement. Il se produit quelque chose qui vient défier le contrôle du perpétrateur ou remettre en question son statut. Le déclencheur le plus significatif identifié à l’échelle internationale est la séparation, ou sa menace. Les auteurs de violence s’étaient en effet organisés pour empêcher la séparation, et la perçoivent davantage comme inacceptable ou outrageante que comme une rupture douloureuse.

D’autres déclencheurs possibles incluent :

  • Ruine financière

  • Grossesse

  • Maladie physique ou mentale

  • Changements de vie (retraite, mise à pied)

  • Sentiment de revanche

1.2 L’escalade qui suit (Stage 5)

Après le déclencheur, on observe une augmentation de la fréquence ou de la sévérité des tactiques du perpétrateur.

Cette escalade peut prendre plusieurs formes :

  • Menaces de suicide
  • Supplications et comportements de harcèlement
  • Actes de violence physique
  • Stalking intensifié et surveillance accrue

1.3 Pourquoi les meurtres ne sont jamais spontanés

Monckton Smith démontre de façon convaincante que ces meurtres ne sont pas des incidents isolés, ni des crimes passionnels où quelqu’un « a perdu le contrôle », mais des actes délibérés et bien planifiés. Sa Homicide Timeline en 8 étapes en est la démonstration empirique, reposant sur l’analyse de 372 cas de féminicides entre 2012 et 2015.

L'Homicide Timeline — 8 étapes
L'Homicide Timeline — 8 étapes Jane Monckton Smith · Université de Gloucestershire · Analyse de 372 cas de féminicides
1
Étape 1
Antécédents de contrôle
Risque faible

Historique de jalousie, possessivité, comportements de contrôle ou de stalking chez l'auteur, souvent non tracés par des condamnations.

2
Étape 2
Tourbillon d'engagement
Risque faible

La relation évolue rapidement vers une relation sérieuse et intensive. Tout se développe à un rythme malsain dès le début.

3
Étape 3
Vie sous contrôle coercitif
Risque modéré

La relation est dominée par le contrôle coercitif — isolement, surveillance constante, privation d'autonomie, peur.

4
Étape 4
Déclencheur
Risque élevé ⚠

Événement qui menace le contrôle du perpétrateur : séparation ou sa menace, grossesse, faillite, retraite. Point critique où le risque augmente fortement.

5
Étape 5
Escalade
Risque très élevé

Intensification des tactiques : menaces de suicide, supplications, actes de violence physique, stalking accru.

6
Étape 6
Changement de pensée
Risque très élevé

L'auteur commence à envisager la violence létale comme une solution au problème perçu de la perte de contrôle.

7
Étape 7
Planification
Risque critique

Acquisition de moyens, repérage de la victime, recherche d'occasions de l'isoler. L'acte est prémédité.

8
Étape 8
Homicide et/ou suicide
Létal

Acte délibéré et planifié. Jamais un crime passionnel spontané — toujours la conclusion d'un long processus de contrôle.

Source : Monckton Smith, J. (2020). Intimate Partner Femicide: Using Foucauldian Analysis to Track an Eight Stage Progression to Homicide. Violence Against Women, 26(11), 1267–1285.  |  Modèle et formation : www.8-stages.com

1.4 Pourquoi la planification de sécurité est cruciale

En décomposant la timeline en 8 phases distinctes, Monckton Smith a montré non seulement ce qu’il faut surveiller dans les relations coercitives, mais surtout ce qu’il faut cibler pour interrompre la progression et sauver une vie.

Constats essentiels sur les limites systémiques :

  • Les processus en place pour les premiers répondants sont souvent incompatibles avec une réelle planification de sécurité à long terme.
  • Les victimes ne sont pas toujours convaincues que la police ou les paramédicaux peuvent assurer leur protection.
  • La confiance dans le système est renforcée lorsque les professionnels croient la victime et reconnaissent sa peur.

L’espoir de ce modèle est qu’il soit déployé plus largement : si les forces de l’ordre apprennent ces huit étapes, elles peuvent surveiller les auteurs potentiels et intervenir avant l’irréparable.

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