Ce lexique rassemble les concepts qui reviennent dans les situations de violence conjugale et de manipulation. Ils viennent de la psychologie, du droit, de la médecine et de la réalité de celles et ceux qui les ont vécus
Lexique
A
Abus de procédures Juridique · Québec
En un mot : Utiliser les tribunaux de manière abusive pour harceler la victime — reconnu comme une forme de violence au Québec.
Ce que c’est : L’abus de procédures dans les dossiers de droit de la famille est reconnu par les tribunaux québécois depuis la réforme législative de 2021. Il peut inclure : dépôt répété de requêtes non fondées, remise en question systématique de décisions déjà rendues, demandes de contre-expertises multiples.
Un juge peut imposer des sanctions financières à une partie reconnue coupable d’abus de procédures.
Pourquoi c’est important : Si ton ex multiplie les procédures sans raison valable, c’est peut-être de l’abus de procédures — et de la violence judiciaire. Rebâtir (1 833 732-2847) peut t’aider à le documenter et à le faire reconnaître par un tribunal.
Agression sexuelle Juridique · Sexuel
En un mot : Tout acte sexuel imposé sans consentement libre et éclairé — c’est un crime, quel que soit le lien avec la personne.
Ce que c’est : Au Canada, l’agression sexuelle est définie par le Code criminel comme tout contact sexuel sans consentement. Le consentement ne peut pas être donné si la personne est endormie, intoxiquée, sous la contrainte, ou âgée de moins de 16 ans.
Le fait d’être en couple, marié(e), ou d’avoir consenti dans le passé n’enlève pas le droit de refuser à tout moment. Le viol conjugal est un crime au Canada depuis 1983.
Pourquoi c’est important : Beaucoup de victimes ne réalisent pas que ce qu’elles ont vécu est une agression sexuelle parce que c’était avec leur partenaire. Si tu veux en parler : Info-aide violence sexuelle : 1 888 933-9007.
Aliénation parentale Juridique · Psychologique
En un mot : Concept souvent invoqué par les agresseurs pour accuser le parent victime d’influencer les enfants contre eux — son usage est très controversé.
Ce que c’est : L’aliénation parentale désigne le fait de nuire, sans raison valable, à la relation entre un enfant et l’autre parent. Ce n’est pas un diagnostic reconnu par le DSM-5 ni la CIM-11.
Des études montrent que ce concept est fréquemment utilisé par des agresseurs pour disqualifier le parent victime qui protège ses enfants. Protéger ses enfants d’une personne violente n’est pas de l’aliénation parentale.
Pourquoi c’est important : Si ton ex t’accuse d’aliénation parentale, un(e) avocat(e) spécialisé(e) en violence conjugale peut t’aider à construire ta défense. Ne confonds pas ce concept avec l’estrangement familial, qui peut être une démarche légitime de santé.
Alexithymie Médical · Psychologique
En un mot : Difficulté à mettre des mots sur ses propres émotions.
Ce que c’est : Une personne alexithymique sait qu’elle ne va pas bien, mais elle ne peut pas expliquer exactement pourquoi ni comment elle se sent.
Ce n’est pas un choix. C’est souvent causé par un trauma ou une façon dont le cerveau a appris à fonctionner.
Pourquoi c’est important : Si tu te sens mal mais que tu n’arrives pas à nommer ce que tu ressens, ce n’est pas grave. Il existe des façons d’apprendre à reconnaître ses émotions avec l’aide d’un(e) professionnel(le).
Exemple : Je sais que quelque chose ne va pas, mais quand le médecin me demande comment je me sens, je ne sais pas quoi répondre.
Amnésie dissociative Médical · Psychologique
En un mot : Le cerveau efface certains souvenirs douloureux pour se protéger.
Ce que c’est : Après une violence prolongée, le cerveau peut bloquer certains souvenirs. Ce n’est pas un mensonge — c’est une réaction de survie.
La personne peut avoir du mal à se souvenir de certains événements ou à les raconter dans l’ordre.
Pourquoi c’est important : Si tu n’arrives pas à te rappeler exactement ce qui s’est passé, ça ne veut pas dire que tu inventes. Ça veut dire que ton cerveau a essayé de te protéger.
Attachement traumatique Psychologique
En un mot : Lien fort et difficile à briser envers quelqu’un qui nous fait du mal.
Ce que c’est : Quand une même personne nous fait souffrir ET nous donne de l’affection, notre cerveau crée un attachement très puissant — comme une dépendance.
Ce n’est pas de la faiblesse. C’est une réaction chimique du cerveau face à l’alternance entre la peur et le soulagement.
Pourquoi c’est important : Ce lien explique pourquoi il est si difficile de partir, même quand on sait que la relation est mauvaise pour nous. Ce n’est pas un manque d’intelligence ni de courage.
Exemple : J’ai peur de lui, mais quand il est gentil, je ressens un soulagement si intense que j’oublie tout le reste.
B
BATNA / MESORE Juridique · Pratique
En un mot : Tes meilleures options si les négociations ou les discussions n’aboutissent pas.
Ce que c’est : BATNA signifie : Best Alternative To a Negotiated Agreement. En français : MESORE — Meilleure Solution de Rechange.
En contexte de séparation, ça veut dire : quelles sont mes options concrètes si on ne s’entend pas ? Logement, garde des enfants, finances, protection légale.
Pourquoi c’est important : Connaître ses options réduit la peur et l’emprise. Plus tu sais ce que tu peux faire, moins tu te sens coincée. Parle à Rebâtir (1 833 732-2847) pour connaître les tiennes.
Bouc émissaire Psychologique · Social
En un mot : Membre d’une famille sur qui on rejette tous les problèmes.
Ce que c’est : Dans certaines familles, une personne est choisie pour porter la faute de tout ce qui va mal. On lui dit qu’elle est « trop sensible », « difficile », « le problème ».
En réalité, c’est souvent celle qui ose dire que quelque chose ne va pas.
Pourquoi c’est important : Si tu as grandi en te faisant dire que tu es le problème, tu as peut-être intégré cette croyance. Ce n’est pas la vérité. C’est un rôle qu’on t’a mis sur le dos.
Exemple : Chaque fois que mes parents se disputaient, c’est moi qu’on accusait d’avoir tout déclenché.
C
Captation d’héritage Juridique · Social
En un mot : Forcer ou manipuler quelqu’un pour changer son testament en sa faveur.
Ce que c’est : C’est une forme de violence économique. L’agresseur fait pression sur une personne — souvent âgée ou malade — pour que celle-ci lui laisse ses biens.
Ça arrive souvent quand la personne est isolée ou dépendante de quelqu’un pour ses soins.
Pourquoi c’est important : Si une personne âgée de ton entourage semble changer ses volontés sous la pression d’un proche, c’est un signal d’alarme à prendre au sérieux.
Chantage à l’institutionnalisation Social · Psychologique
En un mot : Menacer une personne âgée de la placer en CHSLD si elle résiste ou demande de l’aide.
Ce que c’est : C’est une menace très efficace : la peur de perdre son chez-soi et sa liberté est utilisée comme arme de contrôle.
Cette menace est une forme de violence. Elle est illégale et peut être dénoncée.
Pourquoi c’est important : Si tu vis cette situation, appelle la Ligne LAMAA : 1 888 489-2287 (7j/7).
CIM-11 Médical · Général
En un mot : Le manuel international de référence de l’OMS pour classer les maladies et troubles mentaux.
Ce que c’est : La CIM-11 (Classification internationale des maladies, 11e révision) est publiée par l’Organisation mondiale de la santé. Elle classe les maladies et troubles mentaux dans le monde entier.
Au Québec, les professionnel(le)s de la santé utilisent souvent la CIM-11 en parallèle avec le DSM-5. Les deux servent à établir un diagnostic officiel.
Pourquoi c’est important : Ces manuels n’ont pas été créés pour que les victimes diagnostiquent leur partenaire. Ils existent pour que les professionnel(le)s disposent de critères précis et partagés. Les connaître aide à comprendre d’où viennent les termes cliniques qu’on peut croiser dans une démarche de soin.
Codépendance Psychologique
En un mot : Se sentir responsable du bonheur et des actions de l’autre, au point d’oublier ses propres besoins.
Ce que c’est : La codépendance, c’est passer tellement de temps à s’occuper de l’autre — de ses humeurs, de ses problèmes — qu’on n’a plus de place pour soi.
Ce n’est pas de l’amour fort. C’est souvent une façon apprise de fonctionner, qui peut nous garder dans des relations qui nous font du mal.
Pourquoi c’est important : La codépendance se traite. Un(e) thérapeute spécialisé(e) peut t’aider à retrouver tes propres limites et besoins.
Coercition sexuelle Sexuel · Psychologique
En un mot : Forcer ou manipuler quelqu’un pour obtenir un acte sexuel, sans recourir à la force physique.
Ce que c’est : Insister, bouder, menacer ou répéter jusqu’à ce que la personne cède. Ce n’est pas du vrai consentement.
Céder par peur, par épuisement ou pour éviter la colère, ce n’est pas dire oui librement.
Pourquoi c’est important : La coercition sexuelle dans le couple est une forme de violence sexuelle. Pour en parler : Info-aide violence sexuelle : 1 888 933-9007.
Compulsion de répétition Psychologique
En un mot : Tendance à recréer, sans le vouloir, des situations douloureuses déjà vécues.
Ce que c’est : Ce n’est pas de la malchance si on retrouve souvent des partenaires similaires. C’est le cerveau qui reproduit ce qu’il connaît, même si c’est douloureux.
Ça ne veut pas dire qu’on « aime souffrir ». Ça veut dire qu’on n’a pas encore eu l’occasion d’apprendre autre chose.
Pourquoi c’est important : Reconnaître ce schéma est la première étape pour le changer. Avec de l’aide, il est possible de briser ce cycle.
Consentement Sexuel · Général
En un mot : Dire oui librement, clairement et à tout moment — et pouvoir dire non sans conséquence.
Ce que c’est : Le consentement, c’est un accord donné librement, sans pression, sans peur des conséquences.
Il peut être retiré à n’importe quel moment — même en plein milieu d’un acte sexuel. Le mariage ou la vie commune ne donne pas un droit permanent sur le corps de l’autre.
Au Canada, le viol conjugal est un crime depuis 1983.
Pourquoi c’est important : Si ton partenaire t’impose des actes sexuels sans ton accord libre, c’est une agression sexuelle — même si vous êtes en couple.
Contrôle coercitif Psychologique · Juridique
En un mot : Stratégie qui vise à contrôler la liberté et la vie quotidienne de quelqu’un.
Ce que c’est : Ce n’est pas juste des coups ou des cris. C’est surveiller où tu vas, qui tu vois, ce que tu dépenses, comment tu t’habilles. C’est décider à ta place, tout le temps.
Le chercheur Evan Stark a montré que ce contrôle constant est souvent plus destructeur que la violence physique, parce qu’il efface l’identité de la personne.
Pourquoi c’est important : Le contrôle coercitif est reconnu en droit québécois. Il peut être présenté comme preuve dans les procédures judiciaires.
Exemple : Il ne me frappe pas souvent. Mais je dois lui demander la permission pour sortir, lui montrer mes messages, et je ne peux pas voir ma sœur sans qu’il pose des questions pendant des heures.
Cyberviolence Cyberviolence · Juridique
En un mot : Toute forme de violence exercée à travers les outils numériques — téléphone, réseaux sociaux, applications.
Ce que c’est : La cyberviolence englobe : harcèlement en ligne, surveillance secrète (stalkerware), partage non consenti d’images intimes (revenge porn), usurpation d’identité numérique, contrôle des messages et de la localisation, menaces par message, sabotage des appareils.
La cyberviolence peut se poursuivre longtemps après la séparation physique, rendant le no contact plus difficile.
Pourquoi c’est important : Pour évaluer si tu es surveillée numériquement : stopstalkerware.org/fr. Si tu soupçonnes une surveillance, utilise le téléphone d’une amie ou d’une bibliothèque avant de modifier quoi que ce soit. SOS Violence conjugale : 1 800 363-9010.
Cycle de la violence Psychologique · Général
En un mot : Schéma répété dans une relation violente : tension, explosion, justification, puis douceur.
Ce que c’est : La psychologue Lenore Walker a décrit ce cycle en 1979 : 1. La tension monte (reproches, irritabilité, marcher sur des œufs). 2. La violence éclate (cris, coups, humiliations). 3. L’agresseur minimise ou accuse la victime (« tu m’avais provoqué »). 4. La lune de miel : il est gentil, plein de remords, il promet de changer.
Avec le temps, la phase de lune de miel disparaît. Il ne reste plus que la tension et la violence.
Pourquoi c’est important : Ce cycle explique pourquoi on reste. L’espoir de retrouver la lune de miel est très puissant. Ce n’est pas une erreur de l’avoir espéré. C’est comment ce piège fonctionne.
D
DARVO Psychologique
En un mot : Stratégie de l’agresseur : nier, attaquer, puis se poser en victime.
Ce que c’est : DARVO = Deny (nier) + Attack (attaquer) + Reverse Victim and Offender (se faire passer pour la victime).
Tu le confrontes → il nie → il t’accuse de le harceler → il dit que c’est lui qui souffre.
Cette stratégie, documentée par la chercheuse Jennifer Freyd, est souvent utilisée devant la police, la famille ou les tribunaux.
Pourquoi c’est important : Le DARVO peut te faire douter de toi-même. Quand tu te retrouves à te justifier d’avoir posé une question normale, c’est un signal que quelque chose ne va pas.
Décompensation psychologique Médical · Psychologique
En un mot : Moment où le cerveau craque sous une pression trop forte.
Ce que c’est : Quand le stress a été trop intense ou trop long, les mécanismes de défense peuvent s’effondrer d’un coup.
Ça peut ressembler à une crise d’anxiété, des pleurs incontrôlables, une incapacité à bouger ou à parler.
Pourquoi c’est important : Si tu vis ça lors d’une démarche (témoignage, rencontre avec un(e) avocat(e)), ce n’est pas de l’instabilité. C’est ton corps qui a atteint sa limite. C’est normal et ça se traite.
Dépendance affective Psychologique
En un mot : Besoin intense d’être aimée et validée par l’autre, au point de tolérer ce qu’on ne devrait pas.
Ce que c’est : Contrairement à la codépendance (centrée sur l’autre), la dépendance affective est centrée sur le besoin d’amour et de validation. Elle peut pousser à rester dans une relation douloureuse par peur intense d’être abandonnée.
Elle se développe souvent quand les besoins d’attachement dans l’enfance n’ont pas été comblés. Ce n’est pas un défaut de caractère — c’est souvent une réponse apprise.
Pourquoi c’est important : La dépendance affective se travaille en thérapie, notamment avec des approches centrées sur l’attachement. La reconnaître, c’est déjà commencer à en sortir.
Dépersonnalisation Médical · Psychologique
En un mot : Se sentir comme si on s’observait soi-même de l’extérieur, comme dans un rêve.
Ce que c’est : C’est une réaction du cerveau face à un danger ou un trauma trop grand. On se sent « à côté de soi ».
C’est inconfortable, mais c’est une façon du cerveau de se protéger.
Pourquoi c’est important : Si tu décris les événements violents de façon détachée, comme si tu racontais quelque chose arrivé à quelqu’un d’autre, c’est souvent de la dépersonnalisation — pas de l’indifférence.
Déréalisation Médical · Psychologique
En un mot : Avoir l’impression que le monde autour de soi n’est pas réel.
Ce que c’est : Pendant ou après un événement traumatisant, certaines personnes ont l’impression que tout est flou, irréel ou lointain.
C’est une réaction automatique du cerveau pour se distancer d’une réalité trop douloureuse.
Pourquoi c’est important Ce n’est pas de la folie. C’est une réponse de survie. Avec un soutien adapté, ces symptômes peuvent diminuer.
Dissonance cognitive Psychologique
En un mot : Inconfort ressenti quand deux croyances opposées coexistent dans notre tête.
Ce que c’est : Par exemple : « je l’aime » ET « il me fait du mal ». Ces deux pensées sont vraies en même temps, et c’est très difficile à vivre.
Pour soulager cet inconfort, le cerveau essaie de tout réconcilier : on minimise la violence, on trouve des excuses, ou on finit par se dire que c’est de notre faute.
Pourquoi c’est important : Ce mécanisme n’est pas une faiblesse. C’est ce que tous les cerveaux font face à une contradiction douloureuse. Le reconnaître permet d’en sortir.
Exemple : Il m’a frappée, mais il a pleuré après et m’a dit qu’il m’aimait. Je n’arrive pas à décider si je dois rester ou partir.
Dissociation Médical · Psychologique
En un mot : Mécanisme de défense par lequel le cerveau se déconnecte d’une réalité trop douloureuse pour être supportée.
Ce que c’est : La dissociation est un terme chapeau qui englobe : amnésie dissociative (oubli de souvenirs), dépersonnalisation (se sentir hors de son corps), déréalisation (impression que le monde n’est pas réel), et dans les cas extrêmes, les troubles dissociatifs de l’identité.
La dissociation n’est pas de la folie. C’est une réponse de survie intelligente du cerveau face à un trauma qui dépasse ses capacités de traitement.
Pourquoi c’est important : Si tu te souviens des événements de façon floue, fragmentée ou détachée, c’est peut-être de la dissociation — pas un signe d’instabilité. Une approche thérapeutique spécialisée en trauma peut aider.
Double authentification Cyberviolence · Prévention
En un mot : Sécurité supplémentaire pour tes comptes en ligne — une deuxième vérification en plus du mot de passe.
Ce que c’est : Quand tu l’actives, quelqu’un qui connaît ton mot de passe ne peut quand même pas entrer dans ton compte sans avoir accès à ton téléphone.
C’est une protection simple et efficace contre la surveillance numérique.
Pourquoi c’est important : Active-la sur tes comptes courriel, réseaux sociaux et banque. Fais-le depuis un appareil que l’agresseur n’utilise pas.
DSM-5 Médical · Général
En un mot : Le manuel américain de référence pour le diagnostic des troubles mentaux — le plus utilisé en Amérique du Nord.
Ce que c’est : Le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5e édition) est publié par l’Association américaine de psychiatrie en 2013. Il liste les critères précis nécessaires pour poser un diagnostic clinique de trouble mental, y compris les troubles de la personnalité.
Il classe notamment les troubles de la personnalité en trois groupes. Le Groupe B — troubles narcissique, antisocial, borderline et histrionique — est le plus souvent associé aux comportements violents ou manipulateurs dans les relations.
Pourquoi c’est important :Seul(e) un(e) professionnel(le) de la santé mentale qualifié(e_ peut utiliser cet outil pour poser un diagnostic. Ce manuel n’est pas conçu pour qu’une victime évalue son partenaire, mais comprendre son existence aide à distinguer les termes cliniques officiels des concepts populaires comme « pervers narcissique », qui n’en fait pas partie.
E
Égo-syntonique Médical · Psychologique
En un mot : Quand une personne ne perçoit pas ses propres comportements problématiques comme un problème.
Ce que c’est : Un comportement est égo-syntonique quand la personne le vit comme normal, justifié ou même comme une force — pas comme quelque chose qui pose problème. C’est l’opposé de l’égo-dystonique (vécu comme étranger à soi).
Les troubles narcissiques et antisociaux sont généralement égo-syntoniques. La personne ne se dit pas « je manipule » — elle se dit « je gère bien les situations ». Elle ne se dit pas « je blesse l’autre » — elle se dit « l’autre est trop sensible ».
Pourquoi c’est important : Cette caractéristique explique pourquoi ces personnes cherchent rarement de l’aide volontairement — elles ne vivent pas leurs comportements comme un problème à régler. Ça explique aussi pourquoi les thérapies superficielles ou obligatoires ont si peu d’effet sur ces profils.
EMDR Médical · Thérapeutique
En un mot : Thérapie basée sur des stimulations bilatérales guidées pour aider le cerveau à traiter les souvenirs traumatisants.
Ce que c’est : L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) utilise des stimulations bilatérales (souvent des mouvements oculaires) pour aider le cerveau à « digérer » des souvenirs traumatisants restés bloqués. Développée par Francine Shapiro.
L’EMDR est recommandée par l’OMS pour le traitement du TSPT. Elle est particulièrement efficace pour les traumatismes complexes liés à la violence relationnelle prolongée.
Pourquoi c’est important : L’EMDR peut être remboursée partiellement par l’IVAC (1 800 561-4822) si tu as subi un acte criminel.
Emprise Psychologique
En un mot : État où une personne a pris le contrôle progressif de tes pensées, émotions et comportements.
Ce que c’est : L’emprise ne s’installe pas d’un coup. Elle se construit lentement, par petites touches. Tu finis par douter de toi, par voir le monde à travers ses yeux.
C’est comme si tu avais perdu ta propre boussole intérieure — tu ne sais plus ce que tu penses vraiment, ce que tu veux, ce que tu ressens.
Pourquoi c’est important : L’emprise n’est pas de ta faute. Elle est construite par quelqu’un qui sait ce qu’il fait. Et elle se brise — avec du temps, de l’aide et de l’information.
Endoctrinement culturel Social
En un mot : Messages de la société qui font douter les femmes de leur propre expérience.
Ce que c’est : « Tu exagères », « c’est un peu les deux », « mais il est tellement charmant » — ces messages font croire aux victimes qu’elles dramatisent.
Ces messages protègent les agresseurs et isolent les victimes.
Pourquoi c’est important : Si tu as l’impression que personne ne te croira, ce n’est pas parce que tu n’es pas crédible. C’est parce que la société t’a appris à douter de toi-même.
Épuisement décisionnel Psychologique
En un mot : Être si épuisée par le stress constant que prendre la moindre décision devient impossible.
Ce que c’est : Surveiller l’humeur de l’agresseur, anticiper les crises, gérer la peur — tout ça consomme une énorme quantité d’énergie.
Quand cette énergie est épuisée, même les décisions simples deviennent très difficiles.
Pourquoi c’est important : Si tu n’arrives pas à « juste partir » même si tu le veux, ce n’est pas de la passivité. Ton cerveau est épuisé. C’est une conséquence réelle de la violence — pas un trait de caractère.
Estrangement familial Social · Psychologique
En un mot : Choisir de prendre de la distance avec sa famille pour se protéger.
Ce que c’est : Ce n’est pas couper les liens par méchanceté. C’est parfois nécessaire quand la famille est toxique, abusive, ou ne te croit pas.
C’est un acte de soin envers soi-même, pas une manipulation.
Pourquoi c’est important : Ce choix difficile est souvent incompris par l’entourage. Il est différent de l’aliénation parentale et peut être une démarche de santé mentale tout à fait légitime.
F
Féminicide Juridique · Social
En un mot : Meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme.
Ce que c’est : Un féminicide, c’est un homicide lié au fait d’être une femme — souvent dans une relation de contrôle, de jalousie ou après un refus de séparation.
Ce n’est pas un « drame passionnel ». C’est un crime. Au Québec, un féminicide survient en moyenne toutes les 8 semaines.
Pourquoi c’est important : Les facteurs de risque de féminicide sont documentés. Les connaître peut sauver des vies. Consulte la section L’agresseur sur le site pour les identifier.
Fenêtre de tolérance Médical · Psychologique
En un mot : Zone où le cerveau peut fonctionner normalement — ni en panique, ni figé.
Ce que c’est : Imagine une fenêtre : en haut, c’est la panique (trop activé). En bas, c’est le vide et l’engourdissement (pas assez activé). Au milieu, on peut penser clairement.
Un trauma prolongé rétrécit cette fenêtre. Des techniques comme la respiration consciente ou le yoga doux peuvent aider à l’élargir.
Pourquoi c’est important : Quand tu travailles avec un(e) thérapeute sur le trauma, l’objectif est de t’aider à rester dans cette fenêtre — ni en panique, ni figée.
Fight / Flight / Freeze / Fawn — Les 4 réponses de survie Médical · Psychologique
En un mot : Les quatre réactions automatiques du système nerveux face au danger : se battre, fuir, se figer ou s’aplatir.
Ce que c’est : Fight (combat) : résister, attaquer. Flight (fuite) : s’éloigner physiquement ou mentalement. Freeze (figement) : se paralyser — le corps se fige, incapable de bouger ou de parler. Fawn (soumission) : céder, calmer l’autre, s’effacer pour éviter le danger.
Ces quatre réponses sont automatiques. Le système nerveux choisit sans que la personne en décide consciemment. La réponse fawn est la moins connue — et la plus fréquente chez les victimes de violence relationnelle chronique.
Pourquoi c’est important : Si tu n’as pas réagi, si tu as cédé, si tu n’as pas pu bouger ou parler — ce n’est pas de la complicité, ni un consentement. C’est ton système nerveux qui cherchait à te garder en vie.
FOG Psychologique
En un mot : Peur, obligation et culpabilité — les trois leviers qui gardent les victimes dans la relation.
Ce que c’est : FOG = Fear (peur) + Obligation + Guilt (culpabilité). • Peur : peur de ce qui arrivera si tu pars. • Obligation : sentiment de devoir rester (les enfants, l’amour, les vœux). • Culpabilité : se sentir responsable de la violence ou de sa souffrance à lui.
Ces trois émotions sont souvent cultivées intentionnellement par l’agresseur.
Pourquoi c’est important : Nommer ces trois émotions peut t’aider à les voir telles qu’elles sont : des outils de contrôle — pas des raisons valables de rester.
G
Gaslighting Psychologique
En un mot : Te faire douter de ta mémoire et de ta perception de la réalité.
Ce que c’est : C’est quand quelqu’un te dit : « tu inventes », « tu es folle », « ça ne s’est jamais passé comme ça » — même quand tu sais ce que tu as vu ou vécu.
Avec le temps, tu commences à douter de toi-même. C’est l’objectif. C’est une forme de violence psychologique.
Pourquoi c’est important : Si tu te surprends à douter constamment de ta mémoire, de ton jugement ou de tes propres émotions dans ta relation, c’est un signal important.
Exemple : Je lui ai dit qu’il m’avait crié après ce matin. Il m’a répondu que ça ne s’était jamais passé. Je commence à me demander si j’invente tout.
Grey rock — Méthode de la roche grise Psychologique · Pratique
En un mot : Devenir émotionnellement ennuyeux pour décourager un·e manipulateur·trice.
Ce que c’est : Quand on ne peut pas couper tout contact (enfants, travail), on peut utiliser cette stratégie : réponses courtes, ton neutre, aucune information personnelle, aucune émotion visible.
Une personne manipulatrice cherche des réactions émotionnelles. Sans elles, il ou elle perd l’intérêt à interagir.
Pourquoi c’est important : Cette méthode ne fonctionne pas si la violence physique est présente. Ta sécurité passe avant tout.
Exemple : Quand il m’envoie des messages pour me provoquer, je réponds juste « ok ». Je ne rentre plus dans ses jeux.
Gynécide Social · Juridique
En un mot : Meurtre d’une femme en raison de son sexe ou de son genre.
Ce que c’est : Le gynécide est un terme criminologique qui désigne le meurtre d’une femme à cause de ce qu’elle est — une femme. Il englobe les féminicides et les homicides motivés par la misogynie (la haine des femmes).
Ce terme permet de voir ces crimes comme un problème social — pas comme des événements isolés.
Pourquoi c’est important : Nommer précisément ces crimes aide à comprendre qu’ils ne sont pas des accidents ou des « drames passionnels » — ils font partie d’un problème systémique sur lequel la société doit agir.
H
Honte toxique Psychologique
En un mot : Sentiment profond de croire qu’on est fondamentalement mauvaise ou défectueuse — pas ce qu’on a fait, mais ce qu’on est.
Ce que c’est : La honte toxique est différente de la culpabilité. La culpabilité dit : « j’ai fait quelque chose de mal ». La honte toxique dit : « je suis quelque chose de mal ».
Elle est souvent le résultat de la violence prolongée, de la disqualification répétée, et des messages qui font croire à la victime qu’elle mérite ce qui lui arrive.
Pourquoi c’est important : La honte toxique pousse au silence et empêche de demander de l’aide. La reconnaître comme une conséquence de la violence — et non une vérité sur soi — est une étape essentielle de la guérison.
Hoovering Psychologique
En un mot : Tentative de retour d’un(e) manipulateur(trice) après une séparation pour te faire revenir.
Ce que c’est : Le nom vient de la marque d’aspirateurs Hoover — comme s’il voulait t’aspirer à nouveau dans la relation.
Les stratégies les plus courantes : promettre qu’il a changé, menacer de se suicider, utiliser les enfants, revenir avec de la douceur extrême après de la violence.
Pourquoi c’est important : Le hoovering ne dure pas. Si tu retournes dans la relation, le cycle reprend généralement là où il s’était arrêté.
Hyperactivation Médical · Psychologique
En un mot : État de panique ou d’agitation intense — le système nerveux est en mode alarme.
Ce que c’est : L’hyperactivation, c’est quand le corps est trop activé face au stress : rythme cardiaque rapide, panique, agitation, incapacité à se calmer.
C’est l’opposé de l’engourdissement. Les deux sont des réponses normales du système nerveux à un trauma.
Pourquoi c’est important : Des techniques de respiration ou d’ancrage (poser les pieds au sol, nommer 5 choses visibles) peuvent aider à sortir de cet état.
Hypervigilance Médical · Psychologique
En un mot : Être constamment aux aguets, comme si le danger était toujours juste là.
Ce que c’est : Après avoir vécu de la violence, le cerveau reste en mode « danger » — même quand le danger est passé. Tu surveilles les expressions, les sons, les humeurs.
C’est épuisant. Ça perturbe le sommeil. Ça rend difficile de se concentrer ou de se détendre.
Pourquoi c’est important : L’hypervigilance n’est pas un défaut de caractère. C’est une réponse du système nerveux à ce qu’il a vécu. Elle peut diminuer avec le bon accompagnement thérapeutique.
Hypoactivation Médical · Psychologique
En un mot : État d’engourdissement où on ne ressent presque plus rien — le cerveau s’est mis en veille.
Ce que c’est : C’est le contraire de la panique. Le cerveau s’éteint partiellement pour survivre à une situation insupportable. On se sent vide, figée, incapable de réagir.
C’est une réponse automatique de survie — comme « jouer le mort » face à un prédateur.
Pourquoi c’est important : Si tu n’as pas réagi, si tu n’as pas bougé, si tu n’as pas crié pendant une agression, ça ne veut pas dire que tu as consenti. Ça veut dire que ton cerveau était en hypoactivation.
I
Iatrogène Médical
En un mot : Effet négatif causé par une aide qui était censée aider.
Ce que c’est : Par exemple : un diagnostic médical mal posé qui te discrédite dans une procédure judiciaire, ou une intervention inadaptée qui empire la situation.
Ça peut venir d’un médecin, d’un(e) travailleur(se) social(e) ou d’une institution.
Pourquoi c’est important : Si une démarche d’aide t’a blessée ou aggravé ta situation, tu as le droit de le dire et de chercher une meilleure ressource.
Idéalisation-dévalorisation Psychologique
En un mot : Alternance entre te mettre sur un piédestal et te démolir.
Ce que c’est : Phase 1 — Idéalisation : tu es parfaite, merveilleuse, incomparable. L’amour est intense et rapide.
Phase 2 — Dévalorisation : rien de ce que tu fais n’est bien. Tu es nulle, stupide, ingrate.
Ce cycle est souvent lié à une personnalité narcissique. Il crée une dépendance : tu essaies constamment de retrouver la phase d’idéalisation.
Pourquoi c’est important : Tu ne peux pas « regagner » la phase d’idéalisation en étant mieux. Ce cycle appartient à lui, pas à toi.
Illusion de symétrie Psychologique
En un mot : Croire que quelqu’un nous connaît autant que nous croyons le connaître — ce qui n’est pas toujours vrai.
Ce que c’est : On peut croire qu’une personne nous comprend profondément, partage nos valeurs, sait ce qu’on ressent — alors qu’elle a une image très différente de la réalité.
Ce biais pousse à faire confiance trop vite, trop fort.
Pourquoi c’est important : Dans une nouvelle relation, prendre le temps d’observer les comportements sur la durée aide à éviter ce piège.
Impuissance apprise Psychologique
En un mot : État dans lequel une personne cesse d’essayer de changer sa situation parce qu’elle a appris que ses actions n’ont aucun effet.
Ce que c’est : Concept développé par le psychologue Martin Seligman : quand une personne fait face répétitivement à des situations incontrôlables, elle finit par croire qu’elle ne peut rien changer — même quand c’est faux.
Dans une relation violente, les tentatives répétées sans résultat (expliquer, supplier, partir puis revenir) peuvent installer ce sentiment. Ce n’est pas de la passivité — c’est une réponse apprise.
Pourquoi c’est important : L’impuissance apprise se défait. Reprendre de petites décisions autonomes — même minimes — est l’une des premières étapes pour reconstruire le sentiment de pouvoir agir.
Isolement affectif Psychologique
En un mot : Se retrouver seule — sans amis, sans famille — souvent parce qu’on te l’a imposé.
Ce que c’est : L’isolement est une stratégie centrale du contrôle coercitif. En te coupant de tes proches, l’agresseur devient ta seule source d’information, d’affection et de soutien.
Ça peut aussi se développer seul, comme mécanisme de protection — on s’isole pour ne pas avoir à tout expliquer.
Pourquoi c’est important : Si tu t’es éloignée de ta famille ou de tes amis depuis que tu es dans cette relation, c’est un signal important. Ces liens peuvent être reconstruits.
IVAC Juridique · Ressource
En un mot : Programme québécois d’indemnisation des victimes d’actes criminels — accessible même sans avoir porté plainte.
Ce que c’est : L’IVAC (Indemnisation des victimes d’actes criminels) est administré par la CNESST au Québec. Il peut couvrir : thérapies psychologiques (dont l’EMDR), frais médicaux, perte de revenu, aide à la réadaptation.
Pour être admissible, l’acte criminel doit s’être produit au Québec. Il n’est pas obligatoire d’avoir porté plainte. Le délai de prescription est généralement de 3 ans, avec des exceptions.
Pourquoi c’est important : Beaucoup de victimes ne savent pas qu’elles peuvent accéder à des thérapies remboursées ou à une compensation financière. Appelle l’IVAC : 1 800 561-4822.
L
Lien traumatique Psychologique
En un mot : Attachement fort et douloureux envers quelqu’un qui nous fait du mal.
Ce que c’est : Ce lien se forme quand la terreur et l’affection alternent. Le cerveau crée alors un attachement chimique très fort — comme une addiction.
Après la fin de la relation, il peut se manifester par des pensées obsessionnelles, l’envie de reprendre contact, une douleur qui ressemble à un sevrage.
Pourquoi c’est important : Quitter quelqu’un avec qui tu as un lien traumatique, ça fait physiquement mal. Ça ne veut pas dire que tu dois rester.
Exemple : Ça fait deux mois que je l’ai quitté. Je pense à lui tout le temps, je veux lui envoyer un message, même si je sais que c’est mauvais pour moi.
Limite saine Psychologique · Général
En un mot : Frontière que tu poses pour protéger ton espace physique, émotionnel ou relationnel — et que tu as le droit de défendre.
Ce que c’est : Une limite saine, c’est exprimer clairement ce qui est acceptable pour toi et ce qui ne l’est pas. Ce n’est pas de l’égoïsme — c’est une condition de base d’une relation respectueuse.
Dans une relation violente, les limites sont si souvent franchies qu’on finit par ne plus savoir où elles se trouvent. Poser des limites peut aussi être dangereux dans ce contexte — la sécurité passe en premier.
Pourquoi c’est important : Après une relation violente, réapprendre à reconnaître et à exprimer ses propres besoins est un travail important. Un(e) thérapeute spécialisé(e) peut t’aider à les retrouver.
Locus de contrôle Psychologique
En un mot : Croyance sur d’où vient le contrôle dans ta vie : de toi ou des autres ?
Ce que c’est : Interne : je peux agir, mes choix comptent, je peux changer les choses.
Externe : ce qui m’arrive dépend des autres, du destin, de la chance.
La violence et la manipulation déplacent le locus vers l’externe : on finit par croire qu’on ne peut rien faire.
Pourquoi c’est important : Une partie du travail de reconstruction, c’est de reprendre confiance dans sa propre capacité à décider et à agir.
Love bombing Psychologique
En un mot : Inondation d’amour, de cadeaux et d’attention au début d’une relation pour créer un attachement rapide.
Ce que c’est : Au début, tout est intense : messages constants, déclarations d’amour rapides, cadeaux. Ça ressemble à du vrai amour.
Mais c’est souvent une stratégie pour créer un attachement fort avant que la manipulation commence.
Pourquoi c’est important : Après une séparation, le love bombing peut revenir pour te faire revenir. C’est du hoovering — pas un vrai changement.
Exemple : Dès le premier mois, il me disait qu’il m’aimait, m’envoyait des fleurs, disait que j’étais parfaite. Maintenant je réalise que ça ne correspondait pas à la réalité.
M
Masque social Psychologique
En un mot : Façade charmante et compétente affichée en public, très différente du comportement en privé.
Ce que c’est : Certaines personnes avec des traits narcissiques ou psychopathiques sont remarquablement habiles à paraître charmantes, raisonnables et compétentes en public. Leur comportement violent ou manipulateur ne se manifeste qu’en privé, avec leurs proches.
Ce contraste est l’une des raisons principales pour lesquelles les victimes ne sont souvent pas crues : les témoins extérieurs, les juges ou les travailleurs sociaux voient une personne qui ne correspond pas à ce que décrit la victime.
Pourquoi c’est important ; Ce phénomène n’est pas de ta faute et ne dit rien sur ta crédibilité. Documenter les incidents avec des dates et des détails concrets est l’un des moyens les plus efficaces pour traverser ce mur.
Exemple : Tout le monde me dit qu’il est tellement charmant, si bien élevé. Personne ne croit ce qu’il me fait à la maison.
Minimisation Psychologique · Général
En un mot : Réduire l’importance de ce qu’on a vécu — « c’était pas si grave ».
Ce que c’est : La minimisation peut venir de la victime (pour réduire la douleur) ou de l’agresseur (pour éviter d’être tenu responsable).
« C’était juste une gifle », « d’autres ont vécu pire » — ce sont des formes de minimisation.
Pourquoi c’est important : Minimiser n’efface pas la réalité. Ce que tu as vécu comptait, quelle qu’en soit la forme.
Mode investigateur Outil pratique · Psychologique
En un mot : Observer les comportements de l’autre avec les yeux ouverts, sans se laisser distraire par les belles paroles.
Ce que c’est : Ce mode consiste à regarder ce que l’autre FAIT, pas seulement ce qu’il DIT. Les actions, les incohérences, les schémas répétés.
Ce n’est pas de la paranoïa. C’est de la prudence lucide.
Pourquoi c’est important : Aimer, mais avec les yeux bien ouverts.
Exemple : Il dit qu’il a changé. En mode investigateur, je note si ses comportements ont vraiment changé sur plusieurs semaines — pas juste ses paroles.
N
Narcissisme malin Psychologique
En un mot : Forme grave de narcissisme où la personne domine et contrôle sans remords.
Ce que c’est : Ce profil combine : grande arrogance, absence d’empathie, comportements manipulateurs, et parfois une satisfaction à voir les autres souffrir.
Les personnes avec ce profil ne changent généralement pas.
Pourquoi c’est important : Si tu penses que ton partenaire a ce profil, la règle de base est : ne jamais aller en thérapie de couple avec lui. Cherche du soutien individuel. Appelle SOS Violence conjugale : 1 800 363-9010.
No contact — Rupture de contact Psychologique · Pratique
En un mot : Couper tout contact avec une personne toxique ou violente pour se protéger.
Ce que c’est : Ça veut dire : plus d’appels, plus de messages, plus de réseaux sociaux, plus de nouvelles par des proches communs.
C’est difficile quand on a un lien traumatique. Mais c’est souvent nécessaire pour que le cerveau puisse se reconstruire.
Pourquoi c’est important : Quand des enfants sont impliqués, le no contact total n’est pas toujours possible. La méthode de la roche grise (Grey rock) peut alors aider.
O
Ordonnance de protection Juridique
En un mot : Document légal qui interdit à l’agresseur de t’approcher ou de te contacter.
Ce que c’est : Un tribunal peut émettre une ordonnance qui force l’agresseur à rester à une certaine distance de toi et de tes enfants.
Violer cette ordonnance est une infraction criminelle. L’agresseur peut être arrêté.
Pourquoi c’est important : L’ordonnance de protection est un outil important — mais elle ne garantit pas ta sécurité à elle seule. Un plan de sécurité complet est nécessaire. SOS Violence conjugale peut t’aider : 1 800 363-9010.
Ostracisme relationnel Social · Psychologique
En un mot : Être exclue délibérément des conversations ou décisions, comme punition.
Ce que c’est : C’est ignorer quelqu’un systématiquement, l’exclure des repas, des décisions familiales, des conversations.
Les recherches montrent que l’exclusion sociale active les mêmes zones du cerveau que la douleur physique.
Pourquoi c’est important : Le silence punitif est une forme d’ostracisme relationnel. Ce n’est pas juste « du silence » — c’est de la violence psychologique.
P
Pattern Général
En un mot : Schéma de comportements répétés — la violence n’est jamais un incident isolé.
Ce que c’est : Un seul incident peut sembler mineur. Mais quand les mêmes comportements reviennent encore et encore, c’est un schéma — un pattern.
Documenter le pattern aide à voir clairement ce qui se passe et peut servir de preuve légale.
Pourquoi c’est important : Tiens un journal daté des incidents. Ce journal peut être utilisé dans des procédures judiciaires.
PCL-R — Échelle de psychopathie de Hare Médical · Forensique
En un mot : Outil clinique qui mesure les traits psychopathiques sur une échelle de 0 à 40.
Ce que c’est : Le PCL-R (Psychopathy Checklist Revised) a été développé par le psychologue canadien Robert Hare (UBC). Il évalue 20 critères répartis en deux groupes : les traits interpersonnels et affectifs (charme superficiel, mensonge pathologique, absence de remords, manque d’empathie) et les comportements antisociaux (impulsivité, irresponsabilité, délinquance).
Un score de 30 sur 40 ou plus correspond à un diagnostic clinique de psychopathie. Dans la population générale, environ 1 % des personnes atteignent ce seuil. Dans la population carcérale, ce chiffre monte à 15-25 %.
Pourquoi c’est important : Cet outil est réservé aux contextes cliniques et forensiques (prison, tribunaux). Il est administré par des professionnels spécialement formés. Il ne peut pas — et ne doit pas — être utilisé par une victime pour évaluer son partenaire.
Pervers narcissique Psychologique · Clinique
En un mot : Concept clinique francophone décrivant un profil combinant narcissisme pathologique et comportements prédateurs.
Ce que c’est : Ce terme a été popularisé par la psychiatre française Marie-France Hirigoyen (Le Harcèlement moral, 1998). Il décrit une personne avec : un déficit profond d’empathie, une vision instrumentale des autres (ils sont utiles ou des obstacles), une manipulation émotionnelle systématique, un déni total de responsabilité, et un plaisir subtil à déstabiliser ou humilier.
Ce n’est pas un diagnostic officiel du DSM-5 ni de la CIM-11. Il correspond le plus souvent, cliniquement, à une combinaison de trouble narcissique avec des traits antisociaux significatifs. Son usage est néanmoins très répandu dans les milieux thérapeutiques et juridiques québécois et français.
Pourquoi c’est important : Ce terme est utile pour nommer un pattern relationnel précis que les victimes reconnaissent. Mais son usage populaire peut mener à des conclusions hâtives. Seul(e) un(e) professionnel(le) peut évaluer si ce profil correspond à une réalité clinique chez une personne en particulier.
Plan de sécurité Pratique · Général
En un mot : Ensemble de mesures concrètes préparées à l’avance pour protéger ta sécurité en cas de danger.
Ce que c’est : Un plan de sécurité inclut : des documents importants accessibles rapidement (passeport, dossiers médicaux, argent d’urgence), un lieu sûr où aller, une personne de confiance prévenue, un signal convenu, un plan pour les enfants et les animaux de compagnie.
Il se prépare en dehors des moments de crise, avec l’aide d’une ressource spécialisée — pas seule, pas dans la précipitation.
Pourquoi c’est important : Avoir un plan de sécurité peut faire la différence. SOS Violence conjugale (1 800 363-9010) peut t’aider à en construire un adapté à ta situation — 24h/7j, anonyme et confidentiel.
Projection Psychologique
En un mot : Accuser l’autre de ce qu’on fait soi-même.
Ce que c’est : L’agresseur qui te trompe t’accuse d’être infidèle. Celui qui ment t’accuse d’être malhonnête. Celui qui manipule dit que c’est toi qui le manipules.
C’est un mécanisme de défense psychologique qui lui permet de ne pas regarder ses propres comportements en face.
Pourquoi c’est important : Si tu te retrouves constamment à te justifier d’accusations qui ne correspondent pas à qui tu es, c’est peut-être de la projection — pas une réalité.
Psychopathie Médical · Psychologique
En un mot : Profil de personnalité caractérisé par l’absence de remords, le charme superficiel et l’insensibilité émotionnelle profonde.
Ce que c’est : La psychopathie n’est pas un diagnostic officiel du DSM-5, mais un construit clinique évalué par l’échelle PCL-R de Robert Hare. Elle se caractérise par : absence de remords ou de culpabilité, empathie émotionnelle très réduite ou absente, charme superficiel et grande habileté à manipuler, impulsivité, irresponsabilité chronique.
Elle touche environ 1 % de la population générale, mais 15 à 25 % de la population carcérale. Parmi les auteurs de violence conjugale grave, les études estiment la présence de traits psychopathiques significatifs entre 15 et 30 %.
Pourquoi c’est important : Les personnes avec un profil psychopathique prononcé tirent rarement bénéfice des thérapies de couple ou des programmes d’intervention standards. La sécurité de la victime est toujours la priorité absolue face à ce profil. Comprendre cette réalité aide à ne plus attendre un changement fondamental qui est statistiquement très peu probable.
R
Rationalisation Psychologique
En un mot : Trouver de bonnes raisons pour justifier ce qui n’est pas acceptable.
Ce que c’est : « Il était stressé au travail. » « Sa mère l’a mal traité. » « Il avait bu. » Ces explications peuvent être vraies — mais elles ne justifient pas la violence.
La victime peut aussi rationaliser pour se protéger de la douleur : « c’est moi qui l’ai provoqué ».
Pourquoi c’est important : Comprendre les raisons d’un comportement et l’excuser sont deux choses différentes. Comprendre ne veut pas dire accepter.
Renforcement intermittent Psychologique
En un mot : Alternance imprévisible entre violence et affection — qui crée une dépendance très forte.
Ce que c’est : C’est le même mécanisme que dans les jeux d’argent : tu ne sais jamais quand la récompense arrive. Ça te pousse à rester, à essayer encore.
Quand l’affection arrive après la violence, le soulagement est si intense qu’il renforce l’attachement plutôt que de le briser.
Pourquoi c’est important : Ce mécanisme n’est pas de ta faute. C’est de la neurochimie. Il explique pourquoi l’espoir de retrouver « la belle version » reste si puissant.
Respect de soi Général · Psychologique
En un mot : Reconnaître sa propre valeur et la défendre.
Ce que c’est : Le respect de soi, c’est savoir que tu as de la valeur — et agir en conséquence. Ça veut dire dire non, poser des limites, refuser ce qui te blesse.
Le respect de soi ne dépend pas de l’opinion des autres.
Pourquoi c’est important : La violence psychologique érode souvent le respect de soi lentement, sans qu’on s’en rende compte. La reconstruction passe d’abord par retrouver cette boussole intérieure.
Revenge porn — Partage non consenti d’images intimes Cyberviolence · Juridique
En un mot : Diffuser des photos ou vidéos intimes de quelqu’un sans sa permission — c’est un crime.
Ce que c’est : Depuis 2024, au Québec, la Loi 73 protège les victimes de partage non consenti d’images intimes. C’est une infraction criminelle.
Ça inclut les photos prises dans l’intimité du couple, les captures d’écran, et les images partagées en ligne ou par message.
Pourquoi c’est important : Si quelqu’un te menace de diffuser des images intimes de toi, appelle SOS Violence conjugale (1 800 363-9010) ou Rebâtir (1 833 732-2847).
Rumination Médical · Psychologique
En un mot : Tourner en boucle les mêmes pensées douloureuses sans en sortir.
Ce que c’est : « Aurais-je pu faire quelque chose ? » « Pourquoi je ne suis pas partie plus tôt ? » Ces pensées reviennent encore et encore.
La rumination est fréquente après un trauma. Elle entretient la culpabilité et peut mener à la dépression.
Pourquoi c’est important : La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et la pleine conscience (mindfulness) sont des outils documentés pour réduire la rumination.
S
Séquelle traumatique Médical · Psychologique
En un mot : Effet durable laissé par un trauma sur le corps, le cerveau ou le comportement.
Ce que c’est : Les séquelles peuvent durer longtemps après la fin de la violence : troubles du sommeil, hypervigilance, difficultés de concentration, douleurs physiques, peurs.
Ce ne sont pas des faiblesses de caractère. Ce sont des traces physiques et neurologiques que le trauma laisse.
Pourquoi c’est important : Les séquelles traumatiques peuvent diminuer et se guérir avec un accompagnement adapté au trauma.
Silence punitif Psychologique
En un mot : Utiliser le silence comme arme pour faire souffrir ou contrôler.
Ce que c’est : Ce n’est pas juste « ne pas parler ». C’est un silence intentionnel pour punir, faire sentir à l’autre qu’elle est invisible ou coupable.
Ça peut durer des heures, des jours. Et quand ça finit, la victime est si soulagée qu’elle accepte de se plier pour que ça ne recommence pas.
Pourquoi c’est important : Le silence punitif est une forme de violence psychologique. Il s’appelle aussi la technique du gel ou stone-walling.
Stalkerware — Logiciel espion Cyberviolence
En un mot : Application secrète installée sur ton téléphone pour te surveiller à ton insu.
Ce que c’est : Un stalkerware peut enregistrer tes messages, tes appels, ta localisation — sans que tu le saches.
Il peut être installé en quelques minutes par quelqu’un qui a accès à ton téléphone.
Pourquoi c’est important : Pour savoir si ton téléphone est surveillé, consulte stopstalkerware.org/fr. Si tu soupçonnes une surveillance, utilise le téléphone d’une amie ou d’une bibliothèque avant de modifier quoi que ce soit.
Exemple : Il savait exactement où j’étais alors que je ne lui avais rien dit.
Stealthing Sexuel · Juridique
En un mot : Retirer le condom sans le consentement de l’autre pendant un acte sexuel — c’est une violation du consentement.
Ce que c’est : Les tribunaux canadiens reconnaissent le stealthing comme une violation du consentement. Tu avais consenti à un acte protégé — pas à un acte non protégé.
Cela peut exposer à des grossesses non désirées et à des infections.
Pourquoi c’est important : Si tu as vécu ça, tu peux en parler à Info-aide violence sexuelle : 1 888 933-9007.
Stigmatisation Social
En un mot : Étiquette négative collée sur une personne qui l’empêche d’être vue telle qu’elle est.
Ce que c’est : « Pourquoi elle ne part pas ? », « Elle devait bien le savoir. » Ces jugements isolent les victimes et les découragent de demander de l’aide.
La stigmatisation des victimes est un obstacle majeur à la demande d’aide.
Pourquoi c’est important : Si tu as peur du jugement, tu n’es pas seule. SOS Violence conjugale est sans jugement, anonyme, 24h/7j : 1 800 363-9010.
Sur-adaptation Psychologique
En un mot : S’effacer constamment pour éviter la colère de l’autre.
Ce que c’est : Toujours sourire, ne jamais contredire, anticiper les besoins, se taire même quand ça blesse.
C’est souvent une stratégie apprise dans l’enfance pour survivre dans un environnement imprévisible. Elle devient problématique quand on l’utilise pour gérer la violence d’un partenaire.
Pourquoi c’est important : La sur-adaptation efface progressivement qui tu es. Avec du soutien, il est possible de retrouver ta voix.
Syndrome de Stockholm Psychologique
En un mot : Développer un attachement ou de la loyauté envers quelqu’un qui nous a fait du mal.
Ce que c’est : Le syndrome de Stockholm se développe quand une personne alterne entre la peur (menace) et le soulagement (geste de gentillesse). Le cerveau crée un lien avec la personne qui contrôle la douleur ET le soulagement.
Ce n’est pas de la folie. C’est une réponse de survie documentée par la science.
Pourquoi c’est important : Si tu te surprends à défendre ton partenaire violent, ou à ressentir de la culpabilité à l’idée de partir — c’est peut-être du syndrome de Stockholm. C’est reconnu, et ça se traite.
Exemple : Je sais qu’il m’a fait du mal, mais quand il a été arrêté, j’ai eu envie de le défendre. Je ne comprends pas pourquoi je me sens comme ça.
T
TCC — Traumatisme crânio-cérébral Médical
En un mot : Blessure au cerveau causée par un coup à la tête, une secousse ou un étranglement.
Ce que c’est : Un TCC peut ne laisser aucune marque visible. Il peut arriver après un coup, une chute, ou même un étranglement bref.
Symptômes fréquents : maux de tête, oublis, difficultés à se concentrer, fatigue intense — souvent confondus avec de l’anxiété ou de la dépression.
Pourquoi c’est important : Environ 75 % des femmes hébergées dans des maisons d’aide ont subi un TCC lié à la violence conjugale. Si tu as reçu des coups à la tête — même anciens — parles-en à ton médecin.
Tétrade sombre Psychologique
En un mot : Les quatre traits de personnalité sombres — narcissisme, psychopathie, machiavélisme et sadisme.
Ce que c’est : La tétrade sombre regroupe quatre traits distincts mais liés, présents à des degrés variables dans la population — sans nécessairement atteindre le seuil d’un trouble diagnostiqué : narcissisme (sentiment de supériorité, besoin d’admiration), psychopathie (insensibilité émotionnelle, impulsivité), machiavélisme (manipulation calculée, cynisme) et sadisme (plaisir tiré de la souffrance ou de l’humiliation d’autrui).
Des recherches québécoises récentes (UQTR, 2025) confirment que ces quatre traits sont associés à des altérations significatives de l’empathie et à des difficultés neuropsychologiques à apprendre de ses erreurs.
Pourquoi c’est important : Comprendre la tétrade sombre aide à expliquer pourquoi certains agresseurs combinent plusieurs types de comportements violents — manipulation, froideur émotionnelle, plaisir dans le contrôle. Elle éclaire aussi pourquoi les interventions thérapeutiques standards ont si peu d’effet sur ces profils.
Traumatisme complexe Médical · Psychologique
En un mot : Trauma répété sur une longue durée — plus difficile à traiter qu’un trauma unique.
Ce que c’est : Un trauma unique crée un TSPT. Un trauma prolongé et répété (violence conjugale sur des années) crée un traumatisme complexe.
Le TC affecte l’identité, la capacité à réguler les émotions, les relations, le corps. Il nécessite une approche thérapeutique spécialisée.
Pourquoi c’est important : Si tu as l’impression que la thérapie ordinaire ne fonctionne pas, c’est peut-être parce qu’un traumatisme complexe nécessite une approche différente. Des thérapeutes spécialisés existent.
Triangle de Karpman Psychologique
En un mot : Schéma relationnel toxique avec trois rôles qui tournent : la Victime, le Persécuteur et le Sauveur.
Ce que c’est : Dans ce triangle, les rôles changent constamment. L’agresseur peut jouer le Persécuteur puis se faire passer pour la Victime. La victime réelle peut être poussée à jouer le Sauveur.
Ce schéma décrit par le psychiatre Stephen Karpman en 1968 est très présent dans les relations toxiques.
Pourquoi c’est important : Reconnaître ce triangle peut t’aider à ne pas te laisser entraîner dans des rôles qui ne t’appartiennent pas.
Triangulation Psychologique
En un mot : Utiliser une tierce personne pour créer de la jalousie ou te déstabiliser.
Ce que c’est : L’agresseur mentionne son ex en termes élogieux, utilise les enfants pour transmettre des messages, fait semblant de s’intéresser à une autre personne.
L’objectif est de te mettre en insécurité et de te garder en mode défensif.
Pourquoi c’est important : La triangulation est une forme de manipulation. Elle te place dans une posture où tu essaies de « regagner » une place que tu n’as jamais perdue.
Trouble de la personnalité antisociale — TPA Médical · DSM-5
En un mot : Diagnostic clinique officiel caractérisé par une violation persistante des droits d’autrui, le mensonge et l’absence de remords.
Ce que c’est : Le TPA est un diagnostic officiel du DSM-5. Il requiert la présence d’au moins 3 des critères suivants depuis l’âge adulte, avec des antécédents de comportements problématiques avant 18 ans : violations répétées des normes légales, mensonge et manipulation, impulsivité, agressivité, mépris de la sécurité des autres, irresponsabilité persistante, absence de remords.
Il touche environ 3 à 4 % de la population adulte. Les hommes représentent environ 75 à 80 % des diagnostics — mais cette surreprésentation peut aussi refléter des biais de détection. Les femmes avec un TPA existent et sont sous-diagnostiquées, leurs comportements s’exprimant souvent différemment.
Pourquoi c’est important : Tous les auteurs de violence conjugale n’ont pas un TPA. Mais comprendre ce diagnostic aide à distinguer les comportements violents profondément ancrés de ceux liés à d’autres facteurs. La présence d’un TPA est un facteur de risque documenté dans l’évaluation de la dangerosité.
Trouble de la personnalité borderline — TPB Médical · DSM-5
En un mot : Diagnostic clinique caractérisé par une grande instabilité émotionnelle, une peur intense de l’abandon et des relations intenses.
Ce que c’est : Le TPB (aussi appelé trouble de la personnalité limite) est un diagnostic officiel du DSM-5. Il se caractérise par une instabilité marquée des humeurs, de l’image de soi et des relations, une peur intense de l’abandon réel ou imaginaire, des comportements impulsifs, et parfois des automutilations.
Attention : le TPB est très souvent diagnostiqué chez des personnes victimes de trauma prolongé — dont des survivant(e)s de violence conjugale. Ses symptômes ressemblent fortement aux séquelles d’un trauma chronique, et peuvent être causés par la violence plutôt qu’en être la source.
Pourquoi c’est important : Un(e) professionnel(le) doit évaluer si les symptômes borderline précèdent la relation violente ou en sont la conséquence — ce qui change radicalement l’approche thérapeutique. Ne pas confondre les réactions d’une victime traumatisée avec un trouble de la personnalité de l’agresseur.
Trouble de la personnalité narcissique — TPN Médical · DSM-5
En un mot : Diagnostic clinique officiel caractérisé par la grandiosité, un besoin excessif d’admiration et un manque d’empathie.
Ce que c’est : Le TPN est un diagnostic officiel du DSM-5. Il requiert au moins 5 des 9 critères suivants : sens grandiose de sa propre importance, préoccupation par des fantasmes de succès illimité, conviction d’être spécial(e), besoin excessif d’admiration, sentiment que tout lui est dû, exploitation des autres, manque d’empathie, jalousie, arrogance.
Il touche environ 1 à 6 % de la population adulte selon les études. Il existe en deux formes : grandiose (arrogance visible, affirmation de supériorité) et vulnérable (hypersensibilité, victimisation, susceptibilité extrême aux critiques). Les deux partagent les mêmes structures profondes de manque d’empathie et de besoin de contrôle.
Pourquoi c’est important : Le TPN n’est pas synonyme d’agresseur. Mais dans une relation intime, les traits de manque d’empathie, d’exploitation et de grandiosité créent des conditions favorables à la manipulation et au contrôle. Seul(e) un(e) professionnel(le) peut poser ce diagnostic — et ce diagnostic ne change pas la réalité de la violence vécue.
TSPT — Trouble de stress post-traumatique Médical · Psychologique
En un mot : Réaction du cerveau à un trauma : flashbacks, cauchemars, hypervigilance, évitement.
Ce que c’est : Le TSPT se développe quand le cerveau n’arrive pas à « digérer » un événement traumatisant. Les symptômes les plus courants : • Flashbacks (souvenirs envahissants) • Cauchemars répétés • Évitement de tout ce qui rappelle le trauma • Hypervigilance permanente • Culpabilité et honte persistantes
Le TSPT lié à la violence conjugale est souvent confondu avec de l’anxiété ou un « problème de personnalité ».
Pourquoi c’est important : Le TSPT se traite. Les thérapies EMDR et TCC spécialisées en trauma ont fait leurs preuves. L’IVAC peut rembourser les frais de thérapie : 1 800 561-4822.
V
Violence économique Économique · Juridique
En un mot : Contrôler l’argent pour t’empêcher d’être autonome et de partir.
Ce que c’est : Prendre le salaire, imposer un budget, empêcher de travailler, contracter des dettes à ton nom sans ton accord, vider les comptes avant la séparation.
La violence économique est l’une des formes de violence les plus efficaces pour garder quelqu’un dans une relation.
Pourquoi c’est important : La violence économique est reconnue en droit québécois. Les dettes contractées sans ton accord peuvent être contestées. Rebâtir peut t’aider gratuitement : 1 833 732-2847.
Violence judiciaire Juridique
En un mot : Utiliser les tribunaux comme arme pour épuiser et contrôler la victime après la séparation.
Ce que c’est : L’agresseur multiplie les procédures sans raison valable, conteste tout, allègue de fausses choses — non pour obtenir justice, mais pour te garder liée à lui et t’épuiser financièrement et psychologiquement.
C’est une forme de violence post-séparation reconnue par les tribunaux spécialisés.
Pourquoi c’est important : Si tu vis de la violence judiciaire, consulte Rebâtir (1 833 732-2847) ou le CAVAC (1 866 532-2822) pour du soutien juridique et psychologique.
Violence médicale Médical · Social
En un mot : Violence exercée via les soins de santé, les médicaments ou l’accès à l’information médicale.
Ce que c’est : Ça peut être : refuser à l’autre d’aller chez le médecin seul(e), gérer ses médicaments pour le garder dépendant, ou mentir au médecin sur son état.
Ça peut aussi venir des professionnel(le)s de la santé : poser un mauvais diagnostic, ne pas croire la personne, traiter les symptômes sans chercher la cause.
Pourquoi c’est important : Tu as le droit de voir ton médecin seul(e.) Tu as le droit de demander un(e) autre professionnel(le). Et tu as le droit de porter plainte via le CAAP : 1 877 767-2227.
Violence-O-Mètre — Violentomètre Outil pédagogique
En un mot : Outil visuel pour évaluer si ta relation est dans la zone de respect, d’alerte ou de violence.
Ce que c’est : Zone verte : ta relation est saine. Tu te sens libre, respectée.
Zone orange : signaux d’alarme — ce ne sont pas des preuves d’amour.
Zone rouge : des actes qui sont des crimes — ta sécurité est en jeu.
Le violentomètre est disponible en format PDF sur le site Question de respect.
Pourquoi c’est important : Même si un seul comportement se situe dans la zone orange, c’est important. Ce n’est pas anodin.
Violence par procuration Psychologique · Juridique
En un mot : Utiliser les enfants ou d’autres personnes pour continuer à exercer un contrôle après la séparation.
Ce que c’est : L’agresseur utilise les enfants comme messagers, comme espions, ou comme levier de pression. Il contacte la famille ou des proches pour maintenir la pression.
C’est une forme de violence post-séparation qui peut s’exercer même sans contact direct.
Pourquoi c’est important : Documente chaque incident avec dates et détails. C’est important si tu dois retourner devant un tribunal.
Violence reproductive Sexuel · Juridique
En un mot : Contrôler la vie reproductive de l’autre : grossesse imposée, contraception sabotée, avortement forcé ou empêché.
Ce que c’est : La violence reproductive peut prendre la forme de : sabotage de contraception (retirer le condom sans accord, jeter les pilules), pression pour une grossesse ou un avortement contre la volonté de la personne, utiliser la grossesse comme outil de contrôle ou de retenue.
C’est une forme de violence conjugale reconnue qui peut se croiser avec le stealthing et la coercition sexuelle.
Pourquoi c’est important : Si tu as vécu de la violence reproductive, tu n’es pas seule. Info-aide violence sexuelle : 1 888 933-9007.
Violence spirituelle Psychologique · Social
En un mot : Utiliser la religion, la spiritualité ou les croyances comme outil de contrôle, de justification de la violence ou d’isolement.
Ce que c’est : La violence spirituelle peut inclure : imposer des pratiques religieuses, justifier la violence par des textes sacrés, interdire l’accès à des ressources d’aide au nom de la religion, utiliser la honte spirituelle pour contrôler.
Cette forme de violence peut aussi venir de la communauté ou de la famille élargie, qui fait pression pour que la victime reste « pour préserver l’honneur ».
Pourquoi c’est important : SOS Violence conjugale (1 800 363-9010) peut te rediriger vers des ressources adaptées à ton contexte culturel ou religieux.
Vulnérabilité situationnelle Social · Psychologique
En un mot : Vulnérabilité temporaire liée à une situation difficile — pas à ta personnalité.
Ce que c’est : La grossesse, l’immigration récente, la perte d’emploi, un deuil — ces situations temporaires créent une vulnérabilité. Les agresseurs les repèrent et en profitent.
Cette vulnérabilité n’est pas permanente. Elle ne dit rien sur ta valeur ou ta force.
Pourquoi c’est important : Toute personne peut devenir vulnérable dans certaines circonstances. Ce n’est pas un défaut. C’est d’être humain(e).