Question de Respect

Témoignages Violence sociale

Exemples – Violence sociale et enjeux interculturels

Situations illustrant la méconnaissance des droits par des personnes immigrantes

🛂 Le piège du statut (violence conjugale et statut migratoire précaire)

Rania, 31 ans, est arrivée au Canada il y a trois ans grâce au parrainage de son mari. Elle ne parle pas encore bien le français. Son mari lui répète qu'elle sera « renvoyée dans son pays » si elle le quitte ou si elle appelle la police. Il cache ses documents d'identité dans un tiroir verrouillé, contrôle son téléphone et lui interdit de parler à ses voisines.

Un soir, après une scène violente, une voisine alerte les services d'urgence. Les policiers arrivent. Rania refuse de témoigner — elle a peur d'être expulsée. Les agents repartent sans qu'aucune mesure de protection soit mise en place. Ce que Rania ne sait pas — et ce que son mari s'assure qu'elle ne sache pas — c'est que des permis de séjour temporaires existent pour les victimes de violence familiale au Canada, accessibles sans le soutien du conjoint parrain.

Ce que ça illustre : La menace d'expulsion est un outil de contrôle fréquent contre les femmes immigrantes. Elle n'a pas besoin d'être vraie pour être efficace. Des permis de séjour pour motifs humanitaires existent pour les victimes de violence conjugale, même en statut précaire, et des ressources comme SOS Violence conjugale ou Rebâtir peuvent informer sur ces options.

🕊️ Le double silence (isolement communautaire et violence conjugale)

Aminata, 36 ans, vit au Québec depuis 7 ans avec son mari et leurs trois enfants. Ils viennent d'une communauté ouest-africaine très soudée dans leur quartier. Depuis quelques années, son mari devient de plus en plus contrôlant : sorties décidées par lui, messages lus, interdiction de parler à certaines femmes jugées « trop québécoises ». La violence est psychologique, économique et sociale.

Aminata n'en parle à personne. Dans sa communauté, exposer les problèmes de couple à l'extérieur est perçu comme une trahison. Elle a honte et ne se reconnaît pas dans les images de la violence conjugale des campagnes publiques. Elle pense que ce qu'elle vit n'est « pas assez grave ». C'est en rencontrant une intervenante parlant sa langue, dans un organisme pour femmes immigrantes, qu'elle commence à nommer ce qu'elle vit.

Ce que ça illustre : Le « double silence » des femmes immigrantes combine les barrières communes à toutes les victimes (honte, peur) et celles propres au contexte migratoire (isolement, pression communautaire). Reconnaître que la violence conjugale ne ressemble pas toujours aux images dominantes est une étape cruciale pour briser ce silence.

🚓 « La police, c'est pour les autres » (méfiance structurelle envers les institutions)

Bernardo, 42 ans, est arrivé au Québec il y a cinq ans en provenance d'un pays où la police était un instrument de répression. Il travaille dans la construction, parle peu le français. Quand son superviseur le menace verbalement et le fait travailler dans des conditions dangereuses sans équipement adéquat, Bernardo ne réagit pas : dans son pays, se plaindre aux autorités aurait été plus dangereux que se taire.

La situation dure neuf mois. Un accident de travail survient. C'est la CNESST qui, en enquêtant, découvre les conditions de travail. Bernardo apprend alors que la CNESST protège tous les travailleurs du Québec, même sans statut permanent, et que son employeur avait des obligations légales non respectées. Il a fallu un accident pour que l'information lui parvienne.

Ce que ça illustre : La méfiance structurelle envers les institutions, héritée de contextes où elles n'étaient pas protectrices, retarde l'accès aux droits. L'information sur les droits — y compris dans les langues d'origine — est une forme de prévention. Les mécanismes comme la CNESST s'appliquent à tous les salarié·es, sans exception.

Situations illustrant la méconnaissance des codes culturels par le système québécois

👀 La victime qui semble peu crédible (codes culturels mal lus par les institutions)

Lina, 28 ans, est victime de violence conjugale depuis deux ans. Sa famille est d'origine vietnamienne. Quand elle se présente au poste de police pour porter plainte, elle parle doucement, regarde ses mains, minimise les incidents. Elle a appris que montrer de la détresse en public est impoli. Elle ne pleure pas et répond par monosyllabes.

L'agent note qu'elle « semble peu affectée » et « ne présente pas de signes de détresse évidente ». Il lui dit d'appeler si les choses empirent. Elle repart sans plan de sécurité ni orientation vers des ressources. Deux semaines plus tard, son conjoint l'agresse à nouveau, plus gravement.

Ce que ça illustre : Dans certaines cultures, la retenue émotionnelle est une norme, pas un signe d'indifférence. Interpréter la crédibilité d'une victime uniquement avec des codes québécois (larmes, débit de parole, contact visuel) peut mener à sous-estimer le danger. La formation interculturelle des intervenant·es policiers et judiciaires est une condition pour réduire ce biais.

🧱 Le déclassement qui brise (violence conjugale déclenchée par la migration)

Rachid, 44 ans, était ingénieur dans son pays d'origine. Depuis son arrivée au Québec il y a quatre ans, ses diplômes ne sont pas reconnus. Il travaille comme préposé dans un entrepôt, à un salaire bien inférieur. Sa femme, qui s'intègre mieux et travaille dans un café, gagne maintenant plus que lui. Il ne supporte pas ce renversement des rôles.

Les tensions commencent par des remarques acerbes sur les sorties de sa femme, ses collègues, ses amies québécoises, puis évoluent vers un contrôle financier et des épisodes de violence verbale en présence des enfants. Rachid n'avait jamais été violent avant la migration, mais il n'a pas les outils pour gérer la perte d'identité. Aucune ressource ne lui est adressée.

Ce que ça illustre : Le déclassement socioprofessionnel est identifié comme un facteur de risque clair de violence conjugale en contexte migratoire. Il n'excuse rien, mais éclaire le mécanisme. Des ressources spécialisées pour les hommes immigrants existent dans certaines régions, et des organismes comme À cœur d'homme peuvent orienter vers des ressources adaptées.

🏫 Quand l'autorité applique d'autres règles (intervenant issu d'une autre culture)

Dans une école primaire de Laval, un enseignant nouvellement arrivé au Québec — compétent et bienveillant — utilise des méthodes pédagogiques courantes dans son pays : comparaison des élèves pour stimuler la compétition, voix élevée pour obtenir le silence, humiliation publique pour décourager les comportements dérangeants.

Il ne réalise pas que ces pratiques, normatives dans son contexte d'origine, contreviennent aux droits des élèves québécois et peuvent constituer une violence psychologique. Des élèves se plaignent à leurs parents. Certains hésitent à déposer plainte par peur d'être perçus comme « intolérants à la diversité ». La direction ne sait pas comment agir sans paraître discriminatoire. La situation perdure un an.

Ce que ça illustre : L'ignorance mutuelle n'est pas unilatérale. Un intervenant issu d'une autre culture peut reproduire des pratiques d'autorité incompatibles avec le cadre québécois. Le droit à la dignité en classe ne varie pas selon la nationalité de l'enseignant. Si la direction ne traite pas la plainte, le Protecteur régional de l'élève peut être saisi.

🤐 La plainte qui ne sort jamais (pressions communautaires et silence organisé)

Farida, 52 ans, vit depuis 20 ans dans la même communauté culturelle très soudée. Son mari la violente depuis 15 ans — physiquement au début, puis surtout psychologiquement. Les leaders communautaires, hommes respectés, lui ont toujours dit que les problèmes de couple se règlent en famille. Une fois, elle a failli appeler la police. Un voisin l'a vue. Le lendemain, sa sœur lui dit qu'elle « déshonorerait la famille ».

Farida est convaincue qu'elle est seule et qu'en parlant, elle perdrait sa communauté, ses enfants adultes, son réseau. C'est via un contact discret avec une femme de sa communauté, qui a elle-même traversé cette situation, qu'elle découvre la possibilité d'aide. Cette femme lui parle de SOS Violence conjugale — ligne confidentielle et anonyme disponible en plusieurs langues.

Ce que ça illustre : La pression à régler les conflits « en interne » et à éviter la « honte » est une barrière documentée à la dénonciation. Elle ne réduit pas la gravité de la violence; elle la prolonge et l'isole. Les réseaux de femmes leaders au sein des communautés sont des vecteurs d'information cruciaux là où les institutions n'ont pas d'accès direct.

Nommer ce que tu as vécu, c'est déjà un acte de résistance.

Où obtenir de l'aide :

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