Question de Respect

5.1.5-Violence conjugale en situation de handicap

Plus l’incapacité est grave, plus le risque de violence augmente.

Toutes les formes de violence sont concernées — physique, psychologique, financière et sexuelle — et elles coexistent souvent.

La recherche en ergothérapie (Lévesque, UdeM) identifie des «exclusions systémiques» qui retiennent ces femmes dans le cycle de la violence bien au-delà de leur volonté de partir. (OPHQ / Stat. Can. 2024 ; UdeM 2023)

Violence conjugale et situation de handicap

Les femmes en situation de handicap sont l’une des populations les plus à risque de violence conjugale.

Leur vulnérabilité est structurelle, pas individuelle; elle résulte de dépendances pratiques, d’un isolement renforcé et d’un accès limité aux ressources.

Violence conjugale et handicap : vulnérabilités et barrières spécifiques

Les personnes en situation de handicap sont plus souvent victimes de violence conjugale, et font en même temps face à des barrières spécifiques pour s’en protéger ou demander de l’aide.

1. Vulnérabilités accrues en situation de handicap

🩺
Dépendance pour les soins personnels : lorsque l’agresseur participe aux soins d’hygiène, de mobilité ou de communication, quitter la relation signifie aussi risquer de perdre des soins essentiels (lever, toilette, alimentation, médication, interprétariat, etc.).
🚪
Isolement structurel : l’accessibilité limitée des transports, des logements, des espaces publics et des ressources d’aide fait que l’isolement ne vient pas seulement de l’agresseur : il est souvent déjà là, et la violence vient s’y greffer.
💰
Dépendance économique amplifiée : accès à l’emploi restreint, revenus réduits, dépendance aux allocations ou à l’aide sociale parfois contrôlée par le conjoint ; le coût matériel d’un départ est encore plus élevé.
Crédibilité remise en question : les personnes ayant des troubles cognitifs, psychiques ou sensoriels voient souvent leurs paroles relativisées (« elle ne comprend pas bien », « il délire », « c’est son handicap »). C’est une forme de capacitisme institutionnel.
Violence plus sévère et plus longue : la gravité et la durée de la violence sont souvent plus importantes quand la victime est en situation de handicap, notamment parce que partir est objectivement plus difficile.

2. Outils de contrôle spécifiques liés au handicap

🦽
Privation des aides techniques : fauteuil roulant, canne, prothèse, appareil auditif, tablette de communication : confisqués, cachés, mal réglés ou détruits comme punition ou menace (« si tu parles, tu restes ici sans ton fauteuil »).
🧷
Chantage aux soins : « Sans moi, tu ne peux pas vivre » ; la dépendance pratique est transformée en levier de contrôle, jusqu’à la menace explicite de ne plus aider pour les transferts, la toilette, les repas ou les déplacements.
🏥
Isolement « médicalisé » : intercepter les communications avec les soignant·e·s, répondre à la place de la personne, refuser qu’elle voie son médecin seule, minimiser les blessures ou présenter la violence comme un « épisode » lié au stress du proche aidant.
🕹️
Contrôle coercitif renforcé : prise de contrôle de tous les aspects de la vie (finances, sorties, rendez‑vous médicaux, médication, aides humaines, vie sociale), facilitée par la dépendance préexistante et par les obstacles physiques ou cognitifs.
📑
Menaces liées au statut légal : menacer d’appeler la DPJ si la personne a des enfants, de demander une mise sous tutelle ou curatelle, ou de parler aux services sociaux pour la présenter comme « inapte » ou « dangereuse ».

3. Barrières spécifiques pour accéder à l’aide

🚫
Inaccessibilité physique des ressources : une proportion importante de maisons d’hébergement, de lieux de consultation ou de services policiers n’est pas pleinement accessible (escaliers, salles de bain non adaptées, absence d’ascenseur).
🤟
Absence d’interprètes et d’adaptations : manque d’interprètes en langue des signes, d’outils de communication alternatifs, de documents en langage simplifié ou en braille dans les services de crise, à l’hôpital ou au poste de police.
🧸
Stéréotypes institutionnels : infantilisation, présomption que les personnes handicapées « n’ont pas de vie sexuelle » ou ne sont pas en couple, tendance à voir la situation comme un « problème de comportement » lié au handicap plutôt que comme de la violence conjugale.
🏛️
Méfiance envers les institutions : après des années de placements, d’évaluations et de décisions prises sans leur consentement, beaucoup de personnes ayant un handicap intellectuel ou psychiatrique se méfient des systèmes censés les protéger.
📉
Sous‑signalement documenté : les victimes en situation de handicap signalent moins souvent, moins vite, et sont moins crues lorsqu’elles parlent. La violence peut ainsi se poursuivre plus longtemps, avec des conséquences plus graves sur la santé physique et mentale.

La violence conjugale dans ce contexte est encore peu documentée, en partie à cause du mythe tenace selon lequel les personnes en situation de handicap n’ont pas de vie de couple. Ce mythe contribue directement à leur invisibilité — et à leur maintien dans la violence.

Portrait de la situation

Quand on regarde les chiffres, une chose devient évidente : le handicap n’est pas un « détail » parmi d’autres, il augmente fortement le risque de violence conjugale et en complique la sortie.

Les données suivantes montrent à quel point les femmes en situation de handicap sont plus exposées à la violence d’un partenaire intime, et combien cette réalité est systémique plutôt qu’exceptionnelle.

Indicateur Résultat résumé Formulation possible
♿ Risque global sur la vie Environ 55 % des femmes avec incapacité ont vécu au moins un épisode de violence d’un partenaire intime, contre environ 37 % des femmes sans incapacité OPHQ et Statistique Canada : plus de la moitié des femmes avec incapacité (environ 55 %) ont vécu au moins un épisode de violence d’un partenaire intime, contre environ 37 % des femmes sans incapacité, soit un risque d’environ 50 % plus élevé.
📅 Violence dans la dernière année Près d’1 femme avec incapacité sur 6 (16 %) a vécu de la violence de la part d’un partenaire intime dans l’année précédant l’enquête, contre environ 10–11 % des femmes sans incapacité OPHQ et Statistique Canada (2024) : dans les 12 derniers mois, près d’1 femme avec incapacité sur 6 (environ 16 %) a vécu de la violence de la part d’un partenaire intime, contre environ 10 % des femmes sans incapacité.
💥 Violence physique/sexuelle Les femmes avec incapacité déclarent de la violence conjugale physique ou sexuelle un peu plus de deux fois plus souvent que les femmes sans incapacité (environ 6,2 % c. 2,7 %) ESG 2014 (Statistique Canada) : les femmes avec incapacité déclarent avoir subi de la violence conjugale physique ou sexuelle à des taux plus que doublés par rapport aux femmes sans incapacité (environ 6,2 % contre 2,7 % sur la période mesurée).
🔒 Violence sexuelle par un partenaire Les femmes avec incapacité sont environ deux fois plus nombreuses à avoir subi de la violence sexuelle de la part d’un partenaire intime que les femmes sans incapacité Données canadiennes récentes : les femmes en situation de handicap sont environ 2 fois plus nombreuses à rapporter de la violence sexuelle de la part d’un partenaire intime que les femmes sans incapacité.

Ces chiffres varient légèrement selon les enquêtes, mais ils convergent tous vers la même réalité : vivre avec une incapacité, dans une société peu accessible, expose à davantage de violence conjugale, plus souvent physique et sexuelle, et plus difficile à dénoncer.

Pour les intervenant(e)s, cela veut dire qu’en présence d’un handicap, la question n’est pas « y a‑t‑il un risque de violence ? », mais plutôt « comment m’assurer qu’il n’y en a pas, et que cette personne a réellement les moyens d’être en sécurité ? ».

Si tu es en situation de handicap et que tu te reconnais dans ces chiffres ou dans ces dynamiques, ce n’est pas « ta faute », ni le prix à payer pour recevoir de l’aide : ce que tu vis ressemble à de la violence, et tu as le droit d’être crue, protégée et accompagnée pour te mettre en sécurité.

Ressources d’aide directe

  • SOS Violence conjugale — accessible pour toutes les personnes, incluant celles en situation de handicap; 1 800 363-9010 — 24h/7j, gratuit, anonyme, confidentiel, service texto disponible — sosviolenceconjugale.ca
  • Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ) — soutien, orientation et défense des droits – 1 800 567-1465 (ATS disponible) — ophq.gouv.qc.ca
  • Carrefour familial des personnes handicapées — aide, entraide et défense des droits (région de Québec) – Intervenant(e)s formé(e)s à la réalité des femmes handicapées victimes de violence — carrefourfamilial.org
  • CALACS — Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel – Présents dans toutes les régions du Québec, incluant des services pour personnes en situation de handicap — calacs.qc.ca
  • CAVAC — Centres d’aide aux victimes d’actes criminels – Soutien psychosocial et accompagnement dans toutes les régions du Québec — cavac.qc.ca
  • Éducaloi — Droits des personnes en situation de handicap face à la violence – Information juridique accessible — educaloi.qc.ca — Violence conjugale
  • Maisons pour femmes victimes de violence conjugale — trouver une maison accessibleRéseau de 46 maisons membre –  maisons-femmes.qc.ca

Références

Statistiques et recherche

Outils pratiques et juridiques

Scroll to Top