Un deuxième terrain de violence pour les adultes déjà fragilisés — et un lieu où l’on peut aussi briser le cycle.
⚠️ Note : Cette section ne cherche pas à accabler les gestionnaires ou les employeurs, dont la majorité exerce ses responsabilités avec bienveillance; elle nomme des angles morts systémiques qui méritent d’être vus.
Ce que dit la Loi sur les normes du travail du Québec :
Depuis 2004 (Loi 143), la LNT reconnaît le droit de tout salarié québécois à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique.
L’employeur a l’obligation de prendre des moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement et le faire cesser.
La victime dispose d’un délai de deux ans pour déposer une plainte à la CNESST.
Violence en milieu de travail
La violence en milieu de travail ne se limite pas aux coups ou aux cris. Elle inclut aussi des gestes, paroles, attitudes ou omissions qui portent atteinte à la dignité, à l’intégrité ou à la sécurité d’une personne au travail, que ces actes viennent de collègues, de supérieurs hiérarchiques ou de personnes externes à l’organisation.
Au Québec, le harcèlement psychologique est la forme de violence au travail la plus fréquemment rapportée. Cette page présente ses principales formes, leurs effets sur la santé, ainsi que les droits, obligations et recours prévus par la loi.
Quand la violence conjugale rejoint le lieu de travail
La violence ne reste pas à la maison : elle affecte la présence, la sécurité et le lien d’emploi.
| Chiffre clé | Ce que ça signifie | Source |
|---|---|---|
| ~20 % | Femmes & hommes Des travailleuses et travailleurs québécois estiment avoir été victimes de harcèlement psychologique au travail au moins à l’occasion au cours de la dernière année. | EQSP 2014‑2015 — INSPQ (ampleur de la violence au travail). |
| 15 % / 11 % | Femmes / Hommes Des travailleuses (15 %) et travailleurs (11 %) déclarent avoir subi du harcèlement psychologique ou sexuel au travail. | EQSP 2020‑2021 — Institut de la statistique du Québec (ISQ). |
| 25 % | Femmes Des femmes déclarent avoir été victimes d’au moins un comportement sexuel non désiré au travail — soit 1 femme sur 4. | Enquête sur la sécurité en milieu de travail (ESEPP 2018) — ISQ. |
| ~100 000 | Chaque année Travailleuses et travailleurs québécois qui considèrent avoir subi du harcèlement au travail au cours des 12 derniers mois — l’équivalent de centaines de personnes chaque jour ouvrable. | Ordre des conseillers en ressources humaines agréés (CRHA), sondages 2023‑2024. |
| 28 % | Détresse psychologique élevée Des personnes en emploi présentent un niveau élevé de détresse psychologique. Plus de la moitié de celles qui vivent cette détresse l’associent directement à leur travail, ce qui représente plusieurs centaines de milliers de travailleuses et travailleurs. | EQSP 2014‑2015 — INSPQ, détresse psychologique liée au travail. |
1. La violence entre collègues
La Loi sur les normes du travail (LNT) définit le harcèlement psychologique comme une conduite vexatoire se manifestant par des comportements, des paroles, des actes ou des gestes répétés, qui sont hostiles ou non désirés, laquelle porte atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique du salarié. Un seul événement grave peut aussi constituer du harcèlement lorsqu’il a un effet durable sur la personne.
🧩 Formes courantes de violence entre collègues
La violence entre collègues n’est pas toujours criante. Elle peut se glisser dans des blagues, des silences organisés ou des gestes en apparence « banals » qui finissent par user la personne visée.
La parole devient un outil pour rabaisser, ridiculiser ou déstabiliser.
- Insultes directes ou déguisées, remarques méprisantes ou dévalorisantes.
- Humiliations en public ou en privé, commentaires visant à ridiculiser.
- Moqueries sur les capacités, l'apparence, l'identité, le genre.
On n’attaque pas toujours une personne de front : on peut aussi l’effacer progressivement du groupe.
- Exclusion délibérée d’activités de travail ou sociales.
- Rumeurs, insinuations malveillantes, campagnes de dénigrement.
- Manipulation des collègues pour isoler une personne ciblée.
Les outils numériques prolongent la violence bien au‑delà du bureau.
- Messages dégradants envoyés par courriel, clavardage ou réseaux sociaux.
- Captures d'écran partagées hors contexte pour ridiculiser ou discréditer.
- Attaques qui se poursuivent en dehors des heures de travail : la violence suit la personne chez elle.
Le corps, le genre ou la sexualité de la personne deviennent des cibles.
- Commentaires, blagues ou sous-entendus à connotation sexuelle.
- Avances insistantes, chantage implicite ou explicite pour obtenir des faveurs sexuelles.
- Violence qui touche de manière disproportionnée les femmes, les personnes LGBTQ+ et les travailleuses précaires.
Question à se poser : si cette scène était filmée et montrée à quelqu’un de l’extérieur, semblerait‑elle acceptable ou clairement humiliante pour la personne visée ?
💥 Quand ça laisse des traces : conséquences documentées
La violence et le harcèlement au travail n’ont rien de « juste désagréable ». Leur impact sur la santé mentale, physique et sur la vie professionnelle est profond et durable.
L’exposition répétée à la violence peut entraîner des troubles psychologiques sérieux.
- Dépression et détresse psychologique élevée.
- Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) : reviviscences, hypervigilance, cauchemars.
- Idéations suicidaires dans les cas les plus graves.
La personne ne « tient plus », même si elle a longtemps été performante.
- Épuisement professionnel (burnout), sentiment de ne plus avoir de ressources.
- Effondrement de l'estime de soi, impression d’être incompétent·e ou « brisé·e ».
- Difficultés de concentration, erreurs plus fréquentes, perte de motivation.
La violence ne détruit pas seulement des individus, elle affaiblit aussi les milieux de travail.
- Absentéisme, congés de maladie répétés, départs précipités.
- Perte de productivité, démobilisation des équipes.
- Augmentation des accidents de travail et des conflits internes.
Les enquêtes québécoises montrent un lien clair entre harcèlement au travail et problèmes de santé.
- Les personnes exposées à la violence au travail rapportent plus souvent une mauvaise santé générale et mentale.
- Le cumul de plusieurs formes de violence (psychologique, sexuelle, physique) est associé à des problèmes de santé encore plus fréquents.
- Parmi les travailleurs qui se disent victimes de harcèlement psychologique, une forte majorité considère que leur détresse psychologique est liée à leur travail.
Si tu te reconnais dans ces effets, ce n’est pas une preuve que tu es « trop sensible ». C’est un signal que ce que tu vis au travail dépasse ce qu’une personne peut absorber seule.
2. La violence infligée par les supérieurs hiérarchiques
La violence ne vient pas seulement des collègues. Elle peut être intégrée dans des pratiques de gestion qui, à force de se répéter, deviennent un mode de fonctionnement « normalisé ».
🏛️ Quand la violence vient des supérieurs
La violence en milieu de travail ne vient pas seulement des collègues. Elle peut aussi être intégrée dans des façons de gérer qui, à force de se répéter, finissent par être vues comme « normales ».
Le pouvoir de gérer est utilisé non pas pour organiser le travail, mais pour rabaisser ou contrôler une personne.
- Dénigrement des compétences devant l'équipe ou auprès d’autres gestionnaires.
- Critiques systématiques, disproportionnées ou impossibles à satisfaire.
- Surveillance excessive, microgestion, contrôle permanent des faits et gestes.
Le droit de gérance devient un moyen de faire peur, de punir ou de faire taire.
- Menaces déguisées sur l'emploi, les horaires, les tâches ou l’avancement.
- Pression pour accepter des conditions injustes ou contraires aux politiques de l’organisation.
- Représailles après une plainte, un refus, ou l’exercice d’un droit (congé, accommodation, recours syndical).
On ne dit pas « tu n’es plus le bienvenu », mais on ferme les portes une à une.
- Mise à l'écart progressive : réunions dont la personne n'est plus informée ou invitée.
- Retrait de projets intéressants ou porteurs sans justification valable.
- Rétention ou retard volontaire d’informations importantes pour le travail.
Parfois, ce n’est pas ce que la hiérarchie fait qui blesse, c’est ce qu’elle refuse de faire.
- Ne pas intervenir face à une situation de harcèlement connue.
- Laisser circuler rumeurs, moqueries ou humiliations sans réagir.
- Envoyer le message implicite : « Ici, ce genre de comportement est toléré. »
Quand ceux qui ont le pouvoir de protéger choisissent de regarder ailleurs, ils ne sont pas neutres : ils renforcent le déséquilibre de pouvoir au détriment de la personne ciblée.
Ce que dit la Loi sur les normes du travail (Québec) : depuis 2004, la LNT reconnaît le droit de tout salarié à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique. L’employeur a l’obligation de prendre des moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement et pour le faire cesser lorsqu’il en est informé. La victime dispose d’un délai de deux ans pour déposer une plainte à la CNESST, à partir de la dernière manifestation de harcèlement.
3. Ce que la loi couvre… et ce qu’elle ne couvre pas
La loi fixe un plancher minimal, pas la frontière entre le bien et le mal ni entre un milieu « normal » et un milieu destructeur.
🛡️ Droits et obligations au Québec
Au Québec, deux lois principales encadrent la protection des travailleurs face au harcèlement et à la violence : la Loi sur les normes du travail (LNT) et la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST).
Depuis 2004, la LNT reconnaît explicitement le droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique.
- Tout salarié a droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique.
- L’employeur doit prendre des moyens raisonnables pour prévenir le harcèlement.
- Lorsqu’une situation est portée à sa connaissance, il doit agir pour la faire cesser avec diligence.
- La personne salariée dispose en général d’un délai de deux ans à compter de la dernière manifestation de harcèlement pour déposer une plainte à la CNESST.
L’article 51 de la LSST oblige l’employeur à protéger la santé et la sécurité des travailleurs, y compris contre certaines formes de violence.
- Prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection du travailleur exposé à une violence physique ou psychologique.
- Cela inclut la violence conjugale, familiale ou à caractère sexuel lorsqu’elle se manifeste sur les lieux de travail.
- Dans le cas d’une situation de violence conjugale ou familiale, l’employeur doit agir lorsqu’il sait ou devrait raisonnablement savoir que le travailleur est exposé à cette violence.
- Le télétravail est aussi considéré comme un lieu de travail au sens de la LSST, ce qui élargit la portée de cette obligation.
Plusieurs recours peuvent être envisagés, parfois en parallèle, selon la situation vécue.
- Plainte à la CNESST pour harcèlement psychologique ou pour non-respect des normes du travail.
- Recours syndicaux lorsqu’un syndicat est présent (grief, arbitrage, accompagnement).
- Programmes d’aide aux employés (PAE), lorsqu’ils existent, pour du soutien confidentiel.
- Ressources spécialisées externes : organismes communautaires, services juridiques, ressources en santé mentale et en violence conjugale ou familiale.
Ces lois fixent un minimum que l’employeur doit respecter. Elles ne remplacent ni une culture de travail saine, ni la solidarité concrète entre collègues quand quelqu’un vit de la violence.
📏 Ce que la loi couvre… et ce qu’elle ne couvre pas
La loi fixe un plancher minimal de protection. Elle ne coïncide pas toujours avec ce que les personnes vivent comme violence, injustice ou milieu de travail toxique.
La Loi sur les normes du travail définit des critères précis pour parler de harcèlement psychologique.
- Conduites vexatoires manifestées par des comportements, des paroles ou des gestes répétés.
- Actions hostiles ou non désirées dirigées contre une personne salariée.
- Atteinte à la dignité ou à l’intégrité psychologique ou physique.
- Conséquence : un milieu de travail rendu néfaste pour la personne visée.
- Une seule conduite grave peut aussi suffire si elle produit un effet nocif continu.
Certains milieux sont profondément toxiques sans cocher tous les critères légaux du harcèlement.
- Culture de peur diffuse, où les gens se taisent par crainte de représailles.
- Surcharge chronique de travail qui épuise les personnes à petit feu.
- Gestion par le silence : absence de soutien, refus de reconnaître les problèmes.
- Climat d’irrespect ou de mépris généralisé, sans gestes « spectaculaires » isolés.
Le résultat d’un recours légal ne dit pas tout sur la gravité humaine d’une situation.
- Qu’une situation ne soit pas reconnue légalement comme harcèlement ne signifie pas qu’elle est saine.
- Un refus de plainte ne veut pas dire que « tout est dans ta tête ».
- La loi trace un minimum pour intervenir, pas la justice divine ni la frontière entre le bien et le mal.
Les mécanismes légaux ne sont pas conçus pour, à eux seuls, réformer une culture d’organisation entière.
- Les recours visent surtout des comportements individuels (un supérieur, un collègue, une personne précise).
- Ils peuvent faire cesser certaines conduites, imposer des correctifs ou des indemnités.
- Ils n’effacent pas automatiquement des années de climat toxique ou de surcharge structurelle.
La loi répond à la question « est-ce juridiquement qualifiable ? ». Ta santé en pose une autre.
- « Est-ce que je peux encore me construire ici sans me détruire ? »
- Cette question reste légitime même lorsque la situation ne correspond pas exactement à la définition légale du harcèlement.
La loi est un outil important, mais incomplet. Elle peut reconnaître une partie de ce que tu vis, sans épuiser tout ce qui est injuste, destructeur ou moralement inacceptable.
4. Droits, obligations et recours au Québec
La violence et le harcèlement au travail ne sont pas qu’une question de climat ou de personnalité. Ils sont aussi encadrés par des lois qui reconnaissent des droits et imposent des obligations aux employeurs. Cette section présente les principaux repères juridiques au Québec et les voies de recours possibles.
🧭 Recours possibles et ressources d’aide
Si tu te reconnais dans certaines situations décrites sur cette page, tu n’as pas à gérer ça seul·e. Plusieurs recours et formes de soutien existent, selon ce que tu vis et ce que tu es prêt·e à entreprendre.
La CNESST reçoit les plaintes liées au harcèlement psychologique ou sexuel au travail, ainsi qu’aux violations des normes minimales prévues par la Loi sur les normes du travail.
- Tu peux déposer une plainte si tu crois être victime de harcèlement psychologique ou sexuel au travail, ou si tes droits prévus par la LNT ne sont pas respectés.
- Le délai est en général de deux ans à partir du dernier événement de harcèlement psychologique ou sexuel.
- La plainte peut être déposée en ligne ou par téléphone; la CNESST vérifie d’abord si elle est recevable (délais, application de la loi, autres recours possibles).
- La CNESST peut proposer une médiation, mener une enquête et, au besoin, transmettre le dossier au Tribunal administratif du travail (TAT).
- Si la plainte est jugée fondée, le TAT peut ordonner différentes mesures : faire cesser le harcèlement, verser une indemnité, corriger certaines décisions, etc.
Si tu es syndiqué·e, ton syndicat est un acteur clé pour faire valoir tes droits et t’accompagner.
- Tu peux déposer un grief ou demander de l’accompagnement pour faire reconnaître la situation.
- Le syndicat peut t’aider à documenter les faits, à rencontrer l’employeur et, si nécessaire, à aller en arbitrage.
- Dans certains cas, les démarches syndicales et la plainte à la CNESST peuvent être envisagées en parallèle.
Certains milieux offrent un programme d’aide aux employés (PAE) qui donne accès à du soutien confidentiel.
- Rencontres avec un·e professionnel·le (écoute, soutien psychologique de première ligne, aide à clarifier tes options).
- Références vers des ressources externes spécialisées, si nécessaire.
- Le PAE ne remplace pas les recours légaux, mais peut t’aider à traverser la période où tu décides quoi faire.
En dehors du milieu de travail, plusieurs ressources gratuites et confidentielles peuvent t’accompagner.
- Violence conjugale ou familiale : lignes d’écoute spécialisées, maisons d’aide et d’hébergement, maisons de deuxième étape, organismes de soutien aux victimes.
- Victimes d’actes criminels : Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) pour de l’information sur tes droits et de l’accompagnement psychosocial.
- Santé mentale : lignes d’écoute en détresse psychologique, ressources communautaires en santé mentale, services publics de santé.
- Conseil juridique : cliniques juridiques, organismes de défense des droits, cabinets privés pour obtenir un avis sur ta situation et les recours possibles.
Exercer un recours formel n’est pas la seule façon d’agir, et ce n’est pas une obligation morale.
- Parler à une personne de confiance (au travail ou à l’extérieur) pour mettre des mots sur ce que tu vis.
- Noter les événements (dates, lieux, personnes présentes, contenu des propos ou gestes) pour garder une trace au cas où tu déciderais plus tard d’agir.
- Te renseigner sur tes droits et les ressources disponibles pour reprendre un peu de pouvoir sur la situation.
Demander de l’aide ou exercer
🧑💼 Pour les gestionnaires et les équipes
Un milieu de travail plus sûr ne repose pas seulement sur la loi. Il dépend aussi des réflexes quotidiens des gestionnaires et des collègues, surtout quand quelqu’un vit de la violence ou du harcèlement.
Les personnes qui vivent de la violence ou du harcèlement n’en parlent pas toujours directement. Les signes passent souvent par le comportement.
- Changements marqués de comportement : retrait, irritabilité, baisse soudaine de performance.
- Isolement d’une personne auparavant impliquée dans l’équipe.
- Problèmes d’assiduité soudains : retards, absences, congés répétés.
- Appels, textos ou visites insistantes d’un partenaire ou d’un membre de la famille au travail.
- Remarques ou gestes dénigrants répétés entre collègues, « blagues » qui visent toujours la même personne.
Dire « ma porte est ouverte » ne suffit pas. La sécurité se construit par des gestes concrets.
- Prévoir des canaux clairs : à qui parler, comment signaler une situation, quelles sont les étapes ensuite.
- Garantir la confidentialité et la protection contre les représailles pour les personnes qui se confient.
- Offrir des mesures concrètes au besoin : aménagement d’horaire, télétravail, changement temporaire d’affectation, mesures de sécurité.
- Rappeler régulièrement que la violence et le harcèlement ne sont pas tolérés, peu importe la performance de la personne qui les exerce.
Un gestionnaire n’a pas à devenir psychologue, enquêteur et expert en violence à lui seul. Il doit savoir s’entourer.
- Se former et former les équipes sur le harcèlement, la violence conjugale et les obligations de l’employeur.
- Collaborer avec des ressources spécialisées : organismes en violence conjugale, services de santé au travail, ressources en santé mentale, conseillers juridiques.
- Connaître et appliquer les politiques internes de l’organisation (harcèlement, violence, signalement, enquêtes).
- Documenter les démarches et décisions pour assurer cohérence, traçabilité et équité.
Certaines réactions bien intentionnées aggravent pourtant la situation pour la personne qui se confie.
- Minimiser (« ce n’est pas si grave », « tout le monde vit ça ») ou remettre en cause le vécu de la personne.
- Exiger des détails intimes ou des preuves immédiates avant de croire la personne.
- Promettre la confidentialité absolue alors que certaines situations exigent des actions formelles (ex. risque sérieux pour la sécurité).
- Agir seul sans plan, sans consulter les ressources RH ou SST, ni les spécialistes disponibles.
Respecter la loi est nécessaire, mais insuffisant pour bâtir un milieu réellement sain.
- Travailler sur la charge de travail, la reconnaissance, la participation aux décisions, pas seulement sur « les cas de harcèlement ».
- Encourager une culture où les témoins se sentent légitimes pour signaler des situations préoccupantes.
- Inclure la prévention de la violence et du harcèlement dans la stratégie globale de santé et sécurité au travail, pas comme un dossier isolé.
Un gestionnaire ne contrôle pas tout, mais il a une chose en main : la façon dont il réagit quand quelqu’un se risque à dire « ce qui se passe ici me fait mal ». C’est souvent là que se joue la différence entre protection et abandon.
5. Pistes pour les personnes et les milieux de travail
Reconnaître la violence ou le harcèlement est une étape, savoir quoi faire ensuite en est une autre. Cette section propose des pistes concrètes, d’un côté pour les personnes qui vivent de la violence familiale ou du harcèlement, de l’autre pour les gestionnaires et les équipes qui veulent agir autrement que par le déni ou l’improvisation.
🌿 Si tu vis de la violence familiale ou du harcèlement
Ce que tu ressens et la façon dont tu réagis ne sont pas des preuves d’incompétence. Ce sont souvent des signaux de détresse face à une situation qui dépasse une seule personne.[web:334]
Des changements que tu interprètes comme des « défauts » peuvent être des indicateurs que quelque chose ne va pas dans ton contexte de vie ou de travail.
- Retards, absences plus fréquentes, difficulté à te rendre au travail.
- Irritabilité, pleurs faciles, sentiment d’être à fleur de peau.
- Difficultés de concentration, oublis, erreurs inhabituelles.
- Fatigue intense, impression d’être « à bout » ou sur le pilote automatique.
Plutôt que de te demander « qu’est-ce qui cloche chez moi ? », tu peux aussi te demander « qu’est-ce qui, autour de moi, rend ces réactions compréhensibles ? ».
Parler de ce que tu vis ne règle pas tout, mais c’est une façon de ne plus porter le poids entièrement seul·e.
- Identifier au moins une personne de confiance au travail : collègue, représentant·e syndical·e, gestionnaire, professionnel·le RH formé·e.
- Nommer des faits concrets (ce qui s’est passé, devant qui, à quelle fréquence) plutôt que te juger toi‑même.
- Si tu crains des représailles, commencer par une ressource externe (ligne d’écoute, organisme spécialisé) peut être plus sécurisant.
Tu n’as pas besoin d’être juriste pour avoir des droits. Des ressources existent pour t’aider à les comprendre et à les exercer.
- Protections prévues par la Loi sur les normes du travail (harcèlement psychologique, congés, absences) et par la LSST.
- Ressources en violence conjugale ou familiale : SOS violence conjugale, maisons d’aide et d’hébergement, maisons de deuxième étape.
- Centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC) pour de l’information, du soutien et de l’accompagnement dans les démarches.
- Organismes de défense des droits et cliniques juridiques pour comprendre tes options et préparer d’éventuels recours.
La violence cherche souvent à te convaincre que tu es la cause du problème. C’est faux.
- Aucune situation de violence ou de harcèlement n’est méritée, au travail comme à la maison.
- La responsabilité première repose sur la personne qui exerce la violence.
- Les milieux qui ferment les yeux, minimisent ou banalisent ont aussi une part de responsabilité.
- Demander de l’aide n’est pas exagérer. C’est prendre au sérieux ta sécurité et ta santé.
Tu n’as pas à attendre d’être au bout du rouleau pour demander du soutien. Si tu hésites, parler une première fois à une ressource confidentielle peut déjà alléger un peu le poids que tu portes.
Le milieu de travail peut être un facteur de résilience : Un seul adulte bienveillant, stable et présent peut changer la trajectoire d’une personne qui vit dans un environnement violent. Le milieu de travail est souvent l’un des seuls endroits où cet adulte peut se trouver — parce que c’est parfois le seul espace que la violence familiale n’a pas encore complètement investi
Références et lectures complémentaires
Références principales
INSPQ – La violence en milieu de travail : vue d’ensemble
https://www.inspq.qc.ca/rapport-quebecois-sur-la-violence-et-la-sante/la-violence-en-milieu-de-travailINSPQ – Harcèlement psychologique au travail
https://www.inspq.qc.ca/risques-psychosociaux-du-travail-et-promotion-de-la-sante-des-travailleursl/harcelement-psychologique-au-travailINSPQ – Prévenir la violence conjugale par l’entremise du milieu de travail
https://www.inspq.qc.ca/publications/3526CNESST – Violence conjugale ou familiale en milieu de travail : obligations de l’employeur
https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/prevention-securite/identifier-corriger-risques/liste-informations-prevention/violence-conjugale-familialeCNESST – Statistiques sur les risques psychosociaux liés au travail (harcèlement, violence, stress)
https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/organisation/documentation/formulaires-publications/statistiques-risques-psychosociaux-travailOrdre des CRHA – Harcèlement en milieu de travail : 100 000 victimes annuellement
https://ordrecrha.org/salle-de-presse/communiques-de-presse/2024/01/harcelement-milieu-travailCadre légal : Loi sur les normes du travail (LNT), art. 81.18 – Harcèlement psychologique
https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/N-1.1Cadre légal : Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST), art. 51 – Violence conjugale/familiale
https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/S-2.1
Pour approfondir (professionnel·les, syndicats, milieux de travail)
FTQ – La violence conjugale et familiale en milieu de travail
https://ftq.qc.ca/violence-conjugale/RAIV / Université Laval – Programmes de prévention de la violence conjugale en milieu de travail
https://www.raiv.ulaval.ca/sites/raiv.ulaval.ca/files/publications/fichiers/programmes-prevention-violence-conjugale-milieu-travail.pdf