Question de Respect

5.5.2 Violence en milieu scolaire

⚠️ Note : Cette section traite de violence subie par des enfants et des adolescents. Elle ne cherche pas à accabler le personnel enseignant dont la majorité fait un travail précieux dans des conditions souvent difficiles.

Elle cherche à nommer des angles morts systémiques qui méritent d’être vus.

Violence en milieu scolaire

Un deuxième terrain de violence pour les élèves déjà fragilisés et une hypothèse sur le cycle de la violence.

Ce que dit la Loi sur l’instruction publique du Québec

Depuis 2012 (Loi 56), la LIP oblige chaque école à se doter d’un Plan de lutte contre l’intimidation et la violence.

Ce plan doit couvrir les comportements entre élèves — mais aussi ceux impliquant des adultes.

Les élèves ou leurs parents peuvent porter plainte auprès du Protecteur régional de l’élève si la situation n’est pas réglée.

1. L’école : deuxième milieu de vie, deuxième lieu de risque

L’école est, avec la famille, le principal milieu de vie des enfants. Quand la maison est un lieu de tension ou de violence, l’école peut représenter un espace de stabilité – mais ce n’est pas toujours le cas. Elle peut aussi être un lieu où la violence s’exerce, entre élèves ou parfois de la part d’adultes, et où la violence familiale reste invisible, mal comprise ou banalisée.
Quand les deux milieux échouent en même temps, les conséquences pour l’enfant se cumulent.

2. Violence entre pairs : intimidation, exclusion, cyberintimidation

⚖️
L’intimidation se distingue du conflit ordinaire par trois caractéristiques : elle est répétitive, intentionnelle et implique un déséquilibre de pouvoir.
🗣️
Violence verbale : insultes, humiliations, moqueries sur l’apparence, l’identité, l’origine, le genre.
🧩
Violence relationnelle : exclusion délibérée, rumeurs, manipulation du groupe.
👊
Violence physique : bousculades intentionnelles, coups, vol ou destruction d’objets.
📱
Cyberintimidation : messages menaçants, photos humiliantes, harcèlement via les réseaux sociaux – qui ne s’arrête pas aux portes de l’école et suit l’élève chez lui, la nuit, partout.
🚨
Conséquences documentées : détresse psychologique, anxiété, dépression, baisse de l’estime de soi, absentéisme et risque de décrochage, risque accru de victimisation dans les relations amoureuses à l’adolescence et à l’âge adulte, idéations et tentatives suicidaires chez certains jeunes.

3. Violence infligée par les adultes de l’école

🗯️
Violence verbale et humiliation : traiter un élève d’idiot, l’humilier devant la classe, utiliser des étiquettes dévalorisantes.
🎯
Violence psychologique : sarcasmes répétés, dénigrement des capacités, menaces déguisées.
⚠️
Punitions abusives : sanctions disproportionnées, humiliantes ou collectives.
🧊
Indifférence et abandon : ne pas intervenir face à une situation d’intimidation connue envoie à la victime le message que ce qui lui arrive est acceptable, ou qu’elle ne mérite pas d’être protégée.

4. L’enfant pris en étau

🎒
Un enfant qui vit dans un foyer marqué par la violence conjugale arrive à l’école avec un bagage invisible : hypervigilance, difficultés de concentration, anxiété, troubles du sommeil, réactions émotionnelles intenses. Ces manifestations ne sont pas des caprices, mais des réponses neurobiologiques à un environnement perçu comme menaçant.
⚔️
Comportements externalisés : agitation, agressivité, défi de l’autorité — mécanismes fight ou fawn transposés dans le contexte scolaire.
🧊
Comportements internalisés : retrait, silence, difficulté à demander de l’aide — mécanismes freeze ou flop.
🕵️‍♂️
Difficultés relationnelles : méfiance envers les adultes, tendance à anticiper le conflit ou la punition, difficulté à se sentir en sécurité même dans un cadre scolaire bienveillant.

5. L’hypothèse — vers une compréhension du cycle de la violence

Ces constats convergent avec ce que le Dr Gabor Maté décrit comme un continuum entre les blessures d’attachement précoces et les comportements agressifs ou violents à l’âge adulte : il ne s’agit pas d’abord de « méchanceté », mais de souffrance qui ne trouve pas d’autre langage.

Le malentendu fondamental : Un enfant qui agresse ses pairs ou défie l’autorité n’est pas nécessairement un « enfant difficile ». Il est peut-être un enfant qui souffre. La réaction instinctive — punir le comportement — peut aggraver la situation quand ce comportement est une réponse de survie.

 

Ce que l’enfant apprend alors, c’est que l’adulte est une source de punition supplémentaire, pas une source de sécurité.

6. Ce que ça change — et ce qui pourrait changer

🧒
Pour l’enfant qui vit de la violence familiale : reconnaître ses comportements difficiles comme des signaux de détresse, pas comme la preuve d’un « mauvais caractère ».
🧑‍🏫
Lui offrir au moins un adulte de confiance à l’école — enseignante, psychoéducateur·trice, TES — qui le voit au‑delà de ses comportements.
🤝
Briser l’isolement : beaucoup d’enfants ne nomment pas la violence parce qu’ils ont appris que personne ne comprendrait.
🔍
Pour le personnel scolaire : être formé à reconnaître les signes de violence familiale derrière des comportements scolaires difficiles.
🧠
Comprendre les mécanismes de survie (fight, flight, freeze, fawn, flop) pour interpréter autrement ce qui se joue en classe.
🗣️
Créer des espaces de parole sécuritaires où les élèves peuvent exprimer ce qui se passe chez eux sans crainte de jugement ni de représailles.

Lorsqu’un enfant ou un adolescent est exposé simultanément à de la violence dans sa famille et à de la violence dans son milieu scolaire — notamment quand cette dernière est renforcée par l’incompréhension du personnel adulte, les risques qu’il reproduise des comportements violents dans ses relations futures augmentent significativement

Violence scolaire — données québécoises
📊 Ce que dit la recherche québécoise
Chiffre clé Ce que ça signifie Source
1 sur 3 Élèves Des élèves québécois vivent au moins un épisode de violence verbale ou physique à l'école INSPQ, 2020
27 % 12–17 ans Des jeunes déclarent avoir été victimes d'intimidation au moins 2 à 3 fois par mois ISQ — Enquête québécoise sur la santé des jeunes (EQRS 2022)
15 % Récurrent Des élèves subissent des violences récurrentes à l'école — au moins 3 fois par mois Chaire SÉVEQ — Université Laval, 2017
32 % Secondaire Des élèves du secondaire ont été victimes d'au moins un geste d'intimidation ISQ — EQSJS 2016-2017

L’école peut être un facteur de résilience : Des décennies de recherche montrent qu’un seul adulte bienveillant, stable et présent peut changer la trajectoire d’un enfant qui vit dans un environnement violent. L’école est l’un des seuls endroits où cet adulte peut se trouver.

Références et lectures complémentaires

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