L'ENTOURAGE
Quand l’entourage devient un outil de contrôle
🔑 Pourquoi est-ce important à connaître ?
Les victimes qui tentent de briser l’isolement se heurtent souvent à ces personnes en premier.
Comprendre leur fonctionnement permet de mieux anticiper les réactions de l’entourage, de ne pas se laisser déstabiliser, et de mieux cibler les personnes qui peuvent réellement aider.
Comprendre le rôle des facilitateurs
Derrière tout agresseur, il y a souvent un réseau invisible de personnes qui — consciemment ou non — permettent à la violence de se poursuivre. Ces personnes portent plusieurs noms : facilitateurs, complices, enabling persons, ou encore « flying monkeys » dans les communautés de survivant(e)s.
Ce qui les unit : ils protègent l’agresseur des conséquences de ses actes. Certains le font par naïveté. D’autres par peur. D’autres encore par intérêt personnel. Et parfois, les institutions elles-mêmes jouent ce rôle.
La Dr Ramani Durvasula, psychologue clinicienne et professeure à la California State University de Los Angeles, est l’une des chercheuses les plus respectées dans ce domaine. Elle souligne que ces facilitateurs permettent à l’agresseur de continuer à exercer son emprise sans jamais en assumer la responsabilité.
Pourquoi est-ce important à connaître ?
Les victimes qui tentent de briser l’isolement se heurtent souvent à ces personnes en premier. Comprendre leur fonctionnement permet de mieux anticiper les réactions de l’entourage, de ne pas se laisser déstabiliser, et de mieux cibler les personnes qui peuvent réellement aider.
L’origine du terme « flying monkey »
Le terme flying monkey (singe volant) est emprunté au film classique Le Magicien d’Oz (1939), où la Méchante Sorcière de l’Ouest envoie ses singes ailés pour capturer Dorothy et ses amis. Dans le contexte de la violence psychologique et du narcissisme, ces « singes volants » sont des individus manipulés — ou volontaires — qui exécutent les basses œuvres de l’agresseur contre la victime.
Ce terme est aujourd’hui largement utilisé par les professionnel(le)s de la santé mentale et les communautés de survivant(e)s pour désigner ce phénomène bien documenté.
Les 6 grands types de facilitateurs
Les recherches de la Dr Ramani, combinées aux travaux d’autres spécialistes, permettent d’identifier six profils distincts. Chacun a ses propres motivations, mais tous contribuent au même résultat : permettre à l’agresseur de continuer sans rendre de comptes.
Les 6 grands types de facilitateurs
Six profils différents, une conséquence commune : permettre à l’agresseur de continuer sans rendre de comptes.
Profil : personne optimiste, bien intentionnée, qui croit sincèrement que tout le monde a un bon fond et peine à imaginer une cruauté délibérée.
Comment ça fonctionne : minimise ou excuse l’abus (« Il ne voulait pas faire de mal », « Elle a juste eu une mauvaise journée », « Si tu lui donnais plus d’amour, il changerait »), ce qui maintient la victime dans un environnement où elle n’est pas crue.
Profil : personne qui évite les conflits à tout prix, souvent par anxiété ou conditionnement familial. Le calme apparent passe avant la justice.
Comment ça fonctionne : demande à la victime de se taire, de s’excuser ou de « faire un effort » pour préserver la paix sociale (« Fais-le pour moi, ne gâche pas la soirée »), exigeant son silence et normalisant l’abus.
Profil : amis, famille, collègues ou alliés recrutés par l’agresseur, parfois à leur insu, pour exécuter ses intentions.
Comment ça fonctionne : espionnent la victime, relaient rumeurs et mensonges, tentent de la ramener dans l’emprise, persuadés de « protéger » l’agresseur d’une victime présentée comme instable ou menteuse — stratégie décrite par Lundy Bancroft.
Profil : personne qui tire un avantage (argent, statut, pouvoir, réseau) de sa proximité avec l’agresseur.
Comment ça fonctionne : ferme les yeux sur les abus tant que ses intérêts sont préservés, valide l’agresseur pour rester dans ses bonnes grâces. Contrairement au naïf, sait souvent ce qui se passe, mais choisit de ne rien faire : le silence est sa stratégie.
Profil : personne déjà victime de l’agresseur ou encore sous son emprise. Sa « collaboration » est d’abord un réflexe de survie.
Comment ça fonctionne : se range du côté de l’agresseur pour éviter de devenir la prochaine cible. Sa dynamique renvoie à la réponse de soumission (fawn response) : apaiser l’agresseur pour éviter la douleur, plus qu’un choix véritablement libre.
Profil : systèmes et organisations (tribunaux, milieux de travail, institutions religieuses, police, santé) qui, par leur fonctionnement, protègent l’agresseur.
Comment ça fonctionne : valorisent le charme, la performance et l’image plus que l’empathie et l’écoute de la victime. Un agresseur charismatique peut manipuler ces structures à son avantage — parfois jusqu’à retourner le système judiciaire contre la victime, comme le documente Lundy Bancroft.
La réponse de soumission (Fawn Response) : quand la peur crée des complices
Le thérapeute spécialisé en trauma complexe Pete Walker a identifié quatre grandes réponses traumatiques : fight (combat), flight (fuite), freeze (figement) et fawn (soumission). La réponse fawn est particulièrement importante pour comprendre certains facilitateurs.
Les individus ayant développé cette réponse cherchent leur sécurité en se conformant aux désirs des autres — particulièrement ceux qui représentent une menace. Ils apaisent, se soumettent, se rendent indispensables. Ce comportement, souvent appris dès l’enfance dans un environnement imprévisible ou violent, devient automatique à l’âge adulte.
💡 Ce qu’il faut comprendre
Un facilitateur par peur n’est pas un allié de l’agresseur par choix moral. C’est souvent une personne elle-même traumatisée qui utilise la soumission comme bouclier. Cette nuance ne minimise pas les conséquences pour la victime, mais elle éclaire l’origine du comportement et peut guider la réponse thérapeutique.
Les 4 comportements-clés que les facilitateurs renforcent
Selon la Dr Ramani, peu importe leur type, les facilitateurs soutiennent — consciemment ou non — quatre caractéristiques fondamentales de l’agresseur narcissique :
Les 4 comportements-clés que les facilitateurs renforcent
Quel que soit leur profil, les facilitateurs soutiennent quatre piliers centraux de l’agresseur narcissique.
En ignorant ou en minimisant la souffrance de la victime, ils valident la vision de l’agresseur selon laquelle ses actes ne causent pas de tort réel.
En applaudissant, admirant ou défendant les « exploits » de l’agresseur, ils alimentent son image de supériorité et renforcent son sentiment d’être au-dessus des autres.
En cédant à ses exigences sans les questionner, ils confirment que l’agresseur mérite un traitement de faveur et que ses besoins passent avant ceux des autres.
En fournissant une validation constante — même lorsqu’elle n’est pas méritée — ils maintiennent le flux de « carburant narcissique » dont l’agresseur dépend pour se réguler.
Les tactiques courantes des facilitateurs
Les facilitateurs — qu’ils soient complices conscients ou simplement aveugles à la dynamique — utilisent un éventail de stratégies pour maintenir la victime sous pression, protéger l’image de l’agresseur ou l’empêcher d’obtenir de l’aide réelle.
- 📉 Minimiser et relativiser Présenter la situation comme « pas si grave », « normale dans tous les couples » ou comme de simples « hauts et bas », ce qui érode la capacité de la victime à prendre au sérieux ce qu’elle vit.
- 🎯 Retourner la culpabilité Suggérer que la victime est responsable du comportement de l’agresseur (« tu le pousses à bout »), jusqu’à ce qu’elle doute de ses propres réactions plutôt que de la violence elle‑même.
- 📢 Propager des rumeurs (smear campaign) Répandre des informations fausses ou déformées pour ternir la réputation de la victime avant qu’elle ne parle, de sorte que son récit soit d’emblée perçu comme exagéré, confus ou peu crédible.[web:280][web:286]
- 👁️ Surveiller et rapporter Agir comme informateur en transmettant à l’agresseur des détails sur la vie de la victime (où elle va, ce qu’elle dit, avec qui elle parle), ce qui renforce le contrôle et la peur.
- 🚧 Isoler la victime Décourager, ridiculiser ou saboter ses liens avec des personnes de confiance, jusqu’à ce qu’elle se sente « seule contre tous » et hésite à parler de ce qu’elle vit.
- 🤝 Tenter de réconcilier Faire pression pour qu’elle retourne vers l’agresseur, souvent au nom de la famille, des enfants, de la religion ou de la « paix », en minimisant les risques concrets qu’elle encourt.
- 🌀 Invalider l’expérience (gaslighting par procuration) Contredire systématiquement les perceptions de la victime, reprendre le récit de l’agresseur ou le faire valider par d’autres (« tout le monde trouve que tu exagères »), créant une forme de gaslighting via des tiers.[web:282][web:287]
Comment se protéger des facilitateurs
Faire face aux facilitateurs peut être aussi épuisant que faire face à l’agresseur lui-même. Voici des stratégies issues des recommandations des spécialistes :
La technique DEEP (Dr Ramani)
La Dr Ramani recommande la technique DEEP pour éviter d’être aspirée dans les dynamiques des facilitateurs :
Le principe D.E.E.P. face aux facilitateurs
Quatre réflexes pour limiter l’emprise et protéger votre énergie psychologique.
Ne pas se justifier ni se défendre face aux attaques. Les facilitateurs ne cherchent pas à comprendre : ils cherchent à avoir raison ou à protéger l’agresseur.
Ne pas entrer dans le débat. Répondre, argumenter ou se justifier nourrit le conflit, pas la compréhension. Se retirer est souvent plus protecteur que convaincre.
Ne pas détailler votre version des faits à quelqu’un qui ne veut pas l’entendre. Votre vérité n’a pas besoin de leur validation pour être légitime.
Ne pas prendre personnellement leurs attaques. Leurs réactions reflètent leur propre dynamique et leurs défenses, pas votre valeur ni votre crédibilité.
La technique de la roche grise (Gray Rock) – VOIR LA SECTION SUR LA VIOLENCE POST-SÉPARATION
Utilisée notamment face aux flying monkeys, cette technique consiste à devenir aussi ennuyeux(se) et peu stimulant(e) que possible. On répond de façon neutre, brève et sans émotion : « Ça va, merci. » Rien qui puisse être rapporté à l’agresseur ou utilisé contre soi. L’objectif est de retirer tout « combustible » émotionnel de la relation.
Identifier les personnes sûres
Toutes les personnes de votre entourage ne sont pas des facilitateurs. Distinguer les personnes sûres de celles qui, même sans mauvaise intention, drainent votre énergie ou invalident votre expérience, est une compétence de survie essentielle.
- Une personne sûre vous croit, sans minimiser ni nuancer votre expérience
- Elle ne vous demande pas de « voir les deux côtés » quand vous êtes en danger
- Elle respecte vos décisions, même celles qu’elle ne comprend pas entièrement
- Elle ne rapporte pas vos confidences à l’agresseur ou à son entourage
Un mot important
Le fait que des proches deviennent des facilitateurs ne signifie pas qu’ils vous haïssent. La plupart ont été, eux aussi, pris dans le récit et les manipulations de l’agresseur. Le reconnaître peut atténuer le sentiment de trahison — sans pour autant leur confier à nouveau vos secrets ni leur accorder votre confiance sans discernement.
Quand les institutions deviennent complices
La violence institutionnelle, ou judiciaire, est une forme de facilitation systémique particulièrement dévastatrice, car elle porte le sceau d’une autorité légitime.
Lundy Bancroft, qui a travaillé pendant plus de trente ans avec des hommes auteurs de violence conjugale, documente comment les tribunaux de la famille sont devenus l’un des terrains de manœuvre les plus redoutables pour les agresseurs. Un homme charismatique, bien conseillé et disposant de ressources peut retourner le système judiciaire contre sa victime, en se présentant comme la partie lésée.
Les formes de facilitation institutionnelle incluent :
- Des décisions de garde qui exposent la victime (et les enfants) à un contact continu avec l’agresseur
- Des professionnels de la santé qui minimisent ou ignorent les signaux de violence
- Des employeurs qui protègent un collègue ou supérieur abusif « performant »
- Des institutions religieuses qui valorisent le maintien du couple au détriment de la sécurité
- Des corps policiers qui ne prennent pas les signalements au sérieux ou qui banalisent les faits
Principales institutions et professionnels manipulés qui deviennent des facilitateurs indirects de la violence
Dans le contrôle coercitif, l’agresseur détourne le rôle premier des autorités pour isoler, punir ou décrédibiliser la victime.
- Tribunaux de la famille – Accordent des droits d’accès ou des gardes partagées à l’agresseur pour « préserver le lien parental », sans mesurer le danger réel.
- Avocats de la partie adverse – Multiplient les requêtes abusives ou intimidantes et deviennent les porte-voix des tactiques de l’agresseur.
- Policiers – Peuvent être manipulés lors d’appels pour « conflit de garde » ou « aliénation », allant parfois jusqu’à interpeller la victime si elle réagit sous le choc ou la panique.
- Services d’aide juridique – Sont utilisés pour épuiser les recours gratuits ou forcer la victime à engager des frais juridiques colossaux pour se défendre.
- Protection de la jeunesse (DPJ / protection de l’enfance) – L’agresseur porte des signalements malveillants pour faire enquêter sur la victime, ou le système lui reproche un « défaut de protection » alors qu’elle subit elle-même la violence.
- Travailleurs sociaux et évaluateurs de la cour – Se laissent convaincre par le calme apparent de l’agresseur et doutent d’une victime anxieuse, traumatisée ou en colère.
- Services de médiation familiale – Imposent une négociation « d’égal à égal » dans un contexte de déséquilibre total du pouvoir, ce qui prolonge l’emprise.
- Psychologues et experts – Posent parfois des diagnostics erronés sur la victime (instabilité, troubles de la personnalité) en se basant sur ses réactions de survie au trauma.
- Thérapeutes de couple – Offrent une tribune à l’agresseur pour punir ou manipuler la victime, qui ne peut pas parler librement par peur des représailles.
- Médecins de famille et psychiatres – Prescrivent des antidépresseurs ou des arrêts de travail que l’agresseur récupère ensuite en cour pour faire valoir son « inaptitude ».
- Écoles et garderies – L’agresseur se présente comme le parent ultra-impliqué pour surveiller les déplacements de la victime ou restreindre ses droits.
- Institutions financières – Les banques facilitent la violence économique en maintenant des dettes conjointes ou un contrôle unilatéral des comptes au profit de l’agresseur.
Les professionnels, même expérimentés, ne deviennent pas facilitateurs par simple paresse ou lâcheté, mais à cause d’un aveuglement systémique, de biais cognitifs massifs et d’un manque criant de formation sur le contrôle coercitif. La stratégie de l’agresseur consiste précisément à exploiter ces angles morts institutionnels, en retournant les mécanismes de protection contre la victime.
Pourquoi tant de professionnels se trompent face au contrôle coercitif
Même de bonne foi, les institutions peuvent valider l’agresseur quand certains biais ne sont pas repérés.
Ce qui se passe : En audience, l’agresseur se montre calme et coopérant, parle de « conflit parental », tandis que la victime, épuisée par le trauma, pleure, s’emmêle et s’emporte.
Comment c’est interprété : « Deux parents très conflictuels, chacun a sa part de responsabilité. Il faut un compromis 50/50. »
Ce qui se passe : La police intervient pour une dispute, ne constate pas de blessures, l’agresseur minimise et la victime, terrorisée, réduit les faits.
Comment c’est interprété : « Un incident mineur, un couple qui se chicane. Rien ne permet de parler de violence conjugale. »
Ce qui se passe : Devant un évaluateur, l’agresseur est posé, charmant et structuré; la victime est en hypervigilance, parle vite, pleure, se contredit parfois.
Comment c’est interprété : « Le parent calme semble protecteur; l’autre paraît instable ou “aliénant”. »
Ce qui se passe : Une intervenante repère un pattern d’emprise, mais le contester impliquerait de revoir tout le dossier, rédiger un long rapport et s’exposer à des plaintes.
Comment c’est interprété : « Le dossier est trop avancé, il n’y a pas assez d’éléments “objectifs” pour tout remettre en cause. »
Ce qui se passe : Les grilles ne repèrent que les coups et les menaces directes; l’agresseur contrôle l’argent, surveille le téléphone et isole la victime.
Comment c’est interprété : « Il n’y a pas de violence physique récente ni de danger immédiat. La situation est tendue, mais pas réellement “violente”. »
Ce qui se passe : De plus en plus d’instances commencent à intégrer le contrôle coercitif dans leurs formations et leurs outils d’évaluation, au‑delà des seuls « incidents » visibles.
Ce que ça change : La violence n’est plus lue comme un simple conflit conjugal, mais comme une atteinte à la sécurité et aux droits fondamentaux, ce qui ouvre la voie à une protection réelle.
Références
Ouvrages et auteurs de référence
- Durvasula, R. (2024). It’s Not You: Identifying and Healing from Narcissistic People. Open Field. doctor-ramani.com
- Bancroft, L. (2002). Why Does He Do That? Inside the Minds of Angry and Controlling Men. Berkley Books. lundybancroft.com
- Walker, P. (2013). Complex PTSD: From Surviving to Thriving. Azure Coyote Publishing. pete-walker.com
- Vaknin, S. (1999, rév. 2019). Malignant Self Love: Narcissism Revisited. Narcissus Publications. samvak.tripod.com
Articles et ressources en ligne
- Corelli, C. (2024). The Flying Monkey – Understanding the Role of Enablers in Narcissistic Abuse. carlacorelli.com
- Wakefield, M. (2022-2024). Flying Monkey Narcissist — Types and Dynamics. Narcissistic Abuse Rehab. narcissisticabuserehab.com
- Walker, P. (s.d.). Codependency, Trauma and the Fawn Response. pete-walker.com/pdf/CodependencyTraumaFawnResponse.pdf
- Durvasula, R. (2023-2024). Vidéos et conférences sur le narcissisme et les enablers. YouTube – Dr Ramani. youtube.com/@DoctorRamani
- Bancroft, L. (2024). The Current State of Domestic Violence Services. lundybancroft.com/state-of-domestic-violence-services
- GaslightingCheck (2026). Flying Monkeys: How Narcissists Use Enablers Against You. gaslightingcheck.com